C'est en principe hier, mardi 10 novembre 2009, que la liste électorale provisoire ivoirienne devait être remise aux responsables de la Commission électorale indépendante (CEI). Un événement de taille qui met fin à une longue attente autant qu'il marque le début de la mère des batailles.
En effet, l'affichage de la fameuse liste, qui devait être fait il y a deux semaines, a été reporté sine die, la CEI n'étant pas prête. Ce sera donc pour très bientôt, sauf nouveau report.
Or en Côte d'Ivoire, comme dans bien d'autres républiques, l'issue de l'élection dépend fortement de la composition du corps électoral, surtout dans un scrutin qui s'annonce aussi serré que celui-là. Il faut dire que c'est la première fois que Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, les trois Eléphants de la faune politique ivoirienne, sont censés prendre ensemble le départ de la course vers le fauteuil présidentiel. Et depuis quelques mois, plusieurs sondages, commandités, il est vrai, par une société proche du Front populaire ivoirien (FPI), donnent à tous les coups le président sortant vainqueur au second tour contre n'importe lequel de ses adversaires.
Il va donc falloir jouer serré. Vu l'enjeu colossal de cette présidentielle, on comprend qu'une bataille se soit, entre-temps, menée autour de cette liste. Une guerre des chiffres qui a vu passer le nombre d'électeurs ivoiriens de 4,4 millions à 5,3 millions grâce au « repêchage » de près de 900 000 citoyens au statut, dit-on, douteux. Un épisode qui, si l'on n'y prend garde, pourrait bien faire resurgir les fantômes de l'ivoirité.
Une fois remise aux représentants de la CEI, la liste électorale devra être affichée. C'est là que la vraie bataille va commencer dans la mesure où ce million d'électeurs potentiels peut, à lui seul, déterminer l'issue de la joute. Et si certains veulent laisser les choses en l'état, convaincus que les "faux Ivoiriens" font partie de leur électorat, d'autres ne songent qu'à dégraisser le mammouth électoral. A cette allure, ce n'est pas demain la veille qu'on verra, dans les 11000 centres d'enrôlement et 415 commissions locales que compte le pays, l'affichage d'une liste électorale définitive.
Et quand on sait qu'il faut laisser passer un délai d'au moins 30 jours entre l'affichage de la liste électorale et la tenue du scrutin, il n'est pas besoin d'être un sorcier de la forêt ivoirienne pour savoir ce que tout le monde redoute... le report pour la énième fois de la présidentielle ivoirienne. Les choses étant ce qu'elles sont, il est donc temps d'interrompre le faux suspense entretenu autour de l'organisation de ces consultations, même si l'on sait que c'est tout simplement parce que les autorités ivoiriennes n'ont pas encore d'autre date à proposer.