La semaine en cours se présente comme décisive en Côte d'Ivoire où l'élection présidentielle est toujours officiellement programmée pour le 29 novembre prochain. Hier 10 novembre a eu lieu la remise de la fameuse liste électorale provisoire à la Commission électorale indépendante (CEI) par l'Institut national de la statistique (INS) et la SAGEM, l'opérateur technique.
Sitôt réceptionnée, sitôt affichée, peut-on dire de cette liste car, selon ce qui se susurre sur les bords de la Lagune Ebrié, elle fera l'objet d'affichage public avant la fin de cette semaine. Quoique provisoire, cette liste est beaucoup attendue et c'est peu dire. Elle est la base du processus et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle est l'objet de toutes les attentions de la part des acteurs politiques. Si les structures techniques chargées de la confectionner ont pris tout leur temps quitte à remettre en cause le chronogramme arrêté, c'est justement pour rendre une copie au-delà de tout soupçon. Mais la perfection n'étant pas de ce monde, on trouve toujours à redire par rapport au fichier. La suspicion de manipulation et de fraude est permanente. Cahin-caha, le corps électoral est en train de prendre forme.
Les toutes premières données publiées en début octobre font état d'un électorat potentiel de 6,4 millions de personnes recensées. Mais pour cause de « nationalité douteuse » tous les appelés n'avaient pas été élus. C'est ce que l'on peut dire au regard des 2,7 millions d'électeurs potentiels qui n'ont pas été jugés dignes de figurer sur le fichier électoral pour cause de « nationalité douteuse ». Toutefois, avec la possibilité laissée aux « recalés » de prouver qu'ils sont Ivoiriens, ce chiffre est retombé aujourd'hui à environ un million. Il est susceptible de fondre davantage au terme de la période ouverte pour le contentieux électoral. En ce moment, on connaîtra le vrai visage du corps électoral qui se rendra aux urnes à une nouvelle date que le facilitateur du dialogue direct interivoirien aura arrêtée, de commun accord, avec tous les acteurs dudit dialogue. Et ce, afin d'élire un nouveau président pour les cinq années à venir.
En attendant ce jour, il va falloir tout apprêter et espérer que le processus ne connaisse pas de couacs. Si la remise et la publication de la liste électorale provisoire sont des faits majeurs et réjouissants, il n'en demeure pas moins que le processus n'est pas loin d'une course d'obstacles encore bien visibles par les compétiteurs. Or, dans le cas ivoirien, les obstacles surgissent au fur et à mesure que l'on avance. Si aujourd'hui l'attention est portée sur la liste électorale, il n'y a pas longtemps elle était braquée sur d'autres aspects, d'autres points. A titre d'exemple, il y a la question du financement de l'élection qui a fait des gorges chaudes avant d'être rangée aujourd'hui aux oubliettes. Il y a également d'autres aspects comme le désarmement des ex-rebelles, le grade de ceux qui vont intégrer les forces régulières.
On n'en parle plus aujourd'hui. Toutefois, on ne sait vraiment pas si les problèmes y relatifs ont été définitivement réglés ou les a-t-on renvoyés aux calendes ...ivoiriennes. Si c'est le cas, il est à craindre qu'un protagoniste - on pense beaucoup plus au camp présidentiel - ne les remette sur le tapis sous lequel ils avaient juste été enfouis et en fasse de leur résolution hic et nunc un préalable à la tenue du scrutin. C'est de notoriété publique que ce camp a par exemple exigé le désarmement des ex-rebelles avant la présidentielle pour ne pas avoir à « voter avec un pistolet sur la tempe ». Gageons qu'il n'en sera pas ainsi et que les protagonistes sauront prendre de la hauteur et se départir de la politique politicienne.