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Afrique: La pauvreté urbaine sous-estimée dans le tiers-monde

6 Février 2001


Lusaka, Zambie — Un haut responsable de l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED) a déclaré que l'ampleur de la pauvreté urbaine en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, est sous-estimée et sa nature mal appréhendée par les agences internationales et nationales.

M. David Satterthwaite, le responsable du Programme des implantations humaines à l'IIED, a déclaré que le discours sur la réduction de la pauvreté urbaine était trop orienté par les agences internationales, particulièrement la Banque mondiale et les gouvernements nationaux.

Ils n'arrivent pas à comprendre les caractéristiques urbaines particulières de la pauvreté urbaine et à quel point elle est implanté dans les structures sociales, économiques et politiques locales ainsi que dans des processus nationaux et mondiaux plus larges, a-t-il déclaré.

M. Satterthwaite, qui présentait une communication sur l'étendue et la nature de la pauvreté urbaine dans les pays à faibles et moyens revenus devant une conférence sur la pauvreté urbaine ouverte lundi à Lusaka (Zambie), a indiqué que les agences internationales et les gouvernements sous-estimaient ou sous-évaluaient le rôle, essentiel à ses yeux, des insitutions locales dans la réduction de la pauvreté urbaine.

"Les critères de pauvreté basés sur le revenu qui sont utilisés comme base pour calculer le nombre de personnes pauvres sont fixés de façon irréalistes en relation avec le coût de la vie en milieu urbain. Ainsi, ils sous-estiment la proportion des habitants des zones urbaines qui ont des revenus trop bas pour satisfaire leurs besoins", a-t-il déclaré.

M. Satterthwaite a indiqué que la sous-estimation de l'étendue de la pauvreté urbaine était particulièrement importante si l'on utilisait le critère d'un dollar américain par jour de la Banque mondiale car dans la plupart des zones urbaines il fallait avoir à sa disposition beaucoup plus que cette somme pour éviter d'être pauvre.

"La réduction de la pauvreté urbaine a presque toujours une connotation politique puisqu'elle implique le renforcement du pouvoir de négociation et la capacité ou la possibilité d'agir sur les groupes à faibles revenus ou désavantagés sous une autre forme dans le cadre de leur contexte local", a-t-il ajouté.

Le ministre zambien de l'Administration locale et de l'Habitat, M. Ackson Sejani, également intervenu lors de cette réunion, a déclaré que le niveau de pauvreté dans son pays était passé de 69,2 pour cent en 1996 à 73 pour cent en 1998, alors que la pauvreté rurale est de 83 pour cent et la pauvreté urbaine de 56 pour cent.

Il a souligné qu'en 1963 environ 20 pour cent de la population zambienne vivait en zone urbaine mais que ce chiffre était passé à 42 pour cent en 1990, ce qui faisait de la Zambie le pays le plus urbanisé d'Afrique sub-saharienne après l'Afrique du Sud.

Il a indiqué que la plupart des pauvres des villes vivent dans des endroits où il n'était pas prévu d'installer des infrastructures d'habitation, sans accès à l'eau potable et à l'assainissement ce qui les exposait à des maladies comme le choléra.

Citant le manque de services sociaux et d'accès à l'emploi formel et informel ainsi que la croissance de la population urbaine entre autres facteurs contribuant à la pauvreté urbaine, il a relevé le consensus international croissant sur le fait que les programmes d'ajustement structurels (PAS) avaient eu un impact négatif sur le développement social et avaient imposé de lourds fardeaux aux plus démunis.

Ces programmes, a-t-il dit, avaient eu des effets divers sur les secteurs économiques informels des pays, tels que l'accroissement du commerce ambulant, de la prostitution, du vol, du phénomène des enfants de la rue ainsi qu'une augmentation des maladies sexuellement transmissibles telles que le VIH/SIDA.

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M. Sejani a précisé qu'au départ, la Zambie et ses partenaires avaient concentré leurs efforts sur la croissance économique mais qu'actuellement l'accent est plutôt mis sur une intégration plus explicite des dimensions sociales dans les programmes du gouvernement.

Il a déclaré que le gouvernement prenait des mesures pour réduire le nombre de personnes vivant dans la pauvreté de 72,9 pour cent à 50 pour cent au cours de la période allant de 2000 à 2004 et pour réduire la pauvreté extrême d'ici 2015.

"Nous nous sommes rendus compte que pour réaliser ces projets, il serait nécessaire de mettre en oeuvre des programmes de croissance économiques en faveur des plus démunis et des programmes d'action sociale énergiques", a-t-il indiqué.

La conférence de Lusaka, qui durera cinq jours, a été organisée par CARE International avec, entre autres objectifs, celui de faciliter le partage d'expériences dans le domaine de l'amélioration des conditions de vie des populations urbaines et des méthodes de gouvernance.

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