Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Jonas-Eugène Kota

23 Août 2001


Mardi 20 août dernier, la parole a été donnée à toutes les délégations au pré-dialogue de Gaborone pour qu'elles fassent leurs déclarations

Ci-dessous l'essentiel du discours de François Lumumba.

"Chers Compatriotes,

(...) Depuis 1960 notre pays traverse une longue situation dramatique. Plusieurs assises de ce genre ont tenté de trouver solution à la crise congolaise sans, hélas, jamais y parvenir.

Notre Pays aura ainsi perdu plus de 40 ans sans s'investir à l'édification d'une grande Nation malgré les potentialités que la nature nous a si généreusement dotées. En effet, la confiscation du pouvoir par des forces rétrogrades, dès les premiers mois de l'indépendance, le renversement du gouvernement démocratiquement élu, dirigé par Patrice Emery Lumumba, notre Héros National, et la longue dictature qui s'en est suivie, ont engendré des profondes contradictions qui ont compromis l'avenir de notre pays et le bien-être de notre peuple. Cette situation a engendré l'instabilité des institutions, l'exclusion politique, le marasme économique généralisé, qui ont accéléré la décomposition totale de l'Etat.

Chers Compatriotes.

Avec l'organisation du dialogue national, un vent de changement souffle sur notre Pays. Nous devons impérativement le saisir à travers l'Accord de Lusaka qui présente, à titre de rappel, les avantages suivants :

-1. Il constitue un cadre de référence juridique, politique et militaire auquel les Parties et la Communauté Internationale sont liées .

-2. Il aborde tous les aspects essentiels internes et externes de la crise congolaise et suggère les solutions pratiques ;

-3. Il prévoit un statut identique aux participants du Dialogue National.

-4. Il préconise la mise en place d'un nouvel ordre politique démocratique en vue de garantir la transparence dans la gestion des affaires publiques, selon les règles républicaines.

-5. Il prévoit enfin la levée d'une nouvelle Armée Nationale et républicaine.

Chers Compatriotes.

Le Mouvement National Congolais-Lumumba (Mncl), est d'accord avec l'ébauche de l'ordre du jour préconisé au chapitre 5 de l'Accord de Lusaka et propose que notre assemblée s'applique à arrêter, pour chaque point de cet ordre du jour, un thème de référence précis et susceptible de nous accompagner, avec assurance, vers une analyse rationnelle de différents contours des questions qui faciliteront l'élaboration des résolutions des assises.

S'agissant principalement de l'Armée, que nous considérons comme la clé de voûte de la stabilité et du succès des résolutions sur le nouvel ordre politique, notre parti vous exhorte à examiner avec intelligence les principes de restructuration et de réhabilitation d'une Armée républicaine, gage du nouvel ordre politique, de la stabilité des institutions et de la défense du territoire national. Et pour que cette Armée soit effectivement républicaine, nationale et qu'elle joue pleinement son rôle, notre parti considère que les critères de recrutement au sein de la nouvelle Armée ne doit pas tenir compte des seules forces belligérantes. Car il n'est pas évident que tous ces éléments répondront aux exigences de recrutement que nous allons définir objectivement.

Cependant, nous déplorons que l'Accord reste muet sur la police nationale, l'Administration et les services de sécurité. Les négociation politiques inter-congolaises devront traiter de ces matières car, le but étant d'imposer la neutralité et l'impartialité de ces instruments de puissance publique.

Chers Compatriotes.

Comme vous le savez, la crise congolaise actuelle est certes politique; néanmoins il est à souligner qu'elle a de lourdes conséquences économiques et sociales.

C'est à ce titre qu'il est hautement recommandable que le Dialogue National inscrive également à son ordre du jour le volet économique et de développement.

Ma démarche procède de l'évidence que la transition démocratique n'est pas synonyme de période morte, pendant laquelle le pays et ses habitants restent inertes, sans vie. Bien au contraire, en cette étape, l'Etat aura plus besoin de moyens pour mettre en place les institutions démocratiques et crédibles et assurer un minimum de bien-être à notre population.

Par ailleurs, nous sommes d'avis que ladite commission se fixera parmi les principaux objectifs, celui de se pencher activement sur la manière dont devra s'installer la séparation indispensable des tâches relevant des prérogatives exclusives de l'Etat pouvoir public d'avec celles qu'il peut déléguer ou partager avec les privés qui doivent contribuer d'une manière déterminante et marquante au développement du pays.

Elle devra donner en grandes lignes, les indications sur la création des conditions propices au développement des activités productives, aussi bien en ce qui concerne la sécurité des investissements, que la facilitation de la mobilisation des ressources de financement, par les voies modernes. Elle devra enfin donner des indications sur les secteurs prioritaires, pour une meilleure canalisation de l'attention de l'Etat, partant, de l'aide publique au développement.

Chers Compatriotes.

Hormis le principe relatif à l'ordre du jour, nous estimons important, a ce stade des travaux préparatoires du Dialogue National, de faire des propositions sur d'autres principes devant servir au déroulement de ces assises. Il s'agit du lieu de la rencontre, de la date et de la durée, du nombre des participants, de la structure et des règles de procédure du Dialogue inter-congolais.

Pour ce qui est du lieu de la rencontre, nous pensons que pour des raisons de sécurité de toutes les délégations et de l'efficacité des travaux, le Dialogue inter-congolais devrait se dérouler à l'étranger, dans une ville qui ne soit pas loin de la Rdc et qui dispose d'une infrastructure adaptée et fiable pour permettre au peuple congolais de suivre les travaux. Pour ce faire, la ville de Libreville au Gabon serait la mieux indiquée.

Néanmoins, si Kisangani, ville martyre et berceau du patriotisme congolais pouvait réunir dans les délais requis les conditions de la tenue de ces assises, le Mncl ne s'opposerait pas pour que les travaux du Dialogue National s'y déroulent.

Quant à la date, nous estimons qu'il faille la rapprocher dans les temps pour soulager le plus vite que possible notre population afin d'éviter de donner libres-cours aux manoeuvres des forces obscures qui seraient tentées de torpiller le Dialogue inter-congolais. C'est pourquoi, 20 à 30 jours maximum après le comité préparatoire suffisent pour organiser le début des travaux proprement dits. Ceux-ci ne pourront pas excéder, pour les mêmes raisons, 30 jours.

S'agissant des composantes, celles-ci sont représentées par des délégations et bénéficieront d'un quota identique. Pour une meilleure contribution aux travaux, nous suggérons que chaque composante soit représentée par autant des délégués qu'il y a des commissions.

Au sujet des règles de procédure, le Dialogue adoptera son règlement d'ordre intérieur concernant son fonctionnement et l'organisation de ses travaux. Toutefois, par souci d'efficacité et de rapidité, nous suggérons que le facilitateur préside les séances plénières, tandis que la présidence et le bureau des commissions seront fixés par consensus et que la langue de travail soit essentiellement le français.

Enfin s'agissant de la structure, nous proposons 4 commissions de travail, à savoir :

- La commission institutionnelle, qui s'occupera des questions relatives à la réconciliation nationale, à la transition, à la restauration de l'autorité de l'Etat et à l'organisation administrative.

- La commission militaire et de sécurité qui abordera les questions de l'Armée, de la Police et des Services de Sécurité.

- La commission constitutionnelle et électorale examinera les grands principes et les options fondamentales du cadre juridique, du nouvel ordre politique congolais tels que la loi sur les partis politiques, sur la commission électorale indépendante, sur une commission indépendante de l'audiovisuel, sur la protection et la garantie des droits de l'homme, etc...

- La commission économique et de développement débattra des questions économiques, financières et monétaires d'une part et d'autre part des questions sociales liées à la santé, à l'éducation, à la solidarité, à l'assistance humanitaire et à la coopération.

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Chers Compatriotes

Nous ne saurons clore notre propos sans attirer toute votre particulière attention sur la question cruciale des combattants Maï-Maï. A ce sujet, nous interpellons votre conscience sur la nécessité de leur implication dans le processus de l'Accord de Lusaka et leur participation effective à ces assises. Leur combat, il faut le reconnaître a honoré la résistance du peuple congolais dans la défense de sa patrie et la consolidation de l'unité nationale laquelle doit constituer notre objectif primordial, ainsi que le réclame notre peuple sans exception aucune (...)"

François Lumumba

Président National du Mncl

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