Ahmed Kaci
13 Septembre 2001
opinion
Alger — Les attaques horrifiantes par des avions kamikazes détournés contre le Pentagone et le World Trade Center (WTC) montrent parfaitement les limites de la puissance que peut détenir un Etat, même de l'envergure des Etats-Unis d'Amérique, face à des groupes terroristes très fluides, hyper-organisés, mus par des motivations fortes et, de surcroît, puissamment financés et ayant accès aux toutes dernières technologies.
En la matière, il paraît bien que l'Amérique s'est lourdement trompée sur la nature de la menace en mettant, depuis l'arrivée de Bush à la Maison-Blanche, le paquet sur le bouclier antimissiles NMD (pour National Missile Defence) afin de faire face aux dangers que représentent les «Etats voyous».Cette obsession de l'invulnérabilité héritée de la politique ou de la doctrine isolationniste et du caractère d'insularité que confère la position géographique de l'Amérique a été accentuée par la nouvelle administration républicaine, de l'avis même d'analystes américains. Un journaliste du Times Magazine, interrogé sur les plateaux de TF1, tout en n'accréditant pas trop la thèse de Ben Laden derrière les actes qui ont visé son pays, estime que les positions adoptées par Bush sur nombre de questions internationales sensibles, comme l'abandon du traité de Kyoto, le rejet du protocole de vérification du traité interdisant les armes biologiques, l'affichage de la volonté de la non-ratification de la convention créant une cour criminelle internationale, l'intention proclamée de sortir du traité antimissile liant Washington et Moscou, le désengagement diplomatique du conflit au Proche-Orient et récemment le retrait de la conférence de Durban sur le racisme, ont isolé davantage les Etats-Unis et montré à la face de ses partenaires sa nature de plus en plus unilatéraliste, à telle enseigne qu'ils paraissent une sorte de «public ennemy», a expliqué le journaliste du Times Magazine.
Plus que l'invulnérabilité sur le plan sécuritaire que viennent de démentir ces attaques contre New York et Washington, c'est surtout l'extrême fragilité du modèle économique américain et du capitalisme en général. La panique qui s'est emparée des principales places financières du monde libre a quelque chose de pathétique et d'incroyable tout autant que l'écroulement des Twin Towers comme des châteaux de cartes que n'arrivent plus à expliquer les architectes qui les ont conçues pour résister à des chocs plus redoutables pourtant. L'effondrement des économies socialistes, ou plutôt staliniennes, si elles ont renforcé la domination sans concurrent du modèle libéral et de sa tendance néo-libérale actuelle, les désordres causés sur tous les plans n'ont pas manqué à se manifester depuis au moins une dizaine d'années.La désarticulation des Etats-nations, la résurgence du fondamentalisme religieux -pas uniquement en terre d'Islam-, l'éveil des nationalismes et les revendications des minorités ethniques sont des phénomènes qui devraient être appréhendées dans leur globalité et analysés notamment comme les effets de correspondance à la mondialisation à sens unique, excluant une grande partie de l'humanité de toute possibilité de bien-être.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2001 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.