Pour Nouvelle Conscience Africaine La Coordination
11 Juillet 2001
opinion
Lors de sa séance ordinaire du mardi 06 février 2001, l'Assemblée nationale du Burkina Faso a autorisé le gouvernement burkinabé à ratifier l'acte constitutif de l'Union africaine adopté le 11 juillet 2000 à Lomé au Togo.
Le samedi 26 mai 2001, cette Union est entrée en vigueur, conformément à l'article 28 de son acte constitutif et au terme du dépôt des instruments de ratification par les deux tiers des Etats membres de l'OUA.
Du 09 au 12 juillet se tient à Luzaka en Zambie, le dernier sommet de l'OUA correspondant du même coup à la première Conférence de l'Union et réunissant les chefs d'Etat africain.
Si l'on doit se féliciter de toute idée d'unité africaine, on aurait tort d'admettre toutes recettes ou autres formules alchimiques pour y parvenir. Nouvelle Conscience africaine (NCA), fidèle à ses principes d'engagements pour les causes africaines porte une attention particulière au processus de l'Union africaine en cour, depuis le sommet extraordinaire de Syrte en Libye, en septembre 1999. C'est au terme d'une évaluation de parcours que notre organisation a décidé de faire la déclaration suivante, comme contribution et pour éviter des perspectives hasardeuses et précipitées dans la construction de l'Unité africaine.
Qu'est-ce que "l'Union africaine"?
L'Acte constitutif ne donne pas véritablement une définition de l'Union africaine; il la crée et lui identifie quatorze (14) objectifs dont les trois premiers en liste consistent à réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre les peuples d'Afrique, défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de ses Etats membres, accélérer l'intégration politique et socio-économique du continent.
Le fonctionnement de l'Union se fait conformément à seize (16) principes dont, l'égalité souveraine et interdépendance de tous les Etats membres de l'Union, le respect des frontières existant au moment de l'accession à l'indépendance, la participation des peuples africains aux activités de l'Union.
L'Union africaine comprend 9 organes dont la Conférence de l'Union, le Conseil exécutif, le Parlement panafricain, la Cour de justice, la Commission etc.
L'Union africaine face à la problématique de l'Unité africaine
L'Union africaine semble avoir adopté une démarche de création d'institutions continentales en l'identifiant au processus d'unité; il s'agit à notre sens d'une vision restrictive. La mise en place de ces institutions ne signifient pas forcement "UNION" ! En effet l'Union africaine se dote d'un Parlement panafricain, d'une Commission, d'une Cour de justice entre autres. Ces institutions doivent être considérées comme portant en elles-mêmes, les germes d'une véritable Union. Les Nations unies ou d'autres organisations disposent d'organes ou d'institutions ayant des attributions semblables sans pour autant avoir des objectifs unitaires. C'est connu, l'ONU n'a pas pour but d'unir tous les Etats du monde. Il est donc important pour les Africains à travers leurs chefs d'Etat, de fixer clairement les termes de l'Union recherchée pour le continent. S'agit-il dans un avenir plus ou moins long d'en arriver à une fédération des Etats du continent avec un exécutif unique compétent dans les domaines régaliens traditionnellement reconnus aux Etats souverains: battre monnaie, organiser la défense du territoire, gérer la diplomatie.
Le projet initial présenté par le Colonel Kadhafi avait cette préférence. Il a l'avantage d'être très ambitieux mais on se demande s'il a été conçu par pur panafricanisme militant et désintéressé comme l'était la vision des Marcus Garvey, Léon Gontran Damas, Kwamé Nkrumah, etc., sur l'unité du peuple noir et du continent africain ? Où s'agit-il plutôt d'un projet d'expansion libyenne au sud du Sahara ?
Le rêve de grand dirigeant d'un grand ensemble est comme une obsession chez le président Kadhafi. On se rappelle du projet de fusion entre la Libye et le Tchad au début des années 80 sous Goukouni Weddey; on notera également le projet de l'Union du Maghreb arabe qui a fait long feu entre la Libye, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Déçu par ses aventures tchadiennes et maghrébines, le colonel Kadhafi se serait donc tourné vers l'Afrique subsaharienne et au nom du panafricanisme, il les a engagés dans une course contre la montre dans un projet fédéraliste des Etats africains.
L'Acte constitutif de l'Union africaine laisse penser que le projet libyen a été fortement amendé. Mais l'engagement du colonel reste toujours très fort pour l'Union africaine et suscite encore des interrogations sur ses motivations profondes.
Inquiétudes justifiées par le fait que, d'abord le colonel Kadhafi au sujet de l'Union africaine semble en déphasage avec son peuple d'où les actes de xénophobie dont ont été victimes plusieurs milliers de négro-africains au cours de l'année 2000 en Libye; ensuite le système politique de Kadhaffi en vigueur en Libye où se mélange un prosélytisme islamique quelque peu moyenâgeux et un engagement révolutionnaire et nationaliste de type nassérien ne rassure pas. Enfin, Kadhafi n'est pas apprécié pour ne pas dire qu'il est rejeté par plusieurs Etats européens et américains (et singulièrement les Etats-Unis) qui sont les "tenants" de ce monde et des partenaires incontournables de l'Afrique. Autant de raisons qui nous font croire à NCA que l'Union africaine est mal partie. En effet, sans tomber dans l'afro pessimisme, il faut craindre qu'à la torpeur de l'OUA confrontée aux problèmes du continent, la présente fuite en avant pour adopter des institutions unitaires dont on ne peut garantir la fonctionnalité ou la viabilité future, ne puissent contribuer à davantage rendre difficile de véritables processus unitaires sur le terrain.
Notre vision de l'unité africaine correspond à la volonté et à l'engagement des Etats africains à intégrer leurs populations en commençant à leurs frontières, à mener des politiques complémentaires avec les autres Etats, à avoir des Etats de droits respectant la diversité et les droits de tous les citoyens y compris ceux des autres Etats africains. Pour ce faire, ne faut-il pas commencer par renforcer les organisations de coopération et d'intégration bilatérale, sous-régionale ou régionale?
L'actuelle démarche intégrationniste est-elle crédible ?
Selon les textes fondamentaux de l'Union africaine, on note comme un non choix entre l'abandon de tout ou partie de la souveraineté des Etats au profit d'une démarche d'intégration continentale. C'est comme si à la fois, les Etats africains voulaient de l'intégration et ont peur d'abandonner des parcelles de leur souveraineté, qui favoriserait cet objectif. En effet, dans le texte de l'Acte constitutif, les déclarations d'intention sont légion en matière d'intégration et celles se rapportant au principe sacré de la souveraineté des Etats sont tout aussi légion.
Mais par ailleurs, les organes tels le Parlement africain ou la Commission sont à vocation intégrationniste.
Il y a comme une incapacité de clarté dans le choix entre une option d'organisation intégrationniste "supra-étatique" ou "fédérateur", en lieu et place du concert d'Etats africains qu'était l'OUA. La confusion des genres et des concepts s'explique entre les choix idéologiques et les réalités géopolitiques. On prône l'unité juridique là où il n'y a pas d'unité géopolitique ni de politique d'unité de la part des Etats. Et rien ne prédispose les Etats africains, incapables de s'intégrer à des niveaux sous-régionaux où les conditions naturelles se trouvent remplies, de pouvoir le faire à un niveau continental, sur un continent qui ne dispose d'aucune cohérence politique et étatique globale. Dans ces conditions, les organes d'intégration doivent être vus comme un saupoudrage devant différencier l'Union africaine de l'OUA et offrir l'illusion d'une plus grande unité fonctionnelle.
L'Union africaine telle qu'adoptée est une contrefaçon de l'idée des Nkrumah, une mauvaise application de ce que les Africains peuvent désirer au mieux. Il s'agit de réformes et d'innovations institutionnelles de l'OUA et il est dommage que l'on l'affuble du concept "d'union". Dans ce sens, "l'Union africaine" ne serait qu'un autre nom de baptême d'une organisation dont on doute qu'elle puisse relever les véritables défis du continent.
Face à cette nouvelle aventure continentale, les peuples et les intellectuels africains ne peuvent se permettre d'être réservés face à une démarche qui n'apportera pas à notre continent, un début de solution aux multiples problèmes qui l'assaillent dans un monde de globalisation accélérée. Il nous faut interpeller par la réflexion et les critiques constructives, nos décideurs politiques pour qu'ensemble nous évitions les erreurs du passé.
Ainsi s'exprime notre conscience !
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2001 Sidwaya. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.