Ibrahima K. Ndiaye
20 Septembre 2001
opinion
Dakar — L'actualité, avec les attentats survenus la semaine dernière aux États-Unis, est assez éloquente pour souligner l'importance des questions de racisme, d'intolérance et de xénophobie. Mais encore faut-il rappeler que les Etats-Unis et Israël ont boudé la Conférence mondiale des Nations Unies consacrée à ces questions à Durban (29 août au 7 septembre dernier) avant que celle-ci arrive à son terme. " L'intérêt de Durban est d'avoir aujourd'hui, avec cette catastrophe qui vient de s'abattre sur les Etats-Unis, la solidarité internationale qu'elle a suscitée et de faire en sorte que Bush et Sharon réintègrent l'esprit de Durban.
Que la raison prévale sur les passions, que la logique de paix prévale sur la guerre et que la solidarité humaine prévale surtout ". C'est ce qu'a indiqué Alioune Tine, secrétaire exécutif de la Rencontre africaine des droits de l'homme (RADHHO) et par ailleurs coordonnateur du Comité de pilotage des organisations non gouvernementales (ONG) africaines. En définitive, le Groupe africain a pu obtenir la reconnaissance, dans la déclaration finale, de l'esclavage et de la traite transatlantique comme crime contre l'humanité. C'est ainsi que M. Tine, en tirant le bilan et en dressant les perspectives de la conférence, cache mal sa joie.
Cela, en partie, parce que " des débats difficiles, occultés dans le passé, souvent passés sous silence dans l'histoire des hommes, ont permis à la communauté internationale de sortir d'une longue amnésie ". Alors, qu'en est-il des autres doléances qui ont tant suscité des débats avant Durban. Le fait que la déclaration les passe sous silence ne devrait-il pas autoriser à plus retenue ? Ces interrogations amènent Alioune Tine à souligner la portée juridique de la reconnaissance acquise. " Le mot " réparation " a disparu des textes, mais les bases légales d'une réparation sont offertes par le fait même que l'esclavage et la traite négrière constituent un crime contre l'humanité. Le simple fait de reconnaître ce crime offre toutes les possibilités juridiques d'en tirer toutes les conséquences. Mieux, Nuremberg offre une jurisprudence en la matière pour lancer des actions juridiques contre des individus ou des collectivités ", concède le secrétaire exécutif de la RADDHO. Il affirme que " le devoir de mémoire est également reconnu dans la déclaration des pays comme la Hollande qui ont pris des initiatives assez avancées dans ce sens. " En ce qui concerne, ajoute-t-il, le Plan Marshall pour l'Afrique M. Tine cite la déclaration qui pose " la nécessité de mettre en place des programmes pour le développement des sociétés africaines victimes de l'esclavage et de la traite et de la diaspora dans le cadre d'un nouveau partenariat fondé sur un esprit de solidarité et de respect mutuel ". " Autant dire, qu'elle est vague et s'en tient simplement à des déclarations de principe qui ne lient nullement les États ", commente M. Tine.
Qualifiée par certains de " conférence de la haine ", la rencontre de Durban n'a pas égratigné que les Etats-Unis ou Israël. Certains pays africains, du fait de certaines pratiques, en ont également fait les frais des ONGs qui étaient au nombre de 15.000 et qui ont animé quelque 1.500 ateliers. Le Sénégal, du fait de l'existence des castes qui y régulent la vie sociale, y était également sur la sellette. Cela avait provoqué la réaction d'Aminata Tall, ministre du Développement et de la Solidarité nationale.
La volonté de lutter contre les préjugés et les conditions favorisant l'éclosion du racisme, dont les Africains ont le plus souffert, a poussé les ONGs africaines à dénoncer les maux qui gangrènent leur continent. " En Afrique, nous sommes interpellés par Durban avec les conflits religieux et interethniques survenus à Jos, au Nigeria, et ayant fait au moins un million de victimes. Nous sommes déjà interpellés par Durban, d'autant qu'à peine la conférence terminée, nous sommes informés qu'en Côte d'Ivoire les pêcheurs maliens sont persécutés et chassés ", confie Alioune Tine. " Le suivi de la Conférence de Durban compte, pour nous, beaucoup plus que le reste. Il faut qu'en Afrique, dans n'importe quel pays et pour chaque gouvernement africain, l'on respecte la dignité de l'Homo africanus, que sa vie soit sacrée et que tous les États manifestent la volonté politique de mettre en ouvre des mécanismes légaux et institutionnels de reconnaissance de ces faits. Ces mécanismes doivent s'exercer en Afrique et partout ailleurs dans le monde en partenariat avec la société civile africaine ", revendique le coordonnateur du Comité de pilotage des ONGs africaines.
Le suivi, que l'on est en droit d'attendre, pour l'application des dispositions de la Déclaration pousse la RADDHO à formuler des recommandations à l'endroit des gouvernements, des parlementaires, aux ONGs et aux communicateurs. La création d'un observatoire africain contre le racisme avec, comme mandat, veiller à l'application par les États des dispositions de la Déclaration, un engagement à punir tous les actes racistes sont attendus des membres de l'OUA. Pour les parlementaires, il s'agit d'adopter une loi reconnaissant l'esclavage, la traite et le colonialisme comme crime contre l'Humanité.
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