Malawi: L'église demande à Muluzi de clore le débat sur son 3ème mandat

Blantyre, Malawi — La seconde église en importance du Malawi, l'église presbytérienne d'Afrique centrale (CCAP), a demandé au président Bakili Muluzi de faire connaître sa décision de "manière franche et définitive" sur la question de savoir s'il va briguer un troisième mandat, ce que la constitution lui interdit.

L'initiative de l'église fait suite à la réaction du gouvernement à la lettre pastorale que la CCAP avait rédigée le 22 avril, pour prévenir le Front démocratique uni (UDF, au pouvoir) contre toute tentative d'amender la Constitution afin de permettre à Muluzi de chercher à se faire réélire en 2004, à l'expiration de son second mandat.

En réaction à cette correspondance, le ministre de l'Information, M. Clement Stambuli, avait estimé prématuré de discuter de cette question d'un troisième mandat, déclarant que le bureau politique de l'UDF ou le Conseil des ministres étaient les instances qui devraient d'abord l'examiner.

Le Synode général de la CCAP a estimé insatisfaisante cette réponse, indiquant, dans une lettre adressée au président et à Stambuli, que le débat aurait pu être évité si Muluzi lui-même s'était prononcé sans aucune ambiguïté sur le problème.

"Nous vous demandons humblement, M. le président, de tout simplement faire savoir que vous avez décidé de ne pas vous présenter pour briguer un troisième mandat et nous sommes persuadés que si vous le faites le problème ne sera plus d'actualité", affirme la lettre.

L'église précise que son opposition à l'idée d'un troisième mandat de Muluzi ne doit pas être interprétée comme une indication du fait qu'elle jugerait que l'action de Muluzi en tant que président n'a pas été satisfaisante.

"Nous avons la conviction que la position du Synode est claire sur la question de savoir pourquoi une telle initiative (le troisième mandat) ne serait pas dans l'intérêt bien compris du pays. Notre position n'a rien à voir avec l'efficacité de votre action en tant que président. Bien au contraire. Nous avons pour seule motivation le renforcement de nos institutions démocratiques et le respect de l'état de droit", poursuit la lettre.

Cependant, les leaders de l'UDF ont intensifié la campagne pour le projet de troisième mandat, ignorant ainsi la réprobation générale suscitée par cette question. C'est ainsi que des chants spéciaux ont été composés pour implorer Muluzi de rester au pouvoir.

Bien qu'il n'ait pas fait clairement savoir sa position sur la question, Muluzi n'a jamais mis en garde les responsables de son parti. Cela renforce la spéculation selon laquelle il s'agit tout simplement d'un geste calculé pour faire passer le projet comme une initiative de la base.

Cependant, les experts disent que la récente capitulation du président Frederick Chiluba de Zambie sur la même question et la déclaration, faite dernièrement, par le président Joachim Chissano, pour annoncer qu'il ne solliciterait pas un nouveau mandat, font que Muluzi se retrouve isolé sur ce point et que sa position risque d'être intenable.


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