Ida Hassan
15 Avril 2001
Rabat, Maroc — En cette mi-avril 2001, les agriculteurs marocains scrutent le ciel à la recherche de la moindre formation orageuse pouvant être salutaire pour leur moisson.
Dans ce pays où le secteur agricole contribue à hauteur de 20 pour cent au Produit intérieur brut (PIB), la production agricole est, cette année, hypothéquée par les précipitations du mois d'avril.
Dans certaines régions du sud et de l'est du royaume, le sort est déjà jeté puisque les précipitations ont été insuffisantes, ce qui a été fatal pour les cultures non irriguées.
Dans les plaines de la Chaouia, la région du centre du pays que l'on dénomme le "grenier du Royaume", 53.000 hectares de cultures céréalières en terres non irriguées, soit 15 pour cent de la superficie emblavée, sont actuellement considérés comme perdus à cause du manque de précipitations enregistré depuis le début du mois de février.
Pis encore, 153.OOO autres hectares de cultures céréalières (soit 39 pour cent) sont menacés puisque considérés comme médiocres, et risquent de connaître le même sort s'il ne pleut pas dans les deux semaines à venir.
Dans d'autres provinces du pays, où les précipitations ont été très faibles par rapport à la moyenne, la situation est jugée très critique, même si, à la fin de l'année écoulée, certaines régions du nord du pays ont enregistré des inondations suite à des pluies torrentielles.
Le Maroc, qui connaît des précipitations irrégulières dans le temps et dans l'espace, est confronté depuis plusieurs années à une sécheresse structurelle.
En 1999, une année durant laquelle le pays a été touché par une sécheresse très sévère, le gouvernement avait dû lancer un "programme national de lutte contre les effets de la sécheresse" qui a nécessité une enveloppe budgétaire de près de 350 millions de dollars (1 dollar US = environ 700 francs CFA).
Ce programme, qui a concerné aussi l'année 2000, a permis d'assurer l'approvisionnement en eau potable des populations vivant dans les régions sévèrement touchées, la sauvegarde du cheptel par des opérations de vaccination et de distribution de fourrage à des prix subventionnés, et l'ouverture de chantiers de travaux publics dans les campagnes pour garantir des revenus aux habitants.
A la date 23 mars dernier, le volume d'eau stockée dans les retenues des barrages à usage agricole a atteint quelque 7,5 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage d'environ 59 pour cent.
Durant la période allant du 1-er septembre 2000 au 16 mars 2001, un volume de quelque 788 millions mètres cubes d'eau d'irrigation a été mobilisé, ce qui représente près de 32 pour cent de la dotation globale d'irrigation prévue pour la totalité de la campagne 2000/2001.
Au lendemain de son indépendance en 1956, le royaume chérifien avait lancé une vaste politique de construction de barrages pour garantir ses besoins en eau potable et d'irrigation.
Il compte actuellement près d'une centaine de grands barrages avec une capacité de stockage de plus de 14 milliards de mètres cubes.
Malgré les efforts déployés par le gouvernement marocain pour atténuer les effets de la sécheresse, le secteur agricole reste fortement tributaire des précipitations de ce mois d'avril.
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