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L'opinion:
La «démocratie sans alternance», ce syndrome africain
by Aomar Baghzouz
La Tribune (Algiers)
Scrutins irréguliers, tripatouillage constitutionnel, «hold-up électoraux»
La plupart des dirigeants africains acceptent la «démocratisation» de leurs régimes, à condition d'être président à perpétuité. C'est la réalité d'un pouvoir politique dont on veut jouir comme une rente viagère, malgré l'organisation d'élections et leur surveillance par les organisations internationales et nonobstant l'exercice d'un droit d'ingérence démocratique
L'Afrique est encore une fois sur la sellette. Elle fait de nouveau parler d'elle par le biais de plusieurs pays où la voie électorale a conduit à de vives contestations et à des menaces pour la paix civile. A Madagascar, au Zimbabwe, en Zambie, les présidents en place sont accusés de manipuler le verdict des urnes pour se maintenir au pouvoir par la fraude et l'intimidation. Mais sur le continent africain, ce ne sont pas des cas isolés : d'autres pays comme la Guinée, la Tunisie, le Togo ou la Namibie sont sur le même banc des accusés.Au Madagascar, le maire d'Antananarivo, Marc Ravalomanana, s'est autoproclamé «président de la République» le 22 février, en affirmant qu'il avait été élu au premier tour «avec 52,15% des voix contre 35,67%» au président sortant Didier Rastiraka. Bravant la loi martiale décrétée par Rastiraka, Ravalomanana a présenté publiquement son gouvernement à ses partisans dans la capitale. Mais il risque de s'engouffrer dans une impasse en s'aliénant les hypothétiques faveurs de la communauté internationale et des bailleurs de fonds. Au nom d'une prétendue victoire usurpée au premier tour, «le président autoproclamé» annonce déjà son autoritarisme devant une Union européenne et une Organisation de l'Unité africaine (OUA) impuissantes.
Au Zimbabwe, où, depuis les élections législatives de juin 2000, un règne despotique s'est mis en place, les droits de l'homme sont quotidiennement bafoués avant les élections présidentielles des 9 et 10 mars en cours. Le gouvernement de Harare que dirige depuis 22 ans Robert Mugabe est menacé de sanctions par le Commonwealth qui lui reproche les abus des droits de l'homme, alors que Mugabe veut s'accrocher au pouvoir puisqu'il est candidat à sa réélection face au chef de l'opposition Morgan Tswangirai.Dans un passé récent, plusieurs autres pays africains se sont distingués par des mascarades électorales ou des putschs. En Guinée, le général Lansana Conté est arrivé au pouvoir il y a 18 ans à la tête d'un comité militaire. Il s'est fait élire deux fois, dans des scrutins contestés mais sacrifiant à l'obligation d'un semblant de démocratie.En remportant haut la main (87% de participation, 98% de oui), selon les résultats officiels, un référendum organisé en novembre 2001 pour modifier la Constitution, le général Conté s'ouvre la possibilité de briguer un troisième mandat de sept ans en 2003, qui signifierait l'instauration d'une «présidence à vie».
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