3 Novembre 2000
Nairobi, Kenya — Le gouvernement Kenyan se propose, dans ses efforts pour freiner la violence domestique qui ne cesse de s'accroître dans le pays, de créer un fonds d'assistance aux victimes.
Les opérations du "Fonds pour la Violence Domestique" dont la loi a été publiée jeudi à Nairobi par le procureur de la République, Amos Wako, seront financées par des affectations parlementaires ainsi que par des subventions et des dons.
M. Wako a expliqué que l'objectif du projet de loi sur la violence domestique est de réduire et de freiner le phénomène.
Egalement appelée "Loi sur la Protection de la Famille", ce projet définit la violence domestique comme étant constituée d'abus physique, sexuel ou psychologique.
Ceci comprend l'intimidation, le harcèlement, les dégâts matériels, des menaces d'abus physique ou psychologique.
Toutefois, le projet de loi impose certaines mesures de restrictions sur les médias. Tout en permettant l'audience à huis clos des cas de violence domestiques, il interdit les couvertures médiatiques, même à l'intérieur de la salle d'audience, ceci pour protéger l'identité des victimes et des enfants.
"Les journaux ou des stations de radio qui publient ou diffusent le déroulement des procès seront passibles d'une amende de 500.000 shillings, alors que les journalistes pourraient être condamnés à 50.000 shillings d'amende", a averti le projet de loi. (1 dollar US = 80Ksh).
Il comprend également un volet sur les droits de l'enfant qui définit la violence dans ce cas comme "le fait de soumettre l'enfant à une situation où il pourrait voir ou entendre l'abus physique, sexuel ou psychologique d'une personne avec qui l'enfant a une relation domestique".
Ceci comprend des activités qui exposent l'enfant, ou qui le mettent dans une situation où il risque de voir ou d'entendre les abus.
Le projet de loi cherche également à protéger les enfants des mariages forcés et précoces suivant des pratiques culturelles ou autres.
La loi dit que toute victime de violence domestique doit faire une demande de protection contre les acteurs de cette violence auprès d'un tribunal.
Elle reconnaît que la violence domestique est un comportement inacceptable qui requiert des structures judiciaires efficaces donnant aux tribunaux le droit de protéger les victimes de violence domestique "en veillant à ce qu'elles aient accès à un tribunal en toute période et surtout au bon moment".
La loi cherche, par ailleurs à empêcher aux auteurs de ces actes d'entreprendre tout ce qui peut être considéré comme violence domestique et peut leur interdire de se mettre en contact avec leurs victimes.
La Fédération des Avocates (FIDA-Kenya) a loué le projet de loi, disant qu'elle pourrait, si elle est adoptée, aider à freiner la montée de la violence domestique.
Pour sa part, le Centre de collaboration pour le genre et le développement a estimé que le projet de loi a donné aux femmes kenyanes une raison de se réjouir.
"Il s'agit de l'aube d'une nouvelle époque pour la femme kenyane. Il est très important car il reconnaît la violence comme un mal social et une infraction contre l'Etat".
Au cours de ces dernières années, le Kenya a vécu plusieurs cas de violence domestique effroyable, dont la presse s'était fait écho.
Parmi ces cas, il y a eu l'affaire Mary Akini qui avait été sévèrement entaillée par son mari en décembre 1999, pour avoir esquivé quelques pas d'une danse populaire lingala.
Le plus triste des cas était celui de Betty Kavat, qui avait été battue à mort au Noël de 1998 par son mari, un agent de police, pour être arrivée à la maison ivre et désordonnée. Par la suite, le mari a été condamné à perpétuité.
Une autre affaire désolante concerne Agnes Wanjiru qui avait été tuée en 1999 par son mari, qui l'accusait de l'avoir trompé.
En 1999, une femme au centre du Kenya avait tué son mari qu'elle soupçonnait de lui avoir volé l'argent qu'elle avait gagné en vendant une bière illicite et du kérosène.
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