29 Août 2001
Une Conférence mondiale contre le racisme s'ouvrira le vendredi 31 août prochain à Durban, en Afrique du Sud. Avant cette tribune d'échanges, le Burkina Faso tance la Côte d'ivoire. Selon une dépêche de l'AFP publiée hier, Mme Monique Ilboudo, Secrétaire d'Etat chargée de la promotion des droits de l'homme et chef de la délégation du Burkina Faso à Durban, a subtilement dénoncé les actes de xénophobie dont seraient victimes les ressortissants burkinabè vivant en Côte d'Ivoire et a promis d'attirer l'attention de la communauté internationale sur ce fait supposé lors de la Conférence de Durban.
"C'est sûr qu'ayant été victime (de xénophobie) à travers nos ressortissants dans certains pays, nous allons faire entendre notre voix sur la base des cas vécus", a-t-elle précisé. Quels cas de xénophobie les ressortissants burkinabè résidant en Côte d'Ivoire ont-ils vécus pour que le Burkina Faso expose la Côte d'Ivoire au sommet de Durban au moment où le nouveau régime déploie des efforts pour normaliser les relations de l'Etat ivoirien avec ses voisins ? Pourquoi les autorités burkinabè s'efforcent-elles à désinformer là où la vérité demeure implacable parce que fondée sur des faits ? Sans épiloguer sur les motivations obscures du Burkina Faso, rappelons ces faits. En Côte d'Ivoire, les heurts condamnables qui ont émaillé les rapports entre autochtones ivoiriens et allogènes burkinabè sont liés à des conflits fonciers, essentiellement.
Le cas de Tabou (Sud-Ouest de la Côte d'Ivoire) où Krou et Burkinabè se sont entretués engendrant le départ de nombreux Burkinabè chez eux au Burkina Faso constitue une preuve. Les conflits fonciers ne sont pas l'apanage des rapports Ivoiriens-Burkinabè. Même les Ivoiriens se sont affrontés entre eux à ce propos. Guéré et Baoulé s'étaient livrés bataille à Fengolo (Ouest du pays) tout comme les Abouré et M'Batto à Alépé (Sud). A Bouaflé (Centre du pays), les pêcheurs bozo venus du Mali et les autochtones gouro se sont accrochés à propos de l'activité de la pêche dans le fleuve Marahoué. Au Nord du pays (Korhogo, Odienné, etc.) agriculteurs et éleveurs s'entretuent constamment. Face à tous ces conflits, les autorités ivoiriennes de l'époque ont pris des mesures vigoureuses dont le vote à l'unanimité des députés (RDR, PDCI, FPI ) d'une loi sur le foncier rural.
Les nouvelles autorités s'engagent à la mettre en application pour sécuriser le milieu agricole. Il est donc faux, les burkinabè vivant en Côte d'Ivoire le savent, d'affirmer que la xénophobie est une institution en Côte d'Ivoire. Tout comme il est malsain de penser que les autorités l'ont exacerbée en dénonçant un soutien étranger à la tentative de coup d'Etat du 7 au 8 janvier 2001. Le Burkina Faso sombre dans la mauvaise foi en brandissant une telle thèse parce que huit mois après cette tentative de coup d'Etat, ses ressortissants sont encore nombreux à résider en Côte d'ivoire et à affluer sans être inquiétés. Plus intéressant encore, tous ceux qui étaient partis sont en train de revenir par grands groupes.
Dans un tel contexte de détente, porter plainte contre la Côte d'Ivoire par l'entremise d'une organisation écran de défense des droits de l'homme et attaquer la Côte d'Ivoire lors de la Conférence de Durban pourraient être perçus comme le sabotage des actions de bons offices entreprises depuis quelque temps par le chef de l'Etat lybien, Mouamar Kadhafi pour dissiper les nuages existant dans les rapports ivoiro-burkinabè. Dans tous les cas, un tel dénigrement pourrait être pris comme une provocation difficile à digérer pour le paisible et hospitalier peuple ivoirien.
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