Cheikh Diallo
6 Septembre 2001
Dakar — Après le rappel de l'ambassadeur Mamadou Diouf de Tripoli, la réduction du personnel de la représentation libyenne à Dakar et la limitation des visas de transit, consécutifs à la tentative d'exfiltration des cent mannequins à destination de la Jamahirya Arabe Libyenne, tous les signes avant-coureurs d'une rupture diplomatique de l'axe Dakar-Tripoli étaient réunis. "C'était un signal fort adressé à un pays ami qui a fait une entorse à la règle diplomatique", a indiqué un spécialiste de notre politique étrangère.
Si Tripoli avait pris les mêmes "mesures conservatoires" à l'endroit de Dakar, on en serait à la rupture diplomatique... Mais, refusant d'appliquer "la réciprocité", les autorités libyennes se sont montrées "particulièrement accommodantes". Le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio - qui n'était pas informé de l'invitation de nos jeunes filles à la fête anniversaire de la Libye -, avait qualifié le geste de Tripoli, d'"inamical et de discourtois". Le ministre de l'Union africaine, Ali Triki, avait présenté des excuses verbales à son homologue. Mais les autorités sénégalaises attendaient des excuses écrites. Elles seront bientôt servies.
Depuis quelques jours, Muammar Al-Kaddafi multiplie "discrètement" les signes d'apaisement en mettant en branle une machine de "pressions amicales". Dans l'immédiat, une délégation du Guide de la Fatha est attendue à Dakar. Elle viendra transmettre à Me Abdoulaye Wade "blessé", les regrets de l'homme du 1er septembre. Le Docteur Ali Triki, actuellement retenu à Durban, en Afrique du Sud, pour la conférence mondiale sur le racisme, viendra plus tard à Dakar pour donner un coup de fouet aux turbulentes relations sénégalo-libyennes.
DES RELATIONS CONFLICTUELLES ET AFFECTUEUSES
Ce n'est pas la première fois que le ton monte entre les deux pays. Au début des années 80, Abdou Diouf avait rompu les relations avec celui qui aime à se faire appeler "le soldat de l'Afrique", accusé de vouloir déstabiliser le Sénégal et, partant, la sous-région. Il a fallu attendre le 7 novembre 1988 pour que les deux pays renouent des relations diplomatiques, au niveau des ambassadeurs.
Aujourd'hui, le Sénégal durcit le ton pendant que la Libye adopte un profil bas. On est loin des violents événements d'Ezzaouia, de septembre 2000, au cours desquels plusieurs centaines de Sénégalais, Nigérians, Gambiens, Tchadiens, Ghanéens, Soudanais et Maliens avaient été lynchés, bastonnés, humiliés et expulsés de Tripoli, sous l'oil complice des forces de l'ordre.
Le sort de l'Union africaine a failli s'y jouer. A l'époque, le gouvernement, par la voix de M. Gadio, s'était montré compréhensif. "Plus de deux millions de négro-africains vivent en Libye et cela a certainement provoqué quelques frustrations". Dakar était aussi heureux de savoir que la Libye avait mis à la disposition des Sénégalais un avion pour le rapatriement de 200 personnes, "parmi lesquels il n'y avait que deux ou trois blessés".
Après l'arrivée des émissaires libyens, il est fort probable que l'ambassadeur Mamadou Diouf retourne à son poste à Tripoli, révèle une source diplomatique. Ce sera aussi l'occasion pour Sultan Abushawashi, pièce maîtresse de la construction d'une raffinerie de pétrole à vocation régionale, d'accélérer l'insertion de la société "Tamoil" dans la distribution des produits pétroliers au Sénégal. La filiale de cette multinationale devrait être dans un premier temps, constituée à 100% de capitaux sénégalais, avec une ouverture progressive du capital.
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