Libération (Casablanca)

Afrique: Conférence de Durban

28 Août 2001


La conférence de l'ONU contre le racisme qui se tiendra à Durban en Afrique du Sud du 31 août au 7 septembre s'annonce déjà comme un rendez-vous tumultueux. Ce ne sont pas, en effet, les sujets de polémiques qui manquent pour assurer une tension avant même la tenue de ces assises qui passent pour le Porto Alegre de la mémoire. Comment parvenir à une vision équilibrée de cette immense fracture, qu'est le racisme, qui traverse l'histoire de l'humanité avec des cicatrices encore vives. Difficile et tumultueux car des intérêts sont en jeu. Les Etats-Unis en particulier sont partie prenante de cette immense polémique. Ils exercent déjà une sorte de chantage au boycott si certains sujets "sensibles" sont inscrits à l'ordre du jour. Or, la conférence de Durban n'échappe pas à la nouvelle donne qui caractérise la vie internationale avec l'émergence de ce que l'on appelle la société civile internationale, émanation de différentes ONG qui veulent avoir un droit de cité dans la gestion des affaires du monde. Après Seattle, c'est désormais une réalité des relations internationales. Dans la perspective de Durban cela va se confirmer de nouveau. Il y a au moins deux sujets qui alimentent la polémique et promettent un bras de fer où les Américains sont partie prenante. Sur la crise du Moyen-Orient, les exactions israéliennes commises à l'égard du peuple palestinien ne sont rien d'autres que des pratiques racistes. Les pays arabes et musulmans comptent justement sur la conférence de Durban pour clouer au pilori cette politique ségrégationniste. Les Américains, en bon tuteur de l'Etat israélien, refusent d'en entendre parler et menacent de boycotter Durban. Le haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Mary Robinson, également secrétaire général de la conférence de Durban, tente de faire bonne figure en annonçant un possible modus vivendi lors des négociations préparatoires. "Il y a encore de grandes chances de combler les divergences", a-t-il affirmé récemment. Autre point d'achoppement qui envenime les travaux préparatoires, la question de l'esclavage et de la colonisation. Ici ce sont les Etats africains qui sont montés au créneau pour demander réparation et notamment des "excuses" pour préjudice subi. Des ONG africaines ont créé une coordination pour faire des pressions et pour que la conférence de l'ONU aborde la question de l'esclavage. "Nous ne devons pas négocier la mémoire de nos ancêtres", a souligné un porte-parole de cette coordination. Outre l'opposition des USA, les pays occidentaux font preuve de réticence. Ils redoutent que l'utilisation de termes "excuses" ne conduise les victimes de l'esclavage ou de la colonisation à présenter des demandes de compensations devant les tribunaux.

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