Le Potentiel (la Une)
12 Septembre 2001
Kinshasa, RD/Congo — Apocalypse, hécatombe, catastrophe, boucherie, horreur, etc., les mots ont manqué hier pour qualifier ce qui venait de se passer, en début de matinée, à New York et au Pentagone. A New York, le World Trade Center (Wtc), bâtiments d'affaires par excellence du chic quartier de Manhattan, venait, à 8 heures 25', d'être percuté, par l'une de ses tours jumelles, par un avion de ligne. Une dizaine de minutes plus tard, un autre avion de ligne s'encastrait sur l'autre tour jumelle. Quelques temps après, c'est un troisième avion qui, à Washington, s'écrasait à proximité du Pentagone, siège du ministère américain de la Défense et de l'état-major de la première puissance mondiale. Et dans le même espace de temps, on annonçait l'explosion d'un camion aux abords du département d'État qui est le ministère des Affaires étrangères aux États-Unis. Jusqu'au moment où nous mettons sous presse, aucune source n'a avancé le moindre bilan. Ce qui est connu est que les deux tour du World Trade Center se sont effondrées quelques temps après. Plus de 400 mètres et 110 étages étaient ainsi réduits en cendre, le quartier Manhattan, lui, se couvrant d'une couche de poussière de plus de 20 cm. Côté dégâts humains, l'on doit s'attendre à une véritable catastrophe lorsque l'on sait que le Wtc recevait chaque jour plus de 40.000 travailleurs qui, en ce début de matinée, devaient tous se trouver au poste de travail. Ceci sans compter avec les «dégâts collatéraux» qu'ont certainement dû occasionner les bousculades et, surtout, l'effondrement des deux tours. Des informations diffusées par les chaînes périphériques en début de soirée ont indiqué que les trois avions de la mort, tous des avions de ligne, transportaient au total 158 passagers. L'American Airlines et United Airlines ont, en effet, confirmé à l'agence Reuters la perte des trois avions. Le Boeing 767 du vol n° 11 reliait Boston à Los Angeles avec 156 passagers, 9 assistants de Bord et 2 pilotes. Le Boeing 757, vol n° 77, reliait quant à lui Washington Dulles à Los Angels avec, à son bord, 58 passagers, 4 assistants de bord et 2 pilotes. Le dernier avion de United Airlines, un autre Boeing, reliait, par le vol n° 93, Newark à San Fransisco. Le nombre des passagers n'a pas été déterminé. Cette tragédie a déclenché une vague de réactions à travers la planète, en commençant par les États-Unis. De la Floride où il se trouvait, le président américain George Bush Junior a déclaré qu'il s'agissait d'un «attentat terroriste» et parlé de «tragédie nationale». A raison, étant donné qu'immédiatement après les différents marchés boursiers se sont effondrés avant d'être fermés avant le report de la bourse de New York. L'on a aussi annoncé une dégringolade du dollar américain, tandis que l'or montait en flèche. Dans la panique qui s'est emparé de la planète tout entière, le gouvernement américain a immédiatement pris des mesures supplémentaires de sécurité. Tous les vols ont été annulés, le trafic ferroviaire interrompu, tandis que la surveillance des frontières, surtout avec le Mexique, était décuplée. L'Europe n'est pas restée insensible à la tragédie des États-Unis. Le président français, Jacques Chirac, a parlé des actes «monstrueux», tandis que, de son côté, le premier ministre Lionel Jospin parlait d'un «recours abominable à la violence terroriste». Jospin, qui avait joint l'ambassadeur américain à Paris pour lui exprimer «la tristesse horrifiée du gouvernement français», a aussitôt convoqué un comité gouvernemental de crise qui a décidé de déclencher le Plan Vigipirate renforcé pour prévenir tout risque terroriste en France. Ce qui signifie la mobilisation de toutes les forces de sécurité et des forces armées. Le Plan Vigipirate avait été mis en place en France à la suite des attentats de 1995 revendiqués par le groupe islamique armé algérien, attentats qui avaient fait huit morts et des centaines de blessés. Que s'est-il donc passé dans le ciel américain? La question semble à présent dépassée, car il ne fait l'ombre d'aucun doute qu'il s'agit d'une série d'attentats sans précédent. En effet, les informations ont indiqué que les trois avions-suicide avaient été détournés de leurs lignes et leurs mouvements, notamment vers les tours jumelles de la World Trade Center semblaient manifestement prémédité. Ces attentats ont été revendiqués par le Front démocratique de libération de la Palestine (Fdlp) qui a immédiatement démenti en être responsable. Aucune autre revendication n'a été enregistrée jusqu'à ce jour. Il est tout simplement rapporté qu'à Naplouse, Cisjordanie et Jerusalem-Est, trois territoires palestiniens du moyen orient connus pour leur anti-américanisme, des centaines de Palestiniens ont accueillis dans la liesse les attentats de New York et de Washington. Selon une dépêche de l'agence de presse Reuters, plusieurs Palestiniens distribuaient des bonbons, tandis que d'autres tiraient des coups de feu en l'air dans la ville de Naplouse. Pendant ce temps, des manifestations de joie s'observaient dans la partie arabe (Est) de Jérusalem. Dans le reste du Liban, un certain accalmie était observé. A l'instar du président palestinien Yasser Arafat, le premier ministre libanais Rafik el-Hariri a adressé des condoléances au président américain, tout en déclarant que ces «actions tragiques sont en contradiction avec toutes les valeurs religieuses et humaines». En Afghanistan également, la situation a été calme. Toujours selon Reuters, en effet, l'ambassadeur au Pakistan du régime taliban au pouvoir en Afghanistan a condamné, au cours d'une conférence de presse les attentats des États-Unis. Les taliban sont soupçonnés d'héberger le terroriste Ossama Ben Laden qui est impliqué dans d'autres attentats contre les intérêts américains à travers le monde.
Les tristes événements des États-Unis surviennent au moment où l'on observe une nouvelle escalade de violence au Proche et Moyen-Orient connus pour être l'antre des terroristes. Il y a quelques jours en effet, le commandant, leader militaire de l'opposition afghane, a fait l'objet d'un attentat perpétré par deux faux journalistes. Une querelle s'est engagée entre ses hommes et les taliban qui protégeraient le milliardaire Oussama Ben Laden actuellement recherché. Surnommé le Lion du Panchir, Massoud est le fer de lance de la lutte contre les «étudiants en religion» qui l'avaient chassé de Kaboul en 1996 et qui contrôle 95% de l'Afghanistan.
En outre, des frictions étaient perceptibles à la suite de la grande querelle suscitée à Durban où se tient la conférence mondiale sur le racisme. Ici, en effet, plusieurs accusations pour le moins virulentes ont convergé sur les États-Unis qui ont dus claquer la porte.
Avec tous ces bouleversements, sans compter la rancoeur à la suite des nouvelles équilibres qui ont fait suite à l'effondrement du mur de Berlin, l'on assiste aujourd'hui à un tournant qui plonge la planète dans un inconnu bien inquiétant. Jusqu'où iront les terroristes? La question est bien intéressante, même si, déjà, ils ont frappé au coeur même de la puissance mondiale en lançant un défi à la limite du camouflet. Des avions sont détournés dans le ciel même de la plus grande puissance du monde pour la frapper dans son centre d'affaires, mais aussi dans son point névralgique, à savoir le Pentagone, sans oublier une sorte de défi à sa diplomatie par l'explosion du camion devant le département d'État. Jusqu'où ira la réaction américaine? La question est plus sérieuse, d'autant que Washington ne manquera pas de laver l'affront avant de chercher à remettre tout le monde au pas.
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