Kandolo M.
21 Août 2001
Kinshasa — Il est dit à l'article III point 20 de l'Accord de Lusaka : "Aux termes de cet Accord et à l'issue du Dialogue national, il y aura un mécanisme pour la formation d'une armée nationale, restructurée et intégrée, incluant les forces des Parties congolaises signataires du présent Accord, sur la base des négociations entre le gouvernement de la RDC, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie et le Mouvement pour la Libération du Congo.
De ce point dépend la validité du processus de réconciliation découlant du Dialogue intercongolais. Car, il est impossible d'imposer une paix durable sans l'appui d'une armée véritablement nationale, au service du peuple et non arrimée à un individu ou à une caste. Depuis longtemps, les Congolais ont perdu la notion d'armée citoyenne et croient à tort que la mission d'une armée et des services attenants (sécurité et renseignements) est de protéger un individu et son pouvoir. Le ton avait été donné par le Maréchal Mobutu qui, par des purges staliniennes de 1975 à 1978 s'était mis à tribaliser l'armée. Celle-ci perdit son caractère national à partir de 1980 avec la création de la DSP (d'abord BSP), la redoutable garde de Mobutu, une armée dans une armée. Cette unité d'élite, surentraînée, surarmée et soignée aux petits oignons était constituée essentiellement de soldats ngbandi, l'ethnie du Maréchal-Président. Ses hommes étaient liés d'ailleurs à celui-ci par un pacte magico-mystique qui faisait qu'ils ne pouvaient pas le trahir.
Pendant ce temps, dans d'autres unités où il y avait des ressortissants d'autres provinces, c'était la disette et la misère noire. Les grincements de dents aussi. Ces milliers de soldats aigris, amaigris et vivant sur le dos de la population, n'attendaient par conséquent qu'une occasion propice pour en découdre avec les 7 mille hommes de la DSP qu'ils haïssaient. Quoi de plus normal qu'au déclenchement de la rébellion de Kabila, il n'y avait personne pour se battre. Ces laissés-pour-compte ont vite fait d'aller grossir les rangs des assaillants rwandais.
Malheureusement, Laurent-Désiré Kabila n'a pas bien assimilé la leçon. Pour constituer sa propre armée, il s'est inspiré de l'évangile de Mobutu et a marché sur ses travers. Nouvelle conséquence : la deuxième rébellion provoquée par les mêmes Rwandais de 1997 sera renforcée par les soldats mécontents de la discrimination de Laurent-Désiré Kabila.
Trop, c'est trop. L'heure est venue, avec le Dialogue intercongolais, de mettre fin à cette culture moyenageuse d'armée tribale. Une telle armée, quels que soient les moyens dont elle est pourvue, a le handicap d'avoir toute la population contre elle. Or, en cas de guerre, le meilleur complice, l'agent de renseignements précieux est et reste la population. Une armée qui a une population dressée contre elle ne peut pas forger l'espoir de la nation. Elle n'assure pas la sécurité mais est obligée de devenir un agent de l'insécurité.
Il est grand temps que les Congolais se réveillent à la faveur du Dialogue intercongolais et jettent les bases de cette nouvelle union en vue de la formation de cette armée nationale. Nationale d'abord par sa mission d'être le socle de la protection des droits et libertés des citoyens ainsi que par sa constitution prenant en compte l'équilibre régional.
Chapitre 10 : De la formation d'une armée nationale
Aux termes du présent Accord et à l'issue des négociations politiques inter-congolaises, il y aura un mécanisme tenant notamment compte du contrôle physique des troupes, de l'identification précise de tous les éléments au regard de leur origine, de la date de leur enrôlement, de leur corps d'attache, ainsi que de l'identification des terroristes et du dénombrement des armes de guerre distribuées dans le cadre des institutions gouvernementales parallèles de défense populaire, pour la formation d'une armée nationale, restructurée et intégrée, incluant les forces des parties congolaises signataires du présent Accord, sur base des négociations entre le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie et le Mouvement pour la Libération du Congo.
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