Andry Rajoelina a quitté la table des négociations, dans la nuit de jeudi à vendredi, très en colère de ne pas être considéré comme président de la Transition. Il réclame l'application stricte de la Charte de Maputo.
« Je pars ! », « Je pars ! ». Andry Rajoelina a quitté la salle des négociations, bras levés, l'air irrité à une heure et quart du matin. Tiébilé Dramé, émissaire des Nations unies, tente de le retenir jusqu'à la sortie du bâtiment du centre de conférence, en vain.
«Si on n'accepte pas que je dirige le pays, laissez-les responsables discuter de ce qu'ils veulent», a-t-il lancé pour expliquer son geste.
« Je vais partir. Le temps est terminé», a-t-il avancé avant de s'engouffrer dans la mercedes limousine rouge.
Et pour cause, Andry Rajoelina a exigé être considéré comme président de la Transitiondurant la réunion pour pouvoir continuer les discussions. Il a également réclamé une majorité relative au sein du gouvernement et des autres institutions de la Transition. Mettant la barre assez haute, il s'est pourtant heurté au refus des autres parties.
Joaquim Chissano, ancien président mozambicain et émissaire de la Communauté de développement d'Afrique australe, lui a rappelé quelques points d'ordre. S'en sont suivis deséchanges verbaux entre les deux personnalités. Mais alors que tout semblait rentrer dans l'ordre, Rajoelina s'est levé et a quitté la salle de réunion.
Tous les autres membres de la délégation de sa mouvance l'ont suivi.
Annick Rajaona, porte-parole de la présidence de la transition, a lu un communiqué, déjà imprimé, à la presse. En gros, elle fait savoir l'intransigeance de Rajoelina de remettre en cause la charte de Maputo ainsi que les points d'accords du 6 octobre concernant sa désignation en tant que président la transition.
Pour Marc Ravalo-manana, le geste de Rajoelina n'est ni plus ni moins que de l'«impolitesse». «Il y a quelque chose qui n'a pas marché », a-t-il toutefois souligné. Albert Zafy, lui,craint de «lourdes de conséquences( )», après cette sortie. « S'il faut signer à trois nous continuerons», a-t-il poursuivi.
La réunion a pris fin quelques minutes après.
« Nous allons reprendre demain (ce jour) à 11 heures», a tempéré Joaquim Chissano. « Ce sera avec Andry Rajoelina», a-t-il conclu, se voulant optimiste.
Quasi-accord sur le gouvernement
Hier vers 20h, les négociations ont pourtant bien avancé. Lorsque les débats ont achoppé sur la question de la présidence, les médiateurs ont décidé de mettre le sujet entre parenthèses pour s'attaquer à d'autres questions, dont celles du gouvernement. la question ne devait plus être discutée que lorsque tous les autres sujets auraient été épuisés. Avant la pause de 20h., les quatre chefs de file avaient ainsi trouvé les grandes lignes d'un accord de partage de pouvoir concernant le gouvernement. Les protagonistes ont convenu d'un quota de cinq ministères chacun. Les huit départements restants devaient ensuite être départagés entre les quatre, mais dans un geste de générosité, Didier Ratsiraka a décidé d'octroyer ses parts à la mouvance Rajoelina.
Le geste de Ratsiraka était applaudi par l'assistance, mais Andry Rajoelina ne semblait pas s'en être contenté. Il souhaitait que les huit sièges lui reviennent, de manière à disposer d'une majorité relative plutôt confortable, et d'assurer une certaine cohérence des actions gouvernementales.