14 Septembre 2001
opinion
Ouagadougou — Ni excuses formelles et publiques ni promesses de réparation pour 4 siècles de traite négrière et plus de 100 ans de colonisation, les Africains se sont manifestement noyés, et cela malgré les apparences de succès, dans les eaux du Durban sur l'océan Indien.
C'est tout juste en effet si le texte final de la conférence sur le racisme et la xénophobie "reconnaît que l'esclavage est un crime contre l'humanité et aurait dû toujours être reconnu comme tel", évitant toutefois soigneusement de parler de pardon et de dédommagement, toutes choses qui auraient pu ouvrir la voie à des poursuites judiciaires.
On se sera donc contenté, au terme de 9 jours de déchirements et de querelles presque pathétiques, d'être "désolé" et d'encourager en des termes plus que généraux la communauté internationale à renforcer l'aide au développement et à mettre sur pied un nouveau partenariat Nord-Sud basé sur la solidarité et le respect mutuel. C'est si peu et tellement vague surtout que ces bonnes résolutions n'ont pas de valeur contraignante.
Il faut dire que les préoccupations nègres ont à peine été effleurées durant cette grand-messe onusienne prise en otage par le conflit israélo-palestinien qui s'est déporté l'espace d'une semaine en Afrique du Sud. C'est en effet à un véritable intifada diplomatique, pour reprendre l'expression d'un conférencier européen, qu'on a assisté, les pays arabes ayant voulu assimiler le sionisme au racisme. Une situation qui a amené les Américains et leurs protégés de Tel-Aviv à claquer la porte en pleine rencontre. Puis ce furent les Arabes qui menacèrent de se retirer parce que leur desiderata n'étaient pas pris en considération.
Si au bout du compte, et sous la houlette du pays hôte un compromis, fut-ce à la Pyrrhus a été trouvé sur toutes ces questions délicates et ultra sensibles, on a comme l'impression que derrière le succès in extremis de la conférence se cache un certain échec des Africains qui ont semblé par moments délaisser leur propre cause pour soutenir les Arabes dans leur lutte contre l'Etat hébreux qui est, il est vrai, une force d'occupation quasicolonialiste en Palestine.
Dans cette chasse aux racistes et aux xénophobes où le barbare c'est toujours l'autre selon un ethnocentrisme de mauvais aloi mais néanmoins très répandu, tout le monde indexe en fait tout le monde.
Arabes et Juifs; négro-mauritaniens et maures; pygmées de la forêt équatoriale et bantous; Burkinabè et Ivoiriens... nous en passons, et des pires. Et comme chacun voit la paille qui est dans l'oil du voisin au lieu de commencer par arracher la poutre qui est bien visible dans le sien, on en vient à oublier le temps d'une conférence que les Arabes qui crient aujourd'hui au racisme sioniste ont été des négriers et des esclavagistes s'ils ne le sont pas toujours; que de nombreux étudiants africains avouent avoir essuyé leur premier "sale nègre" en France de la bouche d'un Maghrébin; que les Africains eux-mêmes ont pris une part active dans le commerce triangulaire en capturant et en vendant leurs propres frères,etc.
On est donc tenté de dire "tous racistes !" Et si après une prolongation de 24 heures, la déclaration de Durban reconnaît que les injustices historiques que sont l'esclavage et la colonisation ont, de façon indéniable, contribué à la pauvreté, au sous-développement, à la marginalisation, à l'exclusion sociale, aux disparités économiques, à l'instabilité et à l'insécurité qui affectent des millions et des millions de personnes notamment dans les pays en voie de développement, il semble trop facile de s'abriter derrière le confort douillet du "C'est la faute aux Blanc" pour exonérer les Africains de leurs propres responsabilités dans le retard pris par le continent. Car que font aujourd'hui les dirigeants et les populations africaines pour sortir de la fange ? Pas grand-chose admettons-le même si à leur décharge, on peut reconnaître que l'environnement international est chaque jour plus impitoyable.
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