Kenge Mukengeshayi
23 Novembre 2001
Kinshasa — C'est une offensive généralisée qu'a décidé de déployer l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) depuis l'annonce, le week-end dernier, de la tenue à Abuja d'une rencontre entre belligérants du conflit intercongolais. Cette rencontre qui devrait se tenir en deux étapes - les experts d'abord (3 et 4 décembre), les leaders ensuite (10 décembre) sous les auspices du Chef de l'Etat nigérian le général Obassanjo, est activement soutenue par Bruxelles et Paris qui y voient l'occasion de faire pièce de l'activisme anglo-saxon au centre de l'Afrique.
C'est face à ce soutien réaffirmé mercredi par le Vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères qui conduisait à Kinshasa une délégation de l'UE et qui a proposé comme lot de consolation une rencontre de concertation de l'Opposition politique et de la Société civile (après coup, nuance !) à Bruxelles, que l'UDPS a décidé de passer à la contre-attaque. D'abord par la bouche de son Président national, Etienne Tshisekedi wa Mulumba qui a dénoncé jeudi dans une interview à RFI une "réunion pirate" destinée à contourner le Dialogue intercongolais. Pour Etienne Tshisekedi, il n'y a que le dialogue pour conférer à l'autorité de la transition une légitimité à même de lui permettre d'organiser les élections. Dans cette optique, le Président national de l'UDPS n'a pas exclu que l'autorité de la transition soit justement Joseph Kabila au cas où ce dernier parvenait à réunir autour de lui le consensus nécessaire.
Le point de presse des experts
La deuxième charge de l'UDPS a été lancée jeudi à travers un point de presse organisé au quartier Immo-Congo par l'équipe des experts de l'UDPS chargés de préparer le Dialogue intercongolais. Cette conférence a ainsi éclipsé le sit-in prévu devant l'ambassade de Belgique et qui a été étouffé dans l'oeuf par une pluie battante qui est tombée sur la capitale depuis la matinée. Au nom de ses collègues, Joseph Kapika, porte-parole de l'équipe des experts, a abordé quatre points : le sommet des belligérants à Abuja, la rencontre entre Joseph Kabila et la classe politique, la loi n°001 et le Pacte républicain.
Pour Joseph Kapika, l'UDPS dénonce l'organisation de la rencontre d'Abuja pour deux raisons essentielles. "Ce serait une prime à la guerre et une invitation à ceux qui ont choisi la non-violence comme méthode de lutte à prendre les armes pour être écoutés et accéder au pouvoir d'Etat en RDC", a déclaré Joseph Kapika. Deuxième argument : "cette démarche à tous égards condamnable qui risque de vider le contenu du dialogue et de frustrer deux composantes qui regroupent les représentants des forces démocratiques n'est pas de nature à favoriser les résultats attendus du bon déroulement des négociations politiques intercongolais". En d'autres termes, selon l'UDPS, "si la rencontre d'Abuja a réellement pour but de préparer par des réunions politiques utiles les travaux du Dialogue national, alors les organisateurs devraient considérer comme incontournable la présence de deux poids lourds de l'Opposition politique et de la Société civile, tous deux représentant les forces démocratiques congolaises qui ont fait de la non-violence et des négociations les méthodes de lutte dans la recherche de la paix, de la démocratie et de la réconciliation nationale".
Sur la rencontre entre Joseph Kabila et la classe politique, l'UDPS s'est déclarée non partante. Joseph Kapika a rappelé qu'il y a un an le régime de Kinshasa avait empêché les partis politiques de l'Opposition de répondre aux invitations de M.M. JP Bemba et Adolphe Onusumba. "Il n'y a donc pas de raison que nous répondions à sa propre invitation aujourd'hui", s'est insurgé le porte-parole des experts de l'UDPS. Pour ce dernier, "Joseph Kabila n'a aucune légitimité pour rencontrer les partis politiques d'Opposition en tant que chef de l'Etat". Dans la foulée, il a estimé que "jouissant d'un statut identique dans l'Accord de Lusaka et le dialogue national ayant déjà débuté, la composante "Gouvernement de Kinshasa" n'a pas le droit de considérer d'autres composantes comme ses subordonnées ou ses obligées".
En ce qui concerne la loi n°001/2001 du 17 mai, les experts de l'UDPS ont indiqué que leur parti ne reconnaît pas la légitimité du régime de Kinshasa, pas plus qu'elle ne reconnaît à cette loi des effets rétroactifs pouvant lui permettre de régenter des situations déjà traitées et réglées par des lois antérieures. Les mêmes experts ont noté qu'en vertu des dispositions pertinentes de l'Accord de Lusaka, leur parti siégeait déjà avec statut identique à la table du Dialogue national avec les délégués de Kinshasa. Conclusion : "Il n'y a pas de raison pour que l'UDPS se présente pour un deuxième enregistrement administratif".
Evoquant, enfin, le chapitre du Pacte républicain, Joseph Kapika a dénoncé le maintien de la "décision politique liberticide interdisant les activités politiques ainsi que les manifestations publiques pacifiques". Dans le même ordre d'idées, l'UDPS a condamné "l'enlèvement de ses membres dont MM Mampuya du Comité fédéral de l'UDPS/Funa, Cosmas, président du parlement-debout de Matete, et Mwamba, activiste de la commune de Mont-Ngafula.
Lettre de protestation à G. Verhofstadt
Par ailleurs, nous apprenons que l'UDPS a adressé, toujours hier, une lettre de protestation au Premier ministre belge M. Guy Verhofstadt. La protestation de l'UDPS porte sur "l'initiative du gouvernement belge d'organiser une rencontre politique des belligérants congolais à Abuja".
Dans cette lettre signée par le Secrétaire général adjoint Modeste Sadiki Lutombo, l'UDPS déclare ne pas "comprendre, encore moins accepter qu'un pays comme la Belgique qui, à l'instar de la Communauté internationale, défend le respect de toutes les dispositions de l'Accord de Lusaka, mette tout en oeuvre pour violer le dit Accord alors qu'aux termes de celui-ci il est expressément souligné que toutes les 5 composantes et tous les participants bénéficient d'un statut juridique identique". Or, poursuit la lettre, "la rencontre d'Abuja entend privilégier 3 composantes sur 5 aux fins de se partager le pouvoir politique en RDC".
L'UDPS rappelle que tout projet de partage du pouvoir suppose au préalable un accord sur les règles fondamentales relatives au fonctionnement et à l'exercice du pouvoir pendant la transition ainsi que sur le profil des candidats appelés à exercer les fonctions politiques.
Qu'en 1997, une rencontre organisée au seul profit des belligérants au large de Pointe Noire entre Joseph-Désiré Mobutu et Laurent-Désiré Kabila pour procéder à la passation du pouvoir par l'exclusion des forces démocratiques avait débouché sur une autoproclamation de LD. Kabila comme chef de l'Etat, la concentration des pouvoirs, la confiscation des libertés fondamentales et la restauration de la dictature.
L'UDPS prie le gouvernement belge de demeurer l'ardent défenseur d'un dialogue inclusif et l'invite à renoncer à une politique tendant, comme en 1960, à diviser "les forces politiques et sociales congolaises et à faire obstacle aux aspirations profondes et légitimes du peuple congolais à la paix, à la démocratie, à la réconciliation nationale et au bonheur".
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