Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Les premières escarmouches du pré-dialogue imposent déjà le réalisme : Gaborone ne sera pas Versailles

Tshidibi Ngondavi (notre Envoyé Spécial à Gaborone)

23 Août 2001


Kinshasa, Rd/Congo — C'est à croire que Gaborone nage dans une félicité euphorisante. A la gaieté véhiculée par les différentes délégations congolaises s'est ajouté, mardi dernier, celle de l'équipe de facilitation. Au cours d'un point de presse qu'ils ont animé, les diplomates Mogue et Lebatt, principaux collaborateurs de Masire, n'ont pas dérogé à l'ambiance générale bon enfant en se disant satisfaits surtout du ton des différentes déclarations.

Cela n'occultera, cependant, pas le fait que Gaborone ne sera pas Versailles. Car, entre l'euphorie des retrouvailles et l'alarmisme extrémiste s'intercalle le réalisme qu'impose l'enjeu de l'heure. Nul ne peut, en effet, oublier que les questions de fond sont séculières et que le Congo est entrain de transiter vers une nouvelle génération en relève des pères du conflit qui en détiennent (pour les survivants) le fin mot. Sans compter, bien sûr, la dimension international de l'enjeu congolais avec l'implication des intérêts des puissances mondiales dans la nouvelle géopolitique internationale.

Dans l'hilarité générale, il faudra, donc, savoir démêler le sourire sincère du sourire jaune ou carnassier. Et, dans la capitale botswanaise, le round d'observation n'a pas eu de beaux jours. Les premières minutes des huis clos ont vite révélé que la partie ne sera pas de tout repos. Il est, par exemple, question de trouver un juste milieu entre les différentes dates de début du dialogue proprement dit. 15 jours pour les uns, 30 ou 45 pour les autres, rapportent les reporters kinois qui harpentent les couloirs du Grand Palm. A la clé, il faudra faire droit au bon sens en prenant en compte la question de logistique et de pédagogie dont la mise en place demandera du temps après Gaborone.

Idem pour le lieu du dialogue qui est, à ce jour, tiraillé entre Bruxelles, Johannesburg, Gaborone, Addis-Abeba, Libreville, Port-Louis, Kinshasa ou Kisangani. Ici encore, en raison des accointances diplomatiques, du passé politique de chaque pays suggéré par rapport à l'histoire de la Rdc, ou au regard de l'impératif budgétaire, etc., le nécessaire consensus sera rude à dégager. Surtout s'il faut juger le nombre de parties en présence.

La question de nationalité n'était pas prévue pour l'étape préparatoire, mais Alexis Thambwe Mwamba, ancien patron des Affaires étrangères au Rcd/Goma, l'a soulevée en proposant de passer les participants au «Carbone 14». Il sera freiné dans son élan lorsqu'une majorité s'est dégagée pour affirmer que chaque partie était souveraine dans la composition de sa délégation. Exit donc Thambwe Mwamba qui, cependant, aura pris le départ, à ce sujet, pour le Dialogue intercongolais.

L'autre escarmouche de grand fond a été, à ce stade des débats, la demande faite par la facilitation à l'opposition pacifique et la société civile de se déterminer face à l'Accord de Lusaka et aux déclarations de principe. Il est question qu'ils les signent ou qu'ils adhèrent à leurs principes. Ces deux composantes avaient jusqu'à mercredi pour se prononcer. En attendant, les réactions de coulisse tendaient au rejet de la démarche. Opposition comme société civile ne seraient pas chaudes à l'idée de signer l'Accord de Lusaka comme pour se donner le statut de belligérants à ce stade de négociation de la paix.

Liens Pertinents

En clair, les balises du Dialogue intercongolais seront hardies à poser. Même quand il s'agit de projeter l'après-dialogue, les débats ne seront pas aisés. A ce stade déjà, la partie gouvernementale ne voit pas les élections se tenir avant trois ans. Dans les médias, She Okitundu avance, en effet, les questions de procédure, de recensement, de référendum constitutionnel auquel il faudra donner du temps soit une transition de trois ans. Autant pour la rébellion, du moins le Rcd/Goma qui, par la bouche de Bizima Karaha, marchande sur une année pour proposer une transition de deux ans. A vrai dire, il y aura ici une bagarre aux coudes sur l'élimination des adversaires autour des critères d'éligibilité. Et, déjà au pré-dialogue, la bataille sera rude.

On peut donc voir que, déjà, Gaborone ne sera pas Versailles l'enjeu, parmi tout d'autres, est de créer les conditions de réussite du Dialogue intercongolais. A Kinshasa, les avis croisés sont que les ambassadeurs du Congo au pré - dialogue devront éviter l'hypocrisie pour ne pas miner ou hypothéquer l'ultime forum en lui léguant, par exemple, toutes les questions qui peuvent être écartées à ce stade. Pour bien d'observateurs, en effet, la présence de tous les Chefs de différents groupes est un atout pour aborder les sujets de fonds afin que personne ne se rebiffe le moment venu avec des arguments du genre «le pré-dialogue a été mal négocier».

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2001 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Rubriques