Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Pré-Dialogue intercongolais : Le retrait des troupes étrangères bloque les travaux

Kenge Mukengeshayi

23 Août 2001


Kinshasa — Les participants d'accord pour la libération de tous les détenus politiques sur l'ensemble du territoire national

Faisant le point des travaux de la journée d'hier, le Pr Lebatt a relevé les points sur lesquels les participants ont enregistré des progrès. Notamment l'adoption du règlement intérieur du pré-dialogue ainsi que le principe de la libération des prisonniers politiques et d'opinion sur l'ensemble du territoire national. C'est sur le point du retrait des troupes étrangères que les travaux ont enregistré leurs premiers ratés.

Selon le Pr Lebatt, quelques divergences persistent encore et les discussions se poursuivent. Le chef du bureau du facilitateur à Kinshasa n'a pas voulu commenter davantage, prenant prétexte du règlement intérieur qui interdit toute déclaration tant qu'une matière n'est pas liquidée.

S'agissant de la déclaration d'adhésion de l'opposition politique et des forces vives à l'Accord de Lusaka, le Pr Lebatt a précisé que celle-ci était encore en discussion et que la question n'a pas été abordée en raison de l'ordre du jour très chargé de la journée de mercredi.

Il s'est néanmoins félicité de la bonne ambiance qui continue de planer sur les travaux. On retient donc de ce tour de passe-passe que le RCD/Goma a maintenu sa position en refusant de s'associer à la déclaration sur le retrait des troupes étrangères. Les ténors de ce mouvement proche du Rwanda se défendent en disant que la question du retrait est déjà réglée par l'Accord de Lusaka qui a prévu, à cet effet, des structures chargées de cette matière.

Ils refusent par conséquent de faire du retrait des troupes étrangères un préalable qui bloquerait les travaux.

Dans les couloirs de la conférence, beaucoup de participants laissaient entendre hier que cette question trouverait rapidement une solution dans la mesure où tous les Congolais étaient d'accord sur le principe mais que seules les modalités de son application différaient.. Initialement , la journée de mercredi devait être celle de l'entame des points sensibles de l'ordre du jour, notamment la date , le lieu, le nombre de participants et l'ordre du jour du dialogue proprement dit. Par ailleurs, un projet de règlement intérieur du dialogue a été distribué pour besoin d'enrichissement.

Ce qu'on peut retenir de ce projet à ce stade est qu'il prévoit la règle du consensus pour l'adoption des résolutions et qu'il donne des pouvoirs pour le moins exorbitants au facilitateur.

Ainsi celui-ci est le président de la plénière. Il nomme le Bureau du dialogue, désigne les présidents, vice-présidents et rapporteurs des commissions, de même que le rapporteur général et son adjoint. Enfin, c'est au facilitateur que recours doit être fait lorsqu'un blocage se manifeste sur l'une ou l'autre question.

Une disposition de ce projet qui fera à coup sûr grincer les dents c'est l'article 26 qui est une obstruction au droit à l'information. Cet article prévoit que le facilitateur définit les modalités d'information des médias, y compris la forme et la durée des séances d'information. Ce qui veut dire, dans l'esprit des rédacteurs de ce projet, "que les représentants des composantes s'abstiennent de faire des déclarations aux médias en dehors du cadre convenu ". Ce projet est sensiblement le même que celui qui a été adopté pour le pré-dialogue.

Il faut dire à ce sujet que les médias éprouvent déjà une certaine difficulté à accéder à l'information avec un briefing quotidien organisé à 18h00 de Gaborone. Ce qui provoque un gros embouteillage au centre de presse où les journalistes s'en tirent heureusement avec leur humour habituel et leur convivialité légendaire.

NATIONALITE

Revenons à la première journée des travaux pour signaler que contrairement à ce que l'on avait cru, aucun incident "Bizima Karaha" n'a été signalé au Grand Palm hotel . D'une part, et cela a été clairement dit, c'est chaque composante qui désigne ses délégués sans aucune interférence. D'autre part, la validation des pouvoirs intervenue mardi a apporté la preuve qu'il ne s'est posé aucun problème majeur.

Liens Pertinents

Ce qu'il faut en revanche signaler, c'est que la question a été soulevée par Alexis Thambwe Muamba (MLC) qui voulait sans doute régler les comptes à ses anciens camarades du RCD/Goma, mais l'essai a fait long feu. Mieux, nombreux sont ceux qui ont estimé que cette question était le meilleur moyen de bloquer rapidement les travaux.

Une autre dimension de cette question , c'est la présence des observateurs de la SADC, de l'OUA et de l'Union Européenne qui avait semblé irriter quelques congolais. Mais là aussi, la solution a été trouvée en ce qui concerne le projet du règlement intérieur du dialogue, les témoins pouvant assister aux réunions non frappées du sceau de la confidentialité, mais sans participer aux débats.

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