Le Phare (Kinshasa)

Rwanda: Un plan français pour neutraliser Museveni et Kagame

Kimpozo Mayala

5 Décembre 2001


Kinshasa — La crise des Grands Lacs continue de figurer en bonne place sur les tablettes de l'Union Européenne. Selon des sources bien informées, la France serait fort inquiète de la présence militaire prolongée de l'Ouganda et du rwanda à l'Est de la République Démocratique du Congo. Paris ne se ferait pas d'illusion, indique-t-on, sur les intentions inavouées de Kampala et Kigali de ne pas procéder au retrait de leurs troupes en dépit de toutes les convergences qui pourraient découler du Dialogue intercongolais.

Aussi, a-t-on mis en chantier, du côté de Paris, un plan visant à neutraliser Yoweri Museveni et Paul Kagame, de manière à les empêcher de continuer à faire obstruction au retour à la paix et à la stabilité politique en RDC. Les contours de cette initiative française restent jusque-là du domaine du mystère.

Mais, l'on croit savoir qu'à l'occasion de leur dernier séjour à Londres, le président Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin ont évoqué le sujet avec le premier ministre britannique Tony Blair. Le choix du duo précité n'est pas fortuit. Il était dicté par l'influence politique et psychologique du pays de sa majesté Elisabeth II sur Kampala et Kigali.

Un des points de repères à cet effet est le rôle actif joué par Tony Blair au début du mois de novembre, lorsque l'Ouganda et le Rwanda étaient sur le point d'en découdre à nouveau par les armes sur le sol congolais, dans le secteur de Beni-Butembo. L'opinion se souviendra avec quel empressement Museveni et Kagame, s'étaient précipités à répondre à l'invitation-convocation de Tony Blair, le 6 décembre à Londres, avant leur participation à la session du Conseil de sécurité de l'ONU consacrée au processus de paix en RDC. Depuis cette interpellation, les deux présidents va-t-en-guerre ont mis une sourdine à leurs velléités guerrières.

Il semble que Tony Blair ne serait pas foncièrement opposé à l'option levée par Chirac et Jospin. Même Londres se fait des soucis à l'idée de voir la sous-région des Grands Lacs s'embraser par la faute de ses deux protégés.

Le grain de sable dans le "plan français" se trouve être Robert Mugabe, que le Premier ministre britannique ne tient pas à faire rebondir politiquement à travers un soutien politique maladroit en faveur de Kinshasa, dont il s'est fait l'allié de premier ordre.

Dans l'entendement de Tony Blair, l'arrogance du président zimbabwéen dans le traitement du dossier de l'expropriation des fermiers blancs a ouvert dans les coeurs de ses compatriotes une plaie irréparable. Le langage des sourds entre Londres et Harare ayant atteint le point de non-retour, le premier ministre britannique ne serait pas prêt à adhérer à une stratégie de nature à profiter à Robert Mugabe en RDC.

Mais au-delà de la diplomatie secrète, une mission franco-britannique à piloter par les ministres de la Coopération de France et de Grande-Bretagne est annoncée pour les jours à venir à Kinshasa et dans les pays impliqués dans le conflit congolais. Ce nouveau tour de table, qui intervient peu après celui de l'Union Européenne, devrait permettre à Paris et Londres d'harmoniser leurs vues sur le plan français susévoqué.

D'autre part, des parlementaires français, britanniques, néerlandais et belges réunis le 21 novembre 2001 à Bruxelles ont plaidé pour l'identité de vue et l'unité d'action des Etats membres dans la crise congolaise et le dossier des Grands Lacs. Ils ont préconisé comme priorité des priorités la cessation de la tragédie humanitaire en expansion dans la sous-région des Grands Lacs en général et dans l'Est de la RDC en particulier, avec déjà un bilan macabre de plus de 3,5 millions de morts.

Convaincus que les problèmes de sécurité et de stabilité politique en RDC, au Rwanda et au Burundi sont étroitement liés, les députés de l'UE suggèrent une solution globale à travers des négociations bilatérales.

Concernant l'aide au développement, elles devraient être soumises aux mêmes critères d'octroi pour tous les pays des Grands Lacs. Des mesures devraient être prises pour qu'elle ne devienne pas une source de financement de la guerre. Cette assistance devrait être conditionnée à l'organisation des dialogues internes dans tous les Etats concernés, à l'évolution de la démocratisation, à la liberté de presse, au respect des droits humains, à la totale implication dans l'exécution de l'Accord de Lusaka, à l'Etat de droit. Députés français, britanniques, néerlandais et belges invitent leurs gouvernements à lutter contre l'exploitation de ressources naturelles de la RDC en mettant en place des mécanismes d'identification des exportations "sales". Ils en appellent à la réunion de ressources suffisantes par l'UE en vue de favoriser la poursuite du déploiement de la MONUC et d'exercer des pressions particulières sur Kinshasa et Kigali en vue du rapprochement entre la RDC et le Rwanda dans l'optique de leur coexistence pacifique.

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