Une délégation de la junte militaire au pouvoir en Guinée a rencontré hier à Ouagadougou le président burkinabé, Blaise Compaoré, qui joue le rôle de médiateur avec l'opposition guinéenne réunie autour du forum des «Forces vives». Elle a entamé des négociations avec M. Compaoré pour la mise en place d'un «gouvernement d'ouverture, afin que chacun vienne apporter sa pierre pour trouver une solution adéquate aux problèmes guinéens», a déclaré un conseiller du chef de la junte qui a rejeté tout éventuel «exil» de son chef, a indiqué l'AFP.
M. Compaoré a été désigné par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) pour mener cette médiation au lendemain des massacres du 28 septembre dernier ayant coûté la vie à plus de 150 civils guinéens et fait des centaines de blessés dans un stade de la capitale Conakry lors d'un meeting pacifique de l'opposition. Des femmes ont été violées en pleine rue et chez elles par les Bérets rouges qui avaient attendu le début du meeting pour encercler et massacrer des civils désarmés à l'intérieur du stade où ils étaient rassemblés pour dénoncer la participation du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à l'élection présidentielle de janvier prochain. L'objectif de cette médiation est de voir «comment relancer à la fois le dialogue et une conduite sereine du processus politique» en Guinée après la prise du pouvoir par des militaires regroupés au sein du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), au lendemain de la mort du président Lansana Conté en décembre 2008, rapporte l'APS.
La délégation du CNDD, composée de plusieurs membres du gouvernement formé par les militaires devait soumettre au médiateur «les propositions de la junte» en vue d'une sortie de crise, a-t-on indiqué de source proche de la médiation. La réunion d'hier intervient quelques jours après l'adoption par l'Union africaine, l'Union européenne et la CEDEAO, de nouvelles sanctions à l'encontre des membres de la junte, accusée d'être derrière ce massacre. En plus d'un embargo sur les armes, les sanctions décidées sont sous la forme de «refus de délivrer des visas, de restrictions de voyages et de gel d'avoirs». Elles sont imposées au Président, aux membres de la junte ainsi qu'à «toute autre personne, civile ou militaire, dont les activités sont destinées à maintenir le statu quo inconstitutionnel en Guinée». Une liste nominative des personnes visées par ces mesures a été envoyée au Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui donne aux sanctions un caractère mondial. Il est à rappeler que l'opposition guinéenne s'était réunie le 3 novembre avec le médiateur et lui a remis «un mémorandum consensuel». Des délégués de l'opposition qui s'exprimaient après leur retour à Conakry ont indiqué que «les Forces vives guinéennes ont rempli leur mission à Ouagadougou en remettant unanimement un mémorandum au médiateur de la CEDEAO».