5 Février 2001
Dar es Salaam, Tanzanie — Le président tanzanien, M. Benjamin Mkapa, a fustigé l'attitude des donateurs occidentaux notamment leur tendance à proférer des menaces de couper l'aide en raison de la situation interne des pays bénéficiaires.
"Ce bâton, appelé aide, suspendu au dessus de nos têtes, comme si nous étions des enfants, est une des choses qui m'agace le plus", a-t-il dit dans un message, diffusé samedi soir sur l'ensemble du territoire national.
"Personne, ni aucune nation qui se dit indépendante, ne devrait accepter les conditions de bonne gouvernance liées à l'aide", a indiqué Mkapa dans son premier discours à la nation depuis la mort, le 27 janvier dernier de plusieurs sympathisants du Front uni civique (opposition) au cours d'échauffourées avec les forces de l'ordre dans l'île de Zanzibar, fédérée à la Tanzanie.
Selon des leaders de l'opposition, 280 personnes ont été tuées lors de ces violences. Les estimations des observateurs indépendants oscillent entre 40 à 50 tués alors que le décompte officiel fait état de 22 morts.
"Aujourd'hui, mon gouvernement est menacé de se voir couper toute aide pour avoir défendu la paix et la sécurité dans mon pays et pour avoir défendu les fondements de base de l'autorité, émanant du peuple", a-t-il dit.
Les groupes de défense des droits de l'homme nationaux ou internationaux et les donateurs ont condamné les meurtres et ont menaçé de revoir leurs engagements envers la Tanzanie.
"On nous a accusé d'avoir coulé un bâteau à bord duquel des personnes tentaient de s'enfuir. On a parlé de la présence d'un charnier à Pemba que personne n'a vu de ses yeux. Rien que des mensonges", a déclaré M. Mkapa.
Il a accusé les médias locaux et étrangers d'avoir "fabriqué" le chiffre des victimes. "Je pense être un des leaders africains qui s'efforcent de mettre en place les fondements d'une bonne gouvernance et le respect des droits humains", a-t-il ajouté.
Faisant remarquer qu'il a gagné les élections multipartites de 2000 avec 71,7 pour cent des suffrages, M. Mkapa a dit qu'il n'allait pas vendre aux enchères sa conscience pour le prix de l'aide.
"Je suis sûr que vous allez me soutenir en refusant de vendre nos droits en tant que nation indépendante. Nous sommes pauvres, mais nous avons une conscience et du respect de nous mêmes", a-t-il affirmé, ajoutant que juridiquement, rien ne prévoit la reprise des élections à Zanzibar avant 2005.
"C'est pourquoi, a-t-il poursuivi, le Front uni civique, qui ne pouvait aller devant les tribunaux, a choisi de recourir à la violence et aux armes.
Ce parti demande l'annulation des élections 2000 à Zanzibar, qui selon lui, ont été entâchées de fraude en faveur du Chama Cha Mapinduzi Party, au pouvoir.
Le Front uni civique réclame aussi la reconstitution de la Commission nationale électorale indépendante et de la Commission électorale de Zanzibar et une révision de la Constitution.
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