30 Août 2001
Dakar — Se rappeler les jours sombres de l'esclavage, ce n'est pas du masochisme C'est assumer l'histoire dans sa totalité.
Les soufftances sans qualificatifs que les noirs ont enduré le long des siècles constituent certes un douloureux héritage. Elles n'en sont pas moins cependant un, référentiel précieux pour tous les croisés de la liberté de la tolérance de la justice , bref de la dignité humaine . Certes le combat n'est pas encore fini tant que le pardon universel n'est pas versé dans le livre de la honte de l'humanité. Loin de là ! Les défis de 1'apartheid sur toutes ses formes, du racisme de l'antisémitisme ou de l'antipalestinisme sont encore à relever. Et l'esclavage fut t?il ancien ou modem n'a pas encore disparu de la surface planétaire. Dans les pays qui se réclament de l'islam (suivez mon regard) l'esclavage demeure une réalité dégradante qu'on cache à peine.
On le voit donc, l'oubli serait d'abord une défaite de la conscience. Il serait ensuite le signe moral inacceptable. Il ne s'agit pas de se vouer à un culte pervers du passé. Mais tenter d'exorciser les démons du passé est un exercice puéril.
Seul un combat intellectuel et si nécessaire hautement politique permetbmit de baliser le chenfin de l'avenir, pour que l'humanité triomphe de la bestialité.
Nous avons souvent écouté avec émotion les discours refrains de JOSEPH NDIAYE s'adressant aux touristes venus visiter " la maison des esclaves à GOREE.
Certes ce discours est, on ne peut plus évocateur des horreurs de la traite, mais que de silenœs partisans 1 L'intransigeant Lissagaray sans aucun doute aurait dit à notre brillant et sympathique conservateur " vous êtes aussi coupable qu'un géographe qui dresserait des cartes menteuses pour les navigateurs. ET quea?ce qui lui vaudrait cette sévère condamnation! rien que deux omissions. Mais elles sont de taille: notre participation à la traite, car si les blancs ont pu acheter des esclaves chez nous aux pays des Béhanzin, des bitons coulibaly du mali, des Alpha Molo, des Alpha Yaya, des Samory, des Mamadou Lamine, des Ahnarnys Mamadou , des AIY Doundou, des Elfecky, des lain Toro, des Tegnes, des Damels, des Bourba, des Bour?Sine, des Braks que sais?je encore, c'est bien qu'ils ont trouvé des gens pour en vendre ? la lutte menée par tous les philanthropes du monde ? les nôtres y compris ? et l'administration coloniale pour mettre fin à ces événements. Ce sont ces lacunes que brièvement nous voulons combler ici.
OÙ ÉTAIENT NOS PRINCES ?
Nous n'avons pas à avoir honte de notre passée. Aucun peuple ne peut nous jeter la pierre. C'est pourquoi nous ne devons pas cacher nos erreurs qui intéressent la vie publique. Car elles peuvent être ' instructives. Par ailleurs, nous sommes presque les derniers venus sur le marché de l'esclavage.
L'on peut voir aujourd'hui, sur l'un des socles d'Abou Sembel des esclaves hittites aux pieds de Ramsès H. Dans la Grèce antique, les esclaves étaient armhés à 17Asie mineure, à Thrace, à lIllurie, à la Syrie, à l'Egypte, à la Libye.
Rome s'en prenait aux Gaulois. Dans le haut moyen âge, c'étaient les Saxons, les Magyars, les Circassiens etc. Tout le monde a époque, trouvait cela normal. On connaît le point de vue de Saint?Paul sur la question. Aristote lui?même disait : " Il y a par nature; des gens qui sont les uns libres, les autres esclaves ". L'art de la guerre est, en un sens, un mode naturel d'acquisition. Il doit se pratiquer à la fois contre les bêtes sauvages et contre les hommes qui, nés pour obéir, s'y refusent ; car cette guerre ? là est par nature conforme au droit. L'utilité des animaux domestiques et celle, des esclaves est à peu prés la même chose ; il nous aide par leur force physique.
RÉVOLTE LÉGITIME DE NOS " PRINCES "
D'une façon générale, nos princes, tous nos princes et leurs progénitures étaient esclavagistes. Qu'ils s'agissent ceux du walo de Mbagnik Wade ceux du Fouta de AI marny Bù?ane ou du Cayor de Lat ? Dior. Le lecteur ne me tiendra pas rigueur, je l'espère, de la longueur de la citation ci? dessous parce qu'elle est hautement révélatrice non seulement des pratiques d'autrefois, mais aussi du " DIOM " de nos ancêtres qui, fort heureusement, n'avaient pas que des défauts.
Pruneau De Pomme gorge servit 22 ans chez nous, pratiqua la traite avant de devenir membre du conseil Souverain du Sénégal. Il écrit au sujet de Gorée :
" Le commerce de cette île (Isle) peu considérable ; à peine en traite ? t ? on deux ou trois cents noirs par an. Cependant il est des circonstances où %, on en tire beaucoup davantage, comme lorsque le roi d'Hammett = (DAMEL) est menacé de guerre, alors il s'intrigue pour fàire quelques pillages sur les confins de son pays, particulièrement sur les séréres ses voisins. Il fait vendre le produit de ces mêmes pillages qui lui sont payés en poudre, fusils, pierres précieuses, pièces à fusils, sabres cominuns etc.
Ces peuples se battent très courageusement et craignent peu la mort. J'ai fait une fois la traite du produit d'une de ces guerres, de prés de cinq cents de ces Yolofs (wolofs) guerre qu'on pouvait nommer guerre civile puis que C'était l'oncle du jeune roi régnant qui devait ramasser tout son monde auquel S'étaient joints tous les mécontents du pays. L'usage dans cette Isle (Gorée) est qu'à mesure que l'on traite des captifs, de quelque nationalité qu'ils soient, on les met au collard deux à deux en attentant qu'on ait l'occasion pour les embarquer. Ce collard est une chaîne de fer de cinq à six pieds de long ? on tient à un des bouts un collier de fer plat, et qui s'ajuste autour du col. Il se ferme et se goupille de manière que ces captifs ne peuvent l'ouvrir sans outils. On a grand soin de n'en point laisser à leur disposition. En cet état, libres de leurs bras et de leurs jambes, ils sont conduits au travail, par un, deux ou trois maîtres de langue, suivant la quantité qu'ils sont On les occupe souvent à casser des roches pour bâtir, à transporter d'un lieu à un autre ou à lever des pierres, rouler des barriques d'eau, décharger les canots, les chaloupes. Le soir, revenus du travail, après leur repas, on les enfèÎme dans une captiverie située dans la cour du fort.
Les cinq cents captifs dont nous avons parlé plus haut abhorrant la captivité, plus que tous les autres peuples, leurs voisins, après avoir pris connaissance du fbrt de l'Isle (île), y complotèrent une révolte, formée avec intelligence, très bien tramée et qui ne pouvait manquer de réussir, sans un jeune de onze à douze ans qu'on avait mis à la capitainerie les fers aux pieds pour le punir de quelques petits larcins qu'il avait commis.
Cet enfant était couché, lors du complot, sur une peau de bœuf, comme s'il eut dormi ; puis comme il s'était réveillé, il entendit tous les arrangements de la révolte qui devait s'exécuter le jour même, à six heures du soir, en rentrant du travail.
Ce projet ne pouvait échouer, si cet enfant ne nous eut pas fait appeler le matin, après que les captifs furent sortis pour nous révéler le complot projeté.
Voici de quelle manière sélecte, le complot devait s'excuser: le soir en rentrant., le tiers des révoltés devait se jeter brusquement sur le corps des gardes qui se trouve à la porte du fort, s'emparer des armes des soldats, posées sur leurs râtelierss, tuer dix ou douze soldats de garde qui ne s'y seraient pas attendus ; pendant laquelle opération un autre tiers des révoltés entrerait dans le fort, s'emparerait du magasin de fusils de la salle d'armes, de la poudrière, etc. Et pendant cette expédition, le dernier tiers devait se rendre au village et se disperser pour massacrer tous les blancs et autres qu'ils rencontreraient, afin que rien ne s'oppose plus à leurs projets, maîtres du fort et de l'Isle, ils puissent tous s'armer, de chacun un fusil, poudre balles, emporter des marchandises les plus fines et les plus précieuses et de moindre volume (marchandises servant de trocs) et enfin descendre ensuite au bord de la mer, s'embarquer dans les chaloupes pointées, canots et pirogues qu'ils trouvaient et passer de suite à la grande terre d'où ils auraient gagné le pays où leur jeune roi détrôné s'était réfugié. Ils n'auraient connu aucun risque d'être attaqués en chemin, étant si bien armés et non attendus.
Aussitôt que nous fûmes informés de cette conspiration, pendant que les captifs étaient dehors au travail, l'on fît tripler la garde, avec ordre d'être sous les amies, les bayonnettes au bout des fusils lorsque les captifs rentreraient. On eut soin de ne les laisser au fort qu'en plusieurs bandes. Le reste de notre garnison se mit sous les armes, avec quatre petites pièces de canons chargés à mitrailles, braquées sur l'endroit par où devaient rentrer ces noirs dans le fort, de manière qu'en approchant du corps de garde il ne leur fut pas difficile, en voyant cinquante autres soldats sous les armes, d'apercevoir que leur projet était éventé et manqué. Ils rentrèrent donc à l'ordinaire et l'instant d'après, entourés de plus de cent fusiliers, on leur fit mettre les fers aux pieds, bien goupillés et des menottes à ceux que l'on croyait les plus déterminés dans la captiverie, avec une sentinelle à la porte.
Le lendemain matin, le commandant de l'Isle les fit tous assembler dans la cours du fort et s'adressa particulièremient aux deux ou trois chefs de la révolte qu'on savait être des grands de leur pays, pour leur demander slil était vrai qu'ils eussent projeté la veille de massacrer tous les blancs de l'Isle ? A cette premmm questiffl qui leur fut faite devant tout le monde, les deux chefs, loin de nier le fait, ni chemher de faux?fuyants, répondirent avec hardiesse et courage que rien n'y était plus vrai, qu'ils devaient ôter la vie à tous les blancs de l'Isle, non par haine pour eux, mais bien pour qu'ils ne puissent s'opposer à leur fuite et au moyen qui leur était offert, d'aller rejoindre leur jeune roi; qu'ils avaient tous la plus grande honte de détre pas mort les armes à la main, sur le champ, de bataille, pour lui. Mais qu'actuellement puisqu'ils avaient manqué leur coup, ils préféreraient la mort à la captivité.
À cette réponse vraiment romaine, tous les autres crièrent d'une voix unanime " de gué la! de gué la " cela est vrai, cela est vrai. Le conseil de la direction S'assembla pour délibérer sur ce qu'il y avait de mieux à faire dans cet évènement.
Pour donner un exemple à tout le pays, il fut décidé que les deux chefs de la révolte seraient mis à mort, le lendemain, devant tous les captifs et gens, de l'Isle assemblés, de la manière suivante :
Le lendemain on fit assembler tous les captifs de la savane. On en fit former un rond oval, ouvert par un bout.
Vis à vis de cette ouverture, on fit placer deux petites pièces, de canon, chargées non de boulets mais de la seule bourre nommée vallet ; enfin à l'extrémité de cette ouverture, les deux chefs de la révolte y furent placés et tirés par le maître canonnier, et avec la seule bourre de canon, ces malheureux furent enlevés et jetés morts à quinze pas d'où ils avaient été cartonnés.
ABOLITIONNISTES ANGLO?SAXONS ET LATINO?AMERICAINS
Au XVIlème siècle l'anglais Richard Baxter dénonce les chasseurs d'esclaves comme des ennemis de l'humanité. Quelques années plus tard, le Clergymann Godvin dédie à l'archevêque de canterburry le plus généreux des ouvrages " l'avocat des nègres " et des " indiens ". Mme Afra Benn publie son fameux roman " Oroornonko of the royal slave ". Le héros en un noir. A la même époque, Loke écrit : l'esclavage est un état si vil, si misérable, qu'on ne peut concevoir qu'un anglais, et encore moins un gentleman, puisse plaider pour lui ". Bientôt, les Quakers de Londres, autour de Georges Fox, condamnent la traite et excluent de leurs rangs, tous ceux qui s'y livrent. Ici se place un événement particulièrement important, qu'il convient de relater par le détail que j'appellerai : l'affaire Jonhatan Strong.
En ces temps là, commerçants et planteurs des Antilles venaient en Angleterre avec leurs esclaves.
Ceux ? ci en profitaient parfois pour reprendre leur liberté. Mais souvent, ils ne pouvaient échapper.
Pour en finir avec les philanthropes et faire reconnaître leur droit sacré de possemon, les maîtres obtinrent de York et Talbot, pâles officiers de justice, la déclmtion suivante . " les esclaves ne sont libérés ni par leur débarquement dans les îles britanniques, ni par le baptême ".
Certes, il fallait faire un rappel historique des différentes péripéties de cette honte de l'humanité pour coller à l'événement qui veut que la conférence de Durban soit un tournant autocritique d'une rare sévérité à l'endroit de ceux qui en sont les auteurs c'est à dire les Etats-Unis, l'Union Européenne, et les princes autochtones.
En tout cas, à la veille de cette importante conférence, Maître Alieune Tine Secrétaire Exécutif de la Rencontre Africaine des Droits de l'Homme (RADDHO) a dressé un réquisitoire sans complaisance à son confrère Maître Abdoulaye Wade Président de la République du Sénégal, sur sa position de rejeter toutedernande de réparation de préjudice en terme pécuniaire, étayant avec force que ce comportement est à la fois indigne et constitue une insulte à nos morts.
Je pense personnellement que le président Abdoulaye Wade a parlé à la place des millions d' Africains, d'Hommes d'honneur de dignité, de fierté, d'orgueil et de refus.
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