Tunisie Diplomatie (Tunis)

Afrique: Colin Powell : "On ne combat pas le racisme par l'adoption de textes racistes"

4 Septembre 2001


Des efforts de dernière minute étaient en cours dans la nuit de lundi à mardi pour sauver la conférence de l'ONU contre le racisme de Durban, après le départ fracassant des Etats-Unis et d'Israël, jugeant les documents de travail "haineux" à l'égard de l'Etat hébreu. Européens, Africains et Arabes devaient se retrouver pour tenter d'élaborer un texte "entièrement neuf", susceptible de dégager un "consensus", à l'invitation de la présidence sud-africaine de la Conférence.

Les Etats-Unis ont claqué la porte en fin d'après-midi. "J'ai donné pour instruction à nos représentants à la Conférence de l'ONU de revenir à la maison", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Colin Powell.

"Je sais que l'on ne combat pas le racisme par une Conférence qui émet des déclarations contenant des termes haineux constituant un retour au temps où le sionisme était assimilé au racisme ou qui soutient l'idée que nous en avons trop fait concernant l'Holocauste, qui suggère que l'apartheid existe en Israël ou qui se focalise sur un seul pays au monde, Israël, en ce qui concerne les abus et la censure", a-t-il précisé.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres annonçait peu après à Jérusalem qu'Israël se retirait à son tour.

"Cette conférence qui était censée défendre les droits de l'Homme est devenue une source de haine et d'accusations non fondées contre Israël", a déclaré M. Peres.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, qui se trouvait à Kigali, a jugé "regrettable" le retrait des Etats-Unis, mais n'a pas évoqué celui d'Israël.

L'Afrique du Sud a également jugé "regrettable" le retrait américain.

A Durban, l'Union Européenne, dont la décision était très attendue, a annoncé par la voix du ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, dont le pays assure la présidence de l'UE, que les 15 "restaient" pour participer à une tentative d'élaboration d'un nouveau texte.

"Les 15 m'ont donné mandat d'accepter la proposition qu'a faite ma collègue (la ministre sud-africaine Nkosazana Dlamini) Zuma qui consiste à rédiger un texte entièrement neuf, susceptible de recueillir un consensus", a déclaré M. Michel qui lisait un bref texte et n'a répondu à aucune question.

"Nous voulons donner une chance à cette conférence. Si les Européens s'en vont nous partirons tous ensemble", a précisé son porte-parole, Olivier Alsteens.

Le Canada a également annoncé qu'il maintenait sa délégation pour le moment.

Les discussions sur le nouveau texte devaient commencer dans la nuit dans un grand hôtel près du centre de conférence, entre une groupe de pays Occidentaux, Africains et arabes dont la composition exacte n'a pas été communiquée.

Depuis l'ouverture vendredi de la réunion, tractations et négociations se déroulaient en coulisses pour tenter d'aboutir à une déclaration finale acceptable par les parties israélienne et palestinienne, et leurs soutiens respectifs, américain et arabes.

Palestiniens et arabes défendent le projet de déclaration finale qui accuse notamment Israël "d'apartheid" et de "nettoyage ethnique".

La Norvège avait présenté dimanche un texte de compromis, aussitôt rejeté par les Palestiniens. Ce texte mentionnait Israël, selon une source occidentale, mais, semble-t-il, en des termes jugés trop tièdes par les Palestiniens.

"Eux-mêmes (Israël et les Etats-Unis) confirment leur isolement. Ils n'ont pas réussi à imposer leur point de vue, alors ils partent. C'est dommage", a déclaré à l'AFP le représentant de l'OLP en Afrique du Sud, Souleiman El Herfi.

La commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Mary Robinson, qui est secrétaire générale de la Conférence, a exprimé ses "regrets". "Mais, a-t-elle dit, nous devons poursuivre nos efforts, les victimes du racisme le réclament".

Depuis quatre jours, la question du conflit qui embrase le Proche-Orient occultait les autres débats, notamment sur les réparations pour l'esclavage et les multiples formes du racisme moderne.

Mais en l'absence des Etats-Unis -qui avaient boycotté, ainsi qu'Israël, les deux première conférences contre le racisme en 1978 et 1983 pour les mêmes raison-, tout programme d'action adopté devrait peser moins lourd

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