Swaziland: Bras de fer entre un procureur et les tradipraticiens

Mbabane, Swaziland — Le Procureur Général du Swaziland, Lincoln Ngarua, a annoncé que les autorités projetaient de criminaliser les activités des guérisseurs traditionnels dans ce petit royaume.

M. Ngarua a révélé qu'il était sur le point d'engager des poursuites contre les guérisseurs traditionnels, appelés localement "tinyanga" ou "tangoma". Ceux-ci affirmaient disposer de pouvoirs surnaturels pour aider les personnes accusées, à être acquittées par les tribunaux.

Le procureur a indiqué que la loi serait aussi appliquée pour poursuivre les guérisseurs traditionnels qui soutenaient pouvoir aider les gens à retrouver leurs biens volés, à retrouver des personnes disparues ou à ramener des amoureux perdus.

M. Ngarua a chargé l'inspecteur principal Jomo Mavuso d'ouvrir des enquêtes sur ce genre d'affaires et de procéder à l'arrestation des guérisseurs se livrant à ces pratiques.

"C'est un délit d'affirmer que l'on peut aider les gens à retrouver des personnes disparues, des biens perdus ou provoquer des retours d'affection, par le biais de pouvoirs surnaturels", a déclaré le Procureur Général.

Sur la liste des "tinyanga" les plus recherchés, établie par le procureur, figure le Dr. Abdul Issa, un herboriste ougandais dont les pouvoirs surnaturels sont censés faire gagner des procès.

"Nous avons voulu tester le pouvoir de son "muti" (médecine) au tribunal. Il y a beaucoup de "tinyangas" qui affirment qu'ils peuvent embrouiller les accusations, les magistrats et les procureurs avec leur "muti" et nous devons leur mettre la main dessus", a-t-il ajouté.

Le Dr. Issa est actuellement basé à Nelspruit, dans la province de Mpumalanga, en Afrique du Sud.

Le Procureur Général a expliqué que c'était une insulte à l'intégrité des tribunaux que d'affirmer que l'on pouvait aider les prévenus à remporter des procès.

M. Ngarua a déclaré qu'il surveillait les annonces dans la presse, où les charlatans et diseurs de bonnes aventures vantaient leur "muti".

En réaction à cette déclaration, le président de l'Association des Guérisseurs Traditionnels du Swaziland, Nhlavana Maseko a déclaré que le Procureur Général était battu d'avance dans sa bataille pour l'arrestation des guérisseurs traditionnels.

Selon M. Maseko, il n'existe pas de loi ou d'accord entre eux et le gouvernement, réglementant leurs relations avec leurs clients.

"Dans notre culture nous accordons nos services de purification à quiconque peut avoir la malchance de se retrouver derrière les barreaux ou d'être arrêté pour homicide. Il est dans les coutumes des swazilandais de se purifier de la malchance par des personnes habilitées à faire ce travail", a- t-il déclaré.

M. Maseko s'est demandé comment M. Ngarua appliquerait la loi contre eux, puisqu'en tant que guérisseurs traditionnels, ils étaient divisés en plusieurs groupes et qu'ils jouaient des rôles différents.

"Il ne peut pas nous exiger de dire comment nous travaillons. Puisque nous nous sommes dissociés des sorciers et qu'ils ne sont pas parmi nous. Le conseil que j'ai à lui donner est de continuer à faire son travail et laisser les guérisseurs traditionnels faire le leur", a-t-il déclaré.

Par ailleurs, l'herboriste ougandais basé en Afrique du Sud, s'est déclaré prêt à recevoir la police si elle souhaitait le poursuivre pour ses affirmations.

M. Issa a déclaré qu'il ne savait pas que passer des annonces pour proposer ses services était un délit au Swaziland.

Entre-temps, le bureau du Procureur Général a été submergé d'appels de la part des guérisseurs traditionnels, à la suite de sa menace.

"Je respecte les guérisseurs traditionnels et n'ai absolument rien contre eux", a déclaré M. Ngarua en réponse à ces appels, mais en insistant sur le fait que son seul problème était qu'il ne pouvait tolérer "qu'ils induisent les gens en erreur et les poussent à commettre des actes moralement et légalement répréhensibles".

"Les avocats ne font pas de publicité et ne promettent pas l'acquittement à leurs clients. Ils ne peuvent que promettre de bien les représenter devant les tribunaux. Si, par contre, quelqu'un promet l'acquittement à des accusés ou d'être invisible, c'est à dire ne pas être tenu pour responsable de tout acte illégal, alors c'est l'anarchie qui va s'installer", a soutenu M. Ngarua.

A la suite de l'avertissement lancé aux guérisseurs traditionnels par le Procureur Général, une foule en colère s'en est pris vendredi dernier à l'un deux, Longagezi Gama, dont elle a brûlé le cabinet de consultation à Dlangeni, à environ 20 km à l'est de Mbabane et a enlevé un de ses enfants.

La foule avait été informée par un devin que Gama était impliqué dans la disparition d'un de ses parents, qui serait devenu un zombie. Gama, craignant pour sa vie, a pris la fuite.


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