Dakar — Malgré les contretemps rencontrés dans le déploiement des troupes pour aménager une zone tampon, le responsable de la mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée (MNUE) s'est porté garant du fait que le processus de paix entre les deux pays ne se désagrégerait pas.
Un communiqué de presse rendu public mercredi a cité Legwaila Joseph Legwaila qui a soutenu qu'après tout les Nations Unies négociaient avec "deux dirigeants disciplinés, deux nations disciplinées et deux armées disciplinées".
Tout en reconnaissant que la paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée serait difficile à faire après l'amertume et la méfiance engendrées par leur conflit frontalier, M. Legwaila s'est déclaré confiant dans le fait que les problèmes concomitants seraient bientôt résolus. Il tenait une réunion d'information pour la presse à la suite d'une réunion avec le Conseil de Sécurité.
Le mandat de la MNUEE doit expirer jeudi et le Conseil étudie la recommandation du Secrétaire Général Koffi Annan de le prolonger pour six mois de plus. M. Legwaila a indiqué que la coopération entre la MNUEE et les pays hôtes était très bonne. Il a aussi annoncé que si la MNUEE avait pu être en mesure de déployer 4.000 casques bleus et 200 observateurs militaires, et commencer à contrôler la sécurité dans les zones contestées, c'était en grande partie grâce à la réaction rapide des pays donateurs.
Des difficultés récentes avaient empêché la Mission de déclarer officiellement l'établissement d'une Zone Temporaire de Sécurité (ZTS) destinée à séparer les deux parties.
En faisant allusion à sa réunion avec le Conseil de Sécurité, il a souligné que la communauté internationale souhaitait l'établissement de cette zone, en insistant sur le fait qu'elle était essentielle pour le retour des civils qui avaient été obligés de fuir leurs maisons et leurs champs en raison des combats. Il a rappelé que les parties avaient elles-mêmes émis cette idée et l'avaient adopté en juin dernier, lors de leur signature d'un Accord sur la Cessation des Hostilités.
Cet accord avait été négocié par l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) avant la création de la MNUEE a-t-il souligné, et la ZTS n'était rien de plus qu'une mesure intérimaire n'ayant rien à voir avec les décisions futures sur la frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée. M. Legwaila a regretté qu'il y ait malheureusement encore beaucoup d'amertume et de méfiance entre les deux parties, ce qui rendait la question de la position des troupes extrêmement sensible.
Cependant, il a espéré que les problèmes opérationnels seraient bientôt résolus, ce qui permettrait à la MNUE d'être dans la meilleure position possible pour assister les parties à relever les défis du processus de paix.
Une des questions les plus pressantes reste l'afflux prochain des personnes déplacées sur le plan interne et des réfugiés dans la ZTS, a-t-il insisté. Pour cette raison, il a appuyé l'adresse faite par Koffi Annan aux donateurs, les invitant à répondre favorablement aux appels lancés récemment par les Nations Unies pour aider cette région. Cette aide, a-t-il souligné, devrait permettre d'améliorer le sort des personnes touchées par des années de sécheresse et de guerre.
La consolidation à long terme de la paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée va nécessiter la volonté politique constante de leurs dirigeants, a-t-il insisté, et le soutien continu de la communauté internationale. Un des éléments essentiels étant la délimitation finale et la démarcation de la frontière, confiées par les parties à une Commission Frontalière.
M. Legwaila a fait observer que l'achèvement du travail de cette commission - et la conclusion réussie de la Mission de l'ONU - étaient complémentaires par définition.
En réponse à une question sur la source des problèmes empêchant l'établissement de la Zone, il a expliqué que le principal problème était celui des cartes.
Il y a eu une réunion de la Commission de coordination militaire à Nairobi le 6 février, au cours de laquelle les deux parties ont adopté une carte politique, avec des réserves, selon lui.
Les réserves de l'Ethiopie concernaient une erreur commise sur la carte de redéploiement qu'il avait initialement soumise à la MNUEE. Elle porte notamment sur l'Irob - une région dont l'Ethiopie estimait qu'elle avait précédemment été sous son administration.
Au cours du processus de traduction de la carte politique, l'Ethiopie a souhaité que le Commandant de la Force de la MNUEE ajuste la carte opérationnelle en tenant compte de cette erreur, et après avoir consulté les parties, le commandant en chef avait accédé à cette demande. L'Erythrée avait aussi exprimé une réserve initiale, selon lui, en s'opposant au projet de carte opérationnel - qui est la traduction, pour des objectifs opérationnels de la carte politique.
Selon l'Erythrée, des zones se retrouvaient désormais derrière la ligne du redéploiement éthiopien alors qu'elles ne s'y trouvaient pas avant sur la carte politique originelle - plus particulièrement la région d'Irob.
Selon M. Legwaila, l'Erythrée insistait toujours sur le fait qu'une seule des cartes - la carte politique - devait être utilisée, mais les experts militaires de la MNUEE ont affirmé qu'il n'était pas pratique de se livrer à un redéploiement sur la base d'une version informatisée de la carte politique à plus petite échelle.
C'est la raison avancée par l'Erythrée pour geler le redéploiement de ses forces, a-t-il ajouté, en soulignant que l'Ethiopie avait terminé son opération de redéploiement.
Bien que l'Erythrée ait redéployé le gros de ses troupes, un nombre important de ses effectifs se trouve toujours dans des zones supposées faire partie de la ZTS, a confirmé M. Legwaila.
Il a indiqué avoir évoqué ce problème avec les deux parties pas plus tard que la semaine dernière, en rencontrant le ministre éthiopien des Affaires Etrangères vendredi dernier et le président érythréen le samedi.
La Mission de l'ONU a tenté tout d'abord de résoudre le problème en engageant les dirigeants des deux pays dans un dialogue, a-t-il poursuivi.
Mais, elle procède aussi au contrôle de son travail à la frontière sud de la ZTS pour corriger les erreurs cartographiques qui ont pu être commises dans la confection des cartes.
Concernant les autres obstacles, M. Legwaila a déclaré que la MNUEE n'était toujours pas autorisée à se rendre directement par avion d'Addis Abeba en Ethiopie à Asmara en Erythrée.
Il a indiqué que d'autres limites avaient aussi été imposées à la liberté de circulation de la MNUEE, malgré l'engagement des deux parties à garantir la liberté de circulation de la Mission dans le cadre de l'Accord sur la Cessation des Hostilités.
Afin que la MNUEE puisse faire son travail de manière efficace, elle doit être autorisée à se déplacer librement, a-t- il indiqué, en souhaitant que le Conseil de Sécurité appelle les deux parties à respecter leurs engagements sur cette question.
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