Modou Mamoune Faye
1 Octobre 2001
Dakar — Il y avait comme un air de Sénégal qui flottait, samedi soir, dans l'air de Namur. Le long-métrage, " Little Sénégal " de l'Algérien Rachid Bouchareb (en compétition officielle à la seizième édition du Festival International du Film Francophone, ouvert vendredi soir) est une poignante histoire qui part de l'île de Gorée et nous entraîne dans les méandres du quartier new-yorkais de Harlem et des immenses propriétés de Caroline du Sud. C'est l'histoire d'Alloune (Sotigui Kouyaté), un vieux conservateur de la Maison des Esclaves de Gorée (qui rappelle vaguement Joseph Ndiaye) parti sur les traces de ses cousins noirs d'Amérique.
Un voyage similaire à celui de l'écrivain Alex Halley, mais à l'envers. En sillonnant les Etats-Unis, Alloune veut retrouver les descendants de ses ancêtres, ceux-là mêmes qui avaient été arrachés de leur patrie, il y a plusieurs siècles. Un voyage presque initiatique, bouleversant, qui nous montre l'autre visage de l'Amérique, loin des rêves et des chimères en technicolor d'Hollywood. Une Amérique misérable, celle des Noirs, des démunis, des (presque) intouchables que les taximen laissent en rade sur les bords des routes sous prétexte qu'ils sont violents, dangereux et sans le sou. La caméra de Bouchareb nous entraîne dans les appartements étroits et crasseux, aux murs décrépis, où s'entassent les étrangers noirs venus faire fortune. Un milieu où le visage du racisme n'est pas toujours peint en blanc. Il est parfois noir, comme la peau des Africains.
Les rapports entre les Américains noirs et leurs cousins d'Afrique sont parfois conflictuels. Ils peuvent même virer au tragique, à la mort qui guette, juste au bout d'une ruelle déserte de Harlem, sous les traits d'un adolescent précoce qui manie le revolver aussi facilement qu'un pistolero du Far West. Dans ce film, Rachid Bouchareb prend comme prétexte la recherche effrénée de racines pour peindre la misère dans les quartiers de Harlem, comme ce " Little Sénégal " où se concentrent une bonne partie de nos compatriotes qui triment comme de beaux diables dans les métiers (dangereux) de chauffeurs de taxis, de vendeurs à la sauvette ou de plongeurs. Un portrait assez réaliste de ces milliers d'Africains prêts à tout, jusqu'au mariage à blanc, pour obtenir la " green card ", ce fameux sésame sensé ouvrir les portes du paradis, mais qui peut mener droit à l'enfer sur terre.
" L'AFRANCE " D'ALAIN GOMIS
Avant la projection de ce long-métrage, le griot-comédien Sotigui Kouyaté a fait part de ses convictions aux cinéphiles de Namur et aux nombreux festivaliers venus des quatre coins du monde. Malgré sa jambe emprisonnée dans le plâtre (il a récemment été victime d'un accident de voiture), le vieux comédien burkinabé a tenu à être présent dans cette ville de la Wallonie, aux côtés de sa famille. D'ailleurs, son fils Dany Kouyaté a un long-métrage en compétition. C'est " Sia, le rêve du python ", dans lequel Sotigui incarne un des rôles principaux, et qui avait raflé de nombreux prix au dernier FESPACO de Ouagadougou (il a récemment remporté, avec ce film, une bourse de la Francophonie d'une valeur de 50 millions FCFA).
Cette année, le cinéma sénégalais est représenté par un jeune réalisateur peu connu du grand public. Il s'appelle Alain Gomis, il est Franco-Sénégalais et avait signé, en 1999, un court-métrage, " Tourbillons ", qui avait été sélectionné au festival " Noir Tout Couleurs " de la Guadeloupe, en décembre de cette même année. Son premier long-métrage, " L'Afrance ", en compétition officielle à Namur, entre en droite ligne du thème abordé dans " Tourbillons ". C'est l'histoire d'El Hadj, jeune étudiant sénégalais à Paris, écartelé entre sa volonté de rentrer et son désir de rester en France. L'éternelle équation de l'appel du pays et des sirènes de l'exil.
Dans la section des courts-métrages, aucune ouvre sénégalaise n'est en compétition. Mais on retrouve le réalisateur Malick Sy (ex-reporter à la Télévision nationale sénégalaise) dans la catégorie des documentaires avec son tout nouveau produit " Kankouran ", tourné à Kolda, région au Sud du Sénégal. C'est un récit d'une cérémonie d'initiation pour circoncis. " C'est la toute première fois qu'une équipe de film est autorisée à saisir les images de cette pratique dont l'existence est aujourd'hui menacée ", explique-t-on dans le catalogue du festival. Le réalisateur a dédié son documentaire au petit Moussa, le plus jeune des circoncis, décédé peu après la cérémonie.
Dans la section documentaire, mais hors compétition, Malick Sy présente également " Idrissa ", consacré au très controversé réalisateur burkinabé Idrissa Ouédraogo. Dans cette même catégorie, on retrouve un autre film sénégalais, "Sénégal Salsa " du jeune Moustapha Ndoye qui était, lui aussi, présent au dernier FESPACO. Autre film sur le Sénégal, mais d'un réalisateur français, Jean-Jacques Lion, " Hip Hop Sénégal ", qui nous entraîne dans les couloirs du rap sénégalais, " troisième rang mondial pour la production " et dont les têtes de file sont les groupes PBS et Daara J.
Au cours de ce 16ème FIFF, se tient un atelier d'écriture de scénarios auquel participe cinq jeunes cinéastes africains amateurs dont deux Sénégalais, Hamet Fall Diagne et Seynabou Sarr. Cet atelier d'écriture commence aujourd'hui et va permettre aux participants de profiter de l'expérience des aînés comme Idrissa Ouédraogo, Cheick Oumar Sissoko et Fanta Régina Nacro. Le festival de Namur, ce sont également les surprises et les coups de cour. Comme cette rencontre avec le célèbre comédien, écrivain et musicien français, Richard Bohringer (" Caprices d'un fleuve "), un amoureux de l'Afrique, ce continent qu'il considère comme sa " mère adoptive ".
POESIE ET ARTS PLASTIQUES EN WALLONIE
Le ministre de la Culture, Amadou Tidiane Wone, était à Namur vendredi et samedi. Il venait des villes de Liège et Libramont (à environ une heure de Namur) où il a respectivement participé à la Biennale de la Poésie (dédiée, cette année, à Léopold Sédar Senghor) et à l'exposition " Libr'Art " à laquelle participe sept plasticiens sénégalais. " Leurs tableaux rencontrent un très grand succès dans cette petite ville de dix mille habitants ", nous a confié M. Wone rencontré sous le chapiteau du FIFF, tout près de l'Hôtel de Ville de Namur.
A la Biennale de poésie de Liège, ont été invités 65 poètes dont le Sénégalais Charles Carrère. Le ministre sénégalais a profité de son séjour pour rencontrer son homologue de la Communauté Française de Belgique. " Nos entretiens participent au renforcement de la coopération culturelle entre le Sénégal et la Communauté Française de Belgique ", nous a confié le ministre. Il nous a révélé qu'une offre de bourses pour des résidences artistiques lui a été faite par les autorités de la Wallonie. " J'ai également invité mon homologue au prochain Festival National des Arts et de la Culture qui aura lieu à Ziguinchor ", a-t-il expliqué. Par ailleurs, le directeur de la Cinématographie, Amadou Tidiane Niangane, présent à Namur, nous a révélé les prochaines dates des Rencontres Cinématographiques de Dakar (RECIDAK) : elles auront lieu du 9 au 16 décembre 2002. Particularités de ces RECIDAK nouvelle formule : elles auront désormais lieu tous les deux ans et seront uniquement consacrées aux courts-métrages et documentaires.
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