Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Un piège mortel

Jacques Kimpozo

24 Août 2001


Kinshasa — Le pré-dialogue de Gaborone n'a pu être tiré de l'impasse dans laquelle il s'était enlisé mercredi qu'après que les Congolais eurent réalisé qu'ils étaient poussés vers un piège. Car, dans le contexte actuel, faire du retrait de toutes les troupes étrangères un préalable à l'organisation du Dialogue intercongolais signifierait tout simplement retarder sa tenue de plusieurs années.

Nul n'ignore qu'au-delà des raisons sécuritaires le long de leurs frontières ou de secours à un Etat allié victime d'une agression extérieure, la présence des armées étrangères sur le sol congolais est surtout dictée par des intérêts financiers. A cet effet, on n'a qu'à considérer le tollé de protection provoqué par le rapport de la Commission des Nations Unies sur les pillages des richesses de la RDC.

L'histoire nous renseigne que cette exigence est contenue dans l'Accord de Lusaka et qu'en plus, elle a fait l'objet de plusieurs Résolutions de l'ONU. La MONUC a du reste été positionnée en RDC dans le dessein d'accompagner, entre autres, le processus du désengagement militaire des belligérants. Cela fait deux ans qu'aucune armée étrangère n'a bougé de la RDC, malgré plusieurs déclarations dans le sens du retrait. Seule la contrainte, c'est-à-dire un engagement militaire des "Casques bleus", comme c'était le cas en Sierra-Leone, pourrait obliger les troupes étrangères à un retrait rapide du territoire congolais. Or, la MONUC, compte tenu des fâcheux précédents de la MINUAR au Rwanda et de l'aventure tragique des "Marines" américains en Somalie, s'est refusée à toute vocation offensive ou de force d'interposition.

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Concrètement, en liant - comme c'était l'entendement initial de la déclaration - la tenue du Dialogue au retrait des troupes étrangères, on donnait inconsciemment une passe en or aux fauteurs de guerre. Qui, fort du prétexte internationationalement accepté des forces négatives, allaient se saisir de la perche pour fabriquer des actions d'insécurité et les brandir à la face du monde pour justifier leur présence sur le territoire congolais. Piégés par leur déclaration de ne pas dialoguer avant le départ des étrangers, les Congolais allaient passer à côté de la nécessaire réconciliation et s'installer dans le statut quo. En clair, les Congolais seraient bien inspirés de chercher à résoudre d'abord leurs problèmes internes, notamment par la mise en place des institutions démocratiques et leurs animateurs pour une transition ordonnée, l'organisation d'élections libres et démocratiques, la création d'une armée républicaine, la réconciliation nationale, la bonne gouvernance, etc. Les armées étrangères seraient, avec le temps, bien obligées de plier bagages si elles se trouvent privées du moindre prétexte pouvant justifier leur cantonnement en RDC et surtout si aucune partie congolaise ne leur apporte une caution morale sur le terrain.

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