Le Jour (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Un Nobel aigre-doux

Vicky Delore

15 Octobre 2001


opinion

Le sentiment qui anime l'Afrique est d'abord la joie, la satisfaction, immenses. Car, un de ses fils vient d'être honoré. Un fait reluisant qui fait quelque peu oublier les interminables images de continent de tous les malheurs : guerre, sida, famine... Or donc, l'Afrique peut aussi engendrer des personnalités-référence ! Ce moment d'euphorie passé, il convient de s'interroger. Quel est aujourd'hui le poids réel de l'Organisation des Nations unies dans le cadre de la recherche de la paix et de la justice dans le monde ? Les attentats de New York et de Washington, le 11 septembre, et la riposte américaine qui a débuté la semaine dernière, ont mis en exergue l'incapacité de l'Onu à gérer les conflits majeurs. L'Organisation des Nations unies, depuis ces attentats, s'est alignée sur les démarches américaines - qui dérogent à tous ses principes de fonctionnement. L'Onu, en restant presque amorphe, en perdant le sens de l'initiative, a bien confirmé le sentiment qu'elle est - contrairement à ce qui est censé être - aux ordres du grand tuteur américain. Outre les attentats du 11 septembre, l'Organisation des Nations unies, en septembre dernier, à Durban en Afrique du sud, n'a pu se démarquer des positions américaines, lors de la conférence mondiale sur le racisme. Washington s'était fermement opposé à toute résolution condamnant Israël, et avait même claqué la porte de la rencontre. Sans la moindre réprobation de l'Onu. De même, dans la crise au Proche-orient, les Nations unies ont presque abdiqué. Les Israéliens ont toujours pris les résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu pour des ornements de l'histoire contemporaine. Si on peut saluer l'imposante force de l'Onu, déployée en Sierra Leone, force est, toutefois, de relever qu'en Afrique, aussi, l'Onu semble s'être résignée. Impuissante en Angola, inefficace en R.D Congo, absente en Somalie, démissionnaire en Centrafrique, maladroite au Liberia... Bref, le prix Nobel 2001 distingue une organisation en pleine décrépitude, qui ne se retrouve plus dans les profondes mutations que le monde a connues depuis la conférence de Yalta, en février 1945. La plus grande utilité de l'Onu, à sa fondation, était d'offrir un lieu de dialogue permanent entre les "deux grands" du monde : les Etats-unis et l'URSS. La dislocation du bloc soviétique a créé un nouvel ordre mondial, unipolaire. Où les Etats-unis dictent leurs lois, par le canal d'une organisation, désormais aux ordres. C'est pourquoi, il est capital que les nations du monde réfléchissent, dans le nouveau contexte mondial, à une mise à jour de la mission et des moyens de l'Organisation des Nations unies. La paix et la sécurité de la planète en dépendent.

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