Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Production Agricole : Les nouvelles ambitions

Entretien Réalisé Par Kimségninga Savadogo

16 Août 2001


Le ministre de l'Agriculture, M. Salif Diallo vient d'effectuer des tournées dans les provinces du Burkina pour constater l'évolution de la campagne agricole en cours. Nous l'avons interrogé sur la petite irrigation, l'agro-business au Burkina, le nouveau système de vulgarisation agricole en gestation, les pertes énormes d'eau de surface au Sahel, le programme "vivres contre travail"...

Sidwaya (S.) : Peut-on savoir l'objectif visé à travers votre sortie sur le terrain ?

Salif Diallo (S.D.) : L'année passée, nous avons connu un déficit céréalier qui a pénalisé les populations. Cette année également, les pluies se sont installées d'une manière tardive. C'est pourquoi j'ai tenu à aller sur le terrain dans certaines localités pour me rendre compte avec les premiers responsables des services du ministère de l'Agriculture, de la situation qui prévaut réellement en campagne. C'est l'objectif de ma sortie sur le terrain.

S. : Quelles appréciations faites vous de l'évolution de la campagne agricole ?

S.D. : En visitant les différents champs, le constat c'est qu'aucune situation agricole n'est compromise. Mais nous ne pouvons pas également dire qu'on a des certitudes quant à une campagne agricole excédentaire dans la mesure où nous sommes à mi-temps de la saison pluvieuse. Nous sommes liés à la pluviométrie et si les décades pluviométriques à venir sont bonnes, nous sommes assurés qu'il y aura de bonnes récoltes. Mais pour l'instant, le constat positif c'est qu'il n'y a pas d'attaque majeure au niveau phytosanitaire.

Deuxième constat positif, aujourd'hui, la productivité a augmenté. En appliquant un certain nombre de paquets technologiques, les producteurs ruraux sont arrivés à élever leurs rendements. C'est le cas par exemple dans le Koulpelogo, où avec le maïs, les producteurs ont atteint sept (7) tonnes à l'hectare. Pour le riz de bas-fonds, il y a des rendements de quatre (4) tonnes à l'hectare. Ce qui est véritablement un progrès en comparaison avec les résultats obtenus dans un passé récent. Cela veut dire que dans l'ensemble, il y a des progrès obtenus dans le secteur agricole et qu'il faille organiser aux mieux les producteurs et surtout mettre à leur disposition des facteurs de production qui puissent pousser cette production plus loin. Le troisième constat positif : les producteurs recherchent maintenant des terres véritablement fertiles. De ce point de vue, ils investissent davantage les bas-fonds. Ils ne sont plus amarrés à leurs terres ancestrales. Dans la plupart des provinces des bas-fonds qui étaient abandonnés commencent à être exploités par les producteurs qui y réalisent de meilleurs rendements. Cette situation améliore la sécurité alimentaire dans l'ensemble de notre pays.

S. : Quel est le message que vous avez apporté aux producteurs ?

S.D. : Dans le Boulgou, par exemple avant même que nous puissions organiser les groupements villageois, certains d'entre ces groupements ont déjà acquis des paquets technologiques telle que la pompe à pédale pour des productions de céréales et d'autres spéculations en périodes sèches. En outre, nous avons constaté l'emploi à grande échelle de la fumure organique dans la plupart des zones agricoles. Il faut dire que c'est dans le Kouritenga que la situation n'est pas encore bonne. A ce niveau, les paquets technologiques ne sont pas non seulement appliqués mais en plus les sols sont devenus incultes. C'est pourquoi avec le retard de la saison pluvieuse nous avons une mauvaise physionomie de la campagne agricole dans cette province. Le message que nous apportons aux populations, c'est qu'il faut aujourd'hui mettre l'accent sur la préservation et la conservation des sols, la fertilisation notamment l'apport de la fumure organique. Bien entendu, les limites qui s'imposaient aux producteurs par rapport aux difficultés qu'ils avaient à écouler leurs productions sont en train d'être levées avec la société de promotion des filières agricoles (SOPROFA). Pour chaque province, le tonnage requis par cette nouvelle société a été communiqué aux producteurs. Cela peut constituer un indicateur, un stimulant, un élément incitateur, pour les producteurs ruraux.

S. : Est-ce que les producteurs sont psychologiquement prêts pour commencer la petite irrigation villageoise qui doit démarrer dès le mois d'octobre prochain ?

S.D. : Dans la Gnagna, les paysans ont déjà réalisé les puits relais et s'apprêtent à entamer cette deuxième campagne agricole. Dans le Boulgou c'est une expérience déjà menée avec l'appui du projet de développement rural du Boulgou. Nous allons effectivement entamer la petite irrigation de la période d'octobre à novembre. Si les expériences pilotes donnent des résultats très satisfaisants, la généralisation ira très vite.

S. : La petite irrigation va t-elle s'accompagner d'une politique de réalisation de retenue d'eau ?

S.D. : Nécessairement pour aller vers la petite irrigation, il faut créer des conditions. Cela nécessite l'existence d'un minimum de conditions à savoir l'existence de petites retenues d'eau.

S. : Le Sahel par exemple regorge d'un chapelet de cours d'eau qui coulent vers des horizons inconnus ; qu'est-ce qui sera fait pour stopper cette perte ?

S.D. : Je crois qu'au Sahel il y a des projets de réalisation de retenues d'eau qui sont en conception ou en vulgarisation. Maintenant, il faudrait aussi remarquer que l'existence de la retenue d'eau n'implique pas directement la pratique de l'irrigation. Nous avons vu que de Taparko à Bogandé, il y a à chaque 20 kilomètres de grandes superficies d'eau qui sont inexploitées. Ce sont même des contrastes extrêmement frappants quand on voit toutes ces retenues qui ne sont pas exploitées alors qu'à deux cents (200) mètres les gens peinent pour avoir de la nourriture.

Ce n'est pas normal. C'est pourquoi nous estimons qu'il faille d'abord organiser les groupements, les orienter vers la petite irrigation, les accompagner dans un premier temps et ensuite les amener à se prendre eux-mêmes en charge.

S. Vous avez fait état d'un système de vulgarisation agricole qui tiendra compte des spécificités des zones agricoles, pouvez-vous nous en parler davantage ?

SD : Oui ! A Tenkodogo par exemple on a vu de façon concrète l'existence de paysans formateurs.

A l'heure actuelle, il est difficile de croire qu'on pourra toujours recruter des fonctionnaires pour faire de la vulgarisation agricole tous azimuts. Notre nouvelle approche consistera à former pour chaque village, un encadreur, un formateur issu du monde des producteurs. Celui-ci va s'atteler à inculquer à ses coproducteurs, de nouvelles méthodes de production en s'appuyant sur ce qu'il avait appris à travers des formations.

Le budget de l'Etat ne peut pas avoir ces moyens pour recruter en nombre suffisant des encadreurs. L'autre aspect c'est que ces encadreurs fonctionnaires qui sont affectés dans les différents villages n'arrivent pas à s'insérer dans le tissu social du village ; ils n'arrivent pas à mieux comprendre les mentalités locales pour faire passer un certain nombre de messages. Du reste, les producteurs ruraux les perçoivent comme des fonctionnaires qui viennentt et qui passent. Alors que le paysan-formateur lui-même est producteur. Il applique les paquets technologiques sur son propre périmètre et les succès engendrés sur sa propre parcelle constituent des preuves palpables pouvant amener les autres producteurs du même village à en faire autant.

Cette façon de procéder réduit aussi les difficultés au niveau de l'Etat.

La tendance, c'est vraiment de responsabiliser au mieux les producteurs à travers leurs organisations paysannes. Nous allons choisir les meilleurs et les former.

Le troisième constat en matière de vulgarisation, c'est la spécialisation. On ne peut pas faire de la vulgarisation à Banfora comme à Tenkodogo ou à Dori.... Les spéculations agricoles sont différentes, les terrains sont différents. Il va falloir adapter la vulgarisation à chaque contexte de production. Voilà ce à quoi nous tendons à travers la formation des formateurs villageois.

S: Vous préconisez des vivres et du matériel pour inciter les producteurs à réaliser des cordons pierreux et des fosses-fumières en vue de la conservation et de la fertilisation des sols, disposez-vous réellement de ces moyens ?

S.D. : Nous sommes dans le cadre d'un programme de développement rural financé par le Programme alimentaire mondial (PAM). Ce programme était interrompu et il vient de reprendre dans le mois de juillet.

C'est un programme qui s'étend sur cinq ans. Il va coûter environ vingt et un (21) milliards de francs CFA sous forme de vivres.

Mais ces vivres ne seront pas donnés gratuitement aux populations.

Ce sont des vivres contre travail, comme on le dit en englais "food for work". Les producteurs qui vont réaliser soit des cordons pierreux, soit des fosses fumières soit des banques de céréales vont bénéficier de ce programme. Nous allons lancer à partir de la fin de la saison des pluies ce volet pour inciter davantage les producteurs à oeuvrer pour la conservation ou de la fertilisation des sols.

S. : Pour la petite irrigation, pourquoi le ministère de l'Agriculture ne financerait pas une opération de confection de pompes à pédales à vulgariser à grande échelle à des conditions souples ?

S.D. : Vous ne le savez peut-être pas. La pompe à pédales a été initiée dans le cadre d'un programme : le PDR/Boulgou. Dans les autres programmes initiés, on va essayer d'insérer ce volet de petite irrigation.

Ce programme est à une phase pilote ; ce n'est que cette année qu'on a lancé le concept. On essaie de réunir au mieux les conditions avant de généraliser ce programme sur l'ensemble du territoire national. Dans le cadre de l'initiative de lutte contre la pauvreté ce sera un des programmes majeurs dans le secteur agricole.

S. : Où en est -on avec l'agro-business au Burkina ?

S.D. : L'agro-business, c'est faire de l'agriculture une source d'affaires, une source de création de revenus substantiels. L'agro-business avait un blocage : le problème de marché ; le manque de circuits d'écoulement des produits agricoles .

Le développement de l'agriculture ne peut se faire qu'avec le renforcement des circuits commerciaux.

Il faut piloter l'agriculture en aval à partir des marchés. On a cru qu'il fallait appuyer la production. Mais en appuyant la production sans le faire en aval des circuits commerciaux, on est appelé à avoir des blocages insurmontables.

Et si les producteurs pris individuellement ne feront pas beaucoup d'efforts pour aller au delà de l'agriculture de subsistance, c'est que : ils n'ont pas de voies d'accès aux marchés. Même quand ils y arrivent ce sont des produits achetés à des prix non satisfaisants. Prenez l'exemple du coton. Si cette culture a connu un essor au Burkina, c'est parce qu'en amont comme en aval de la production cotonnière il y a un appui. Et le marché du coton existe à travers la SOFITEX (Société des fibres textiles).

En organisant aujourd'hui la commercialisation des céréales et autres productions à travers la SOPROFA, on verra bientôt des producteurs de maïs étendre davantage leurs superficies exploitées. Parce qu'ils y trouveront un intérêt. Mais s'il faut produire et ne pas pouvoir écouler , cela est décourageant. Dans ce contexte, l'effort du producteur s'estompe.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2001 Sidwaya. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Finance

Rubriques