Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: CONTRIBUTIONS -Traite négrière et responsabilités africaines

31 Août 2001


Dakar — La problématique de la prétendue responsabilité des peuples africains face à la question de la traite des noirs a commence a faire l'objet d'une véritable promotion médiatique depuis plusieurs années. La forte campagne de feu Moshood Abiola pour des réparations au continent africain pour les souffrances que le continent continue à endurer après plusieurs siècles d'esclavage et de colonisation avait en fait pris exemple sur les réparations faites aux Juifs suite à la campagne d'extermination engagée par les forces hitlériennes contre ce peuple pendant la Deuxième Guerre mondiale. On se rappellera que 6 millions de Juifs avaient été victimes de cette campagne abominable qui continue encore à alimenter bien des littératures, les libations et des comptes bancaires. En retour, Israël a vu le jour, et un demi-siècle après, le peuple allemand continue de payer des réparations aux crimes hitlériens.

Ce sujet revient encore de plus en plus ces derniers, temps à la veille de la Conférence de Durban sur le racisme. Et dans ce chapitre douloureux de notre histoire à tous (Africains et tous les Noirs de la diaspora) certains ne manquent pas de souligner le rôle des Africains dans cette traite en des termes parfois assez violents. Des répliques du genre "s'il y a eu esclavage, c'est bien parce que les ancêtres des Africains d'aujourd'hui ont vendu ceux qui se sont retrouvés de l'autre côté de l'Atlantique" font de plus en plus recette. Et c'est là une position assez vieille, car agitée depuis longtemps par les propriétaires d'esclaves blancs qui voulaient dissuader ainsi ceux qui agitaient le spectre du retour en Afrique, et également moral de leur société ou de leurs ancêtres sur des actes commis en Afrique ou ailleurs.

Il se trouve qu'il y a ici deux attitudes qu'il ne faudrait pas avoir :

1/ dire que tous les Africain qui n'ont pas été faits esclaves sont ceux la même qui ont vendu leurs frères et sours.

2/ dire qu'aucun africain n'a participé ou n'a collaboré du tout à la traite. Il faudrait ramener le débat ici à ses justes proportions. Car dès l'instant qu'il s'agit de faits historiques, (.) les falsifications de toutes sortes peuvent aller bon train, car il n'y a point de matière à preuves. (.)

Il y a un fait constant : de plus en plus la position selon laquelle les Africains sont ceux qui ont vendu leurs frères à Gorée ou a Sao Tomé et autres ports est souvent agitée par des secteurs importants de la communauté noire dite de la diaspora (.). C'est là une position qui recoupe aisément celle des historiens et intellectuels occidentaux dont on parlait plus haut. Il faut qu'il soit bien compris que sous ce rapport bien qu'il ne pourrait être exclu qu'il y ait eu des Africains noirs, subalternes ou rois, à la solde des compagnies de traite qui aient contribué activement à la vente des Noirs et subséquemment à leur transbordement vers les Amériques, c'est là un fait qui ne peut être impute aux Africains et encore moins atténuer le caractère ignoble du commerce triangulaire et ses soubassements honteux. Faudrait-il rappeler aux tenants d'une telle théorie qu'a chaque fois qu'il y a eu persécution d'un peuple par un autre, il y a toujours eu des collaborateurs, des aberrations. Et cela a été vu et connu même pendant le Holocauste. En fait des témoignages bien documentés, bien que tenus sous silence pour des raisons évidentes, ont prouvé qu'il y a eu beaucoup de Juifs qui ont collaboré et se sont enrichis sur l'extermination de leurs frères pendant la Deuxième Guerre mondiale. D'autres exemples peuvent être cités. Mais aujourd'hui, dans le registre du Holocauste et autres procès pour compensation, ni les organisations juives ni les parties défenderesses ne font allusion à cet aspect de la question. Et pourtant personne n'a été cynique au point de douter du caractère criminel de l'Holocauste sur la base de la participation de juifs au processus d'extermination. Et c'est la mise en scène à laquelle en est en train d'assister en ce qui concerne l'esclavage.

Pour ce qui est de l'Afrique, il faudrait indiquer a l'endroit de tous les tenants de la position décrite plus haut, en particulier à nos frères de la diaspora, qu'il faudrait se rendre à l'évidence qu'une telle argumentation culpabilisant les Africains est assez partielle, partiale et parcellaire. Elle est même assez simpliste. Il ne faut pas prêter le flanc à ceux qui veulent nous diviser et profiter de nos contradictions.

Sous un rapport similaire, il est à noter que l'Afrique, surtout francophone, depuis 1960 a hérité d'indépendances factices qui ont été un prolongement du référendum de 1958 sur la Communauté Française. Aujourd'hui les esprits les plus lucides se seront rendus compte en fait que 1958 n'est rien d'autre qu'un pacte néo-colonial qui, pour l'essentiel a scellé les rapports de maître à esclaves entretenus intelligemment entre la France et ses anciennes colonies. En fait c'est de l'esclavage sous des formes modernes. Et la même chose peut être dite dans une certaines mesure des rapports d'échanges entres pays du nord et pays du sud. Et pourtant les peuples en tant que tels ne sont en rien responsables de cette situation. Ceux qui ont tiré et qui tirent profit de ces rapports léonins et sordides sont connus de tous. Et ils n'ont rien a voir avec cet Africain de la ville et de la campagne qui continue a payer le prix des justices passées et présentes causées par les marionnettes corrompues qui présidaient encore à ses destinées.

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Autres faits qu'il faudrait mentionner ici et dont on ne parle jamais, c'est les résistances à la traite Négrière et l'autre traite négrière pratiquée sur les bords de l'Océan Indien par les Arabes. Il faut espérer que le débat s'appesantira sur ces deux aspects également pour mieux nous édifier.

Egalement, il ne faudrait pas perdre de vue que l'industrie du "marketing de la misère de l'Afrique" telle que nous la connaissons aujourd'hui à travers le traitement négatif de tout ce qui est en rapport avec notre continent par les mass médias occidentaux ne contribuent à encourager ni la concorde interraciale ni l'investissement extérieur dont nos peuples ont tant besoin ni le respect et la dignité dont tout individu a besoin. Il y a une origine moderne au racisme et au mépris à l'égard de l'Africain. C'est cet autre "esclavage" médiatique dont l'Afrique est victime aujourd'hui. Et cet "esclavage" est aussi pernicieux que cet autre d'il y a trois siècles.

Moustapha BARRY Ingénieur en télécommunications

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