Les navires marchands assurent au moins 80 % du transport du fret commercial dans le monde. En conséquence, les pirates sont une menace pour tout le monde, mais tout particulièrement pour les gens qui meurent de faim en Somalie et ailleurs en Afrique orientale et qui comptent sur ces navires pour leur livrer de l'aide humanitaire.
M. Robert Maggi, coordonnateur au département d'État de la lutte contre la piraterie, a tenu ces propos lors d'un entretien accordé à America.gov le 23 novembre.
« Les États-Unis et d'autres membres de la communauté internationale tentent de nourrir ceux qui souffrent de faim chronique et de famine en Somalie et dans la corne de l'Afrique, mais les navires qui transportent l'aide humanitaire doivent compter avec les pirates qui essaient de saisir ces vivres afin d'obtenir des rançons. Les États-Unis condamnent haut et fort tout acte de piraterie en haute mer et considèrent ce phénomène au large des côtes somaliennes comme un symptôme des difficultés et des problèmes qui règnent dans ce pays. »
M. Maggi a qualifié la piraterie, le rançonnement et le détournement de navires au large des côtes de l'Afrique orientale d'« activités criminelles » qui découlaient sans doute des circonstances économiques de la région.
Récemment, le Maersk Alabama transportait, au nom du programme « Des vivres pour la paix » de l'USAID, 5.230 tonnes de vivres destinés à l'Afrique orientale lorsque quatre pirates ont tenté de l'aborder et de le détourner à quelque 560 milles marins de la côte nord-est de la Somalie. Ces vivres pouvaient fournir une ration journalière de survie à 330.000 personnes pendant près d'un mois. Le navire a réussi à repousser les attaquants par une combinaison de manà "uvres d'évasion, de l'utilisation d'engins acoustiques de longue portée et de l'intervention de l'équipe de sécurité armée qui était à son bord. Il n'y a eu ni blessés ni dégâts.
Selon M. Maggi, cet événement illustre la nécessité pour les navires de prendre des mesures de protection lorsqu'ils doivent traverser cette région. « Les États-Unis exhortent les navires à appliquer les mesures conseillées par leurs armateurs, le pays où leur pavillon est enregistré, et l'Organisation maritime internationale. Ils préconisent notamment des mesures d'autoprotection telles que la multiplication des tours de guet, des manà "uvres d'évasion, la remontée des échelles, l'intensification de l'éclairage la nuit, et l'utilisation de pompes à incendie pour repousser les pirates. Ã- cela on peut éventuellement ajouter des équipes de sécurité, armées ou non. »
Une armada internationale de navires de guerre de quelque 26 pays est actuellement sur le pied de guerre contre les pirates qui sévissent au large des côtes de l'Afrique orientale. Ces navires ont été déployés entre autres par le Japon, la Russie et la Chine, a précisé M. Maggi, parce qu'il existe un désir universel d'éliminer la piraterie. De plus, a-t-il ajouté, ce phénomène n'est pas limité à l'Afrique orientale. Il existe également au large des côtes ouest-africaines, au large des côtes indiennes, en mer de Chine méridionale et dans les Caraïbes.
Le problème de la piraterie en Afrique de l'Est est exacerbé par l'absence d'un réel gouvernement en Somalie, a-t-il dit. « La différence entre la Somalie et le reste du monde est que je n'arrive à penser à aucune autre région dépourvue d'un gouvernement pour résoudre le problème. C'est un espace non gouverné. Si vous commencez à écouter ce que dit le Somaliland, ce qui dit le Puntland et ce que dit le gouvernement fédéral de transition, vous réalisez qu'ils sont souvent en désaccord. » Trouver une solution est donc encore plus difficile.
Si le taux de succès des actes de piraterie perpétrés au large des côtes somaliennes est tombé de 60 % en 2007 à moins de 25 % aujourd'hui, la piraterie demeure un problème dans une vaste zone. Les pirates utilisent de grands bateaux qui leur permettent de s'aventurer de plus en plus loin des côtes.
S'agissant de trouver une solution du XXIe siècle à ce que la secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton a qualifié de problème du XVIIe siècle, M. Maggi a rappelé que les États-Unis étaient un pays qui respectait la règle de droit, contrairement aux pirates, qui agissent selon des normes complètement différentes. « C'est pourquoi les États-Unis et d'autres pays ont fondé, en janvier 2009, le Groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes. Ce groupe compte aujourd'hui quelque 50 pays qui collaborent avec les transporteurs maritimes. »
M. Maggi a précisé que la sécurité à bord des navires était également affectée par des facteurs financiers. « Lorsque l'économie est faible (comme en ce moment, où jusqu'à 10 % des porte-conteneurs du monde sont à l'ancre à cause de la crise économique mondiale), la marge bénéficiaire devient beaucoup plus importante pour chaque navire et chaque transporteur. Le problème est très complexe pour ces derniers. Ils doivent tenir compte de la sécurité de leurs navires et des équipages, de leur réputation, etc. C'est une question de gestion des risques. »
Les pirates somaliens détiennent actuellement environ 12 navires, dont le superpétrolier Maran Centauraus de 300.000 tonnes battant pavillon grec, qui a été pris le 29 novembre dernier non loin des Seychelles.
Quelque 30.000 navires de ce type traversent chaque année le canal de Suez. Tous ces navires, leurs équipages et leurs marchandises destinées à des ports du monde entier sont menacés par les pirates.