Le Potentiel (bbc)
20 Août 2001
Kinshasa, Rd/Congo — Étienne Tshisekedi, président national de l'Union pour la démocratie et le progrès social (Udps), s'est exprimé, mercredi 15 août 2001, sur le dialogue intercongolais à l'occasion de la réception qu'avait offerte le facilitateur du Dialogue intercongolais aux participants aux travaux préparatoires de ce forum qui doivent débuter ce lundi 20 août à Gaborone (Botswana).
En effet, se confiant à la radio Bbc, le leader de l'opposition pacifique a insisté sur le fait que les Congolais doivent aller au Dialogue «pour ( ) mettre sur pied un Etat démocratique, un Etat de droit » en République démocratique du Congo. Pour ce faire, il a estimé que les participants, et la classe politique en général, doivent accorder une priorité à ce forum de tous les espoirs. C'est pour cela, a indiqué Tshisekedi, que l'opposition pacifique n'accorde pas trop d'importance au débat sur le lieu de la tenue de ce dialogue, préférant en laisser la désignation au gouvernement et aux mouvements rebelles. L'essentiel, a-t-il souligné étant que le dialogue se tienne le plus rapidement possible. Et c'est pour cette raison qu'il s'est dit disposé à accepter la ville de Kinshasa comme lieu devant abriter le dialogue intercongolais en lieu et place de Kisangani qui ne réunit pas toutes les conditions infrastructurelles requises.
Ce qui ne devrait pas, ajoutera-t-il, dire qu'il faut un confort particulier. « IL faut si c'est à Kisangani, qu'on ne tienne pas compte des travaux quelconque. Qu'on puisse travailler comme-ça. Moi, je serais tout à fait d'accord », a déclaré le leader de l'opposition non armée
Abordant la question du retrait des troupes étrangères, Étienne Tshisekedi a déclaré que ce retrait découlera de soit « dès que l'autorité pouvant répondre de tous les Congolais est mise sur pied pour dialoguer avec la Monuc et les forces étrangères. Concrètement, pour Tshisekedi, le dialogue devant aboutir au retrait des troupes étrangère devra incomber au prochain gouvernement issu du dialogue intercongolais, et c'est pourquoi il estime que celui-ci doit se tenir le plus rapidement possible.
Quant à la raison qui a fait qu'il ne fasse pas personnellement le déplacement de Gaborone, Étienne Tshisekedi a déclaré que cette rencontre est plutôt technique et que son parti y a délégué un représentant qui maîtrise les dossiers. Lui sera présent au dialogue proprement dit où seront traités les vrais problèmes politiques.
Bbc : Quel est le rôle que vous entendez jouer pour l'avenir de votre pays?
Etienne Tshisekedi : Le rôle que je vais jouer est celui de continuer jusqu'à mon dernier souffle de me battre pour que mon pays devienne un Etat de droit, un Etat démocratique.
Bbc : Pourquoi avoir choisi d'envoyer un représentant à Gaborone au lieu de faire le déplacement vous-même?
E.T. : Non, je crois que la réunion de Gaborone est une réunion essentiellement technique. Donc, je préfère y envoyer quelqu'un qui maîtrise le dossier et qui peut, sans problème, représenter suffisamment l'opposition politique et mon parti. Mais, les vrais problèmes politiques commenceront au Dialogue; et c'est là que je serai personnellement.
Bbc : Le Dialogue, vous désirez qu'il se déroule où?
E.T. : Nous avons toujours donné priorité à nos amis qui portent les armes et le gouvernement pour qu'ils se décident. Nous, partout où ils seront d'accord, nous serons d'accord avec eux. Donc, nous ne voulons pas en faire un problème.
Bbc : Pourriez-vous jouer le rôle d'arbitre en votre qualité de poids lourd de l'opposition non armée et mettre dans la balance la désignation du lieu où se tiendrait le Dialogue? On sait qu'aujourd'hui, les gens qui portent les armes préfèrent que ce rendez-vous se tienne à Kinshasa. Or, le gouvernement voudrait que cette rencontre se déroule à Kisangani...
E.T. : Si mon point de vue est demandé, je vous dis que je défendrai Kinshasa parce que notre capitale réunit toutes les conditions pour recevoir un Dialogue national.
Bbc : Mais le fait que le Dialogue ait lieu à Kisangani pourra permettre une démilitarisation de cette ville qui n'a toujours pas eu lieu?
E.T. : Pas nécessairement pour cette raison-là. Kisangani est une ville du Congo. Mais le problème est que ceux qui ont été là sont unanimes que les derniers affrontements armés ont détruit toutes les infrastructures. Je crains que, pour pouvoir réhabiliter toutes ces infrastructures, le Dialogue n'ait pas rapidement lieu parce que, comme vous savez, tout notre peuple veut qu'après le pré-dialogue, le Dialogue proprement dit commence immédiatement. Et je crains que ce qu'il faudra comme travaux pour la réhabilitation de la ville de Kisangani ne nous prenne du temps. Nous sommes trop impatients.
Bbc : Mais certains disent au contraire que le fait que ce Dialogue ait lieu dans une ville qui ne présente pas d'infrastructures adéquates, pourrait encourager les Congolais à dialoguer rapidement.
E.T. : Il faut voir si ce sera cela qu'on va faire, si on ne va pas dire Erreur ! Source du renvoi introuvable.. Cela risque de nous prendre du temps. Vous savez que les Congolais ont vécu des années de misère. Ce n'est pas que quand nous parlons de Kinshasa, nous pensons à un certain confort. Il n'y a pas de confort dans la non gouvernance de l'Etat depuis Mobutu en passant par Kabila. On sait que les Congolais ont subi dans leur chair le plus grand sacrifice. Mais il faut, si c'est à Kisangani, qu'on ne tienne pas compte des travaux quelconques. Qu'on puisse travailler comme ça. Moi, je serai tout à fait d'accord.
Bbc : Dans quel esprit vous rendez-vous à ce Dialogue, car d'aucuns craignent que les participants décident d'aller à ce lieu pour se partager des postes, le pouvoir et tergiverser jusqu'à ce qu'ils auront obtenu le morceau du pouvoir dont ils ont envie? Est-ce cela l'esprit dans lequel vous vous rendez à Gaborone?
E.T. : Là, vous m'aidez. Je vous remercie pour cette question parce que, justement, je ne cesse d'insister sur le fait que pour une fois qu'il est demandé aux Congolais, surtout aux politiciens, de savoir mettre de côté leurs intérêts personnels égoïstes et donner la plus urgente priorité à l'intérêt national. Nous devons aller au Dialogue pour que nous puissions, une fois depuis 41 ans que nous sommes soi-disant indépendants, mettre sur pied un Etat démocratique, un Etat de droit.
Bbc : Est-ce que l'intérêt prioritaire n'est pas le départ des forces étrangères?
E.T. : Mais pas du tout. Ça va découler dès que l'autorité pouvant répondre de tous les Congolais est mise sur pied, automatiquement cette autorité va dialoguer et avec la Monuc et avec les forces étrangères pour que toutes les troupes étrangères puissent dégager le pays.
Bbc : Comment doit-on s'y prendre lorsqu'on sait que la moitié du pays est contrôlée par les rebelles et leurs alliés et que ce sont ces Congolais-là qui souffrent le plus?
E.T. : Mais justement, c'est pour cela que nous sommes très pressés de conclure le Dialogue parce que ce Dialogue, comme je viens de le dire, mettra sur pied l'autorité nationale laquelle va dialoguer avec les différentes forces intéressées et étrangères pour dégager le pays. Ce sera très rapide.
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