Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: L'UDPS Maniema exige la tenue urgente du Dialogue Intercongolais

14 Janvier 2002


Kinshasa — L'Udps-Maniema, dans une réflexion qui l'engage avec copies pour information réservées aux ambassadeurs de Belgique, de la Zambie et de France, met sur le dos des "seigneurs de guerre" le blocage du DIC. Face aux "manoeuvres dilatoires", la représentation de ce parti dans le Maniema appelle les 60 millions des Congolais à faire pression sur les parties pour arracher la tenue rapide du Dialogue intercongolais

1. Introduction

Le Maniema figure parmi les provinces de la République du Congo qui constituent ce qu'on appelle communément Territoires Occupés. Il est, à l'instar du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de la Province Orientale, d'une partie de deux Kasaï, du Katanga et de l'Equateur, le théâtre des hostilités entre les différents seigneurs de guerre et leurs alliés qui continuent d'endeuiller notre pays avec à ce jour, un triste record de notre temps, de plus de 2.500.000 de personnes fauchées par balle en l'espace de trois ans, plusieurs milliers de déplacés de guerre et presque autant de réfugiés.

En dépit de cette tragédie humaine, les belligérants c'est-à-dire, le pouvoir de Kinshasa, le RCD Goma, le RCD Kisangani et le MLC ne semblent pas s'en émouvoir outre mesure. Bien au contraire, ils se contentent du statut quo, tirant profit des richesses naturelles de notre pays qu'ils exploitent impunément avec, fort malheureusement, l'appui de certaines puissances étrangères et de la haute finance internationale.

Voilà pourquoi, Maniema qui vit dans sa chair les souffrances, les atrocités et la misère noire découlant de cette guerre et dont nos populations sont victimes, en appelle à la communauté internationale en général, à l'Union Européenne en particulier pour qu'elle use de son influence afin d'amener les différentes composantes à tenir le dialogue intercongolais cette fois-ci en janvier 2001 comme prévu, pour qu'enfin, le peuple congolais retrouve la paix, recouvre l'intégrité de son territoire et prépare son avenir dans la sérénité et la concorde nationale.

2. Causes et nature de la guerre

La profonde crise dans laquelle la République Démocratique du Congo s'enlise est due essentiellement au refus par les dictateurs Joseph-Désiré Mobutu et Laurent-Désiré Kabila de démocratiser le pays. Ce fond a été exploité par l'AFDL pour prendre les armes contre Mobutu en octobre 1996 avant de servir de détonateur à la révolution de palais en août 1998 avec la création du RCD auquel va se joindre peu après le MLC.

Malgré l'internationalisation du conflit congolais avec l'intervention direct de l'Angola, du Zimbabwe, de la Namibie et du Tchad aux côtés du pouvoir de Kinshasa, de l'Ouganda, du Rwanda et du Burundi pour soutenir la Rébellion, le langage des armes a montré ses limites. Car aucun des belligérants n'a réussi à imposer sa loi sur toute l'étendue de la République Démocratique du Congo. A cela s'ajoute la crise de légitimité aggravée par l'AFDL-CPP Kinshasa qui venait d'instaurer la monarchie dans une République, après l'assassinat de Laurent Désiré Kabila le 16/01/2001 par sa cour.

3. Obstacles à la tenue du Dialogue Intercongolais

L'analyse des faits et gestes des différents seigneurs de guerre montre que ces derniers ne veulent pas de la tenue du Dialogue Intercongolais dans l'immédiat.

En fait, avec le recul du temps, on se rend compte que l'accord de Lusaka était signé à la sauvette par les uns et les autres, soit pour éviter de se faire emporter par une guerre dont ils perdaient à coup sûr le contrôle, soit pour reprendre le souffle devant l'ampleur de l'effort de guerre. C'est ainsi que profitant du cessez-le-feu et du déploiement des casques bleus, les seigneurs de guerre s'emploient à consolider leur pouvoir dans les territoires qu'ils contrôlent et se contentent plutôt de la partition de fait de la République Démocratique du Congo.

3.1. Le pouvoir de Kinshasa

Nonobstant le discours mielleux destiné à la consommation extérieure, Joseph Kabila suit les traces de Laurent Désiré Kabila en multipliant les prétextes et en érigeant de nouveaux obstacles à la tenue du Dialogue Intercongolais dont ci-après quelques exemples à titre indicatif.

- L'interprétation délibérément tendancieuse de l'Accord de Lusaka en ce qui concerne le nouvel ordre politique.

- La mise sur pied d'un parlement nommé dont les membres sont recrutés pour la plupart parmi les anciens de l'AFDL.

- Le boycott des Assises d'Addis-Abeba en octobre 2001.

- L'interférence dans l'organisation d'autres composantes alors qu'il n'est pas le pouvoir organisateur du Dialogue Intercongolais.

- Des nominations intempestives et inopportunes des mandataires du portefeuille de l'Etat et des gouverneurs des provinces qu'il ne contrôle pas en violation de l'Accord de Lusaka.

- Le muselage de l'opposition politique, les assassinats politiques, des arrestations des opposants, plus particulièrement des cadres de l'UDPS, la confiscation des médias publics et la multiplication des messes noires avec l'appui de la Belgique et de la France (cfr rencontre d'Abuja et de Bruxelles) en vue de torpiller le Dialogue Intercongolais.

- La violation systématique des droits de l'Homme.

- L'entraînement et l'appui aux forces hostiles aux pays voisins.

3.2. L'opposition armée

- Le refus de démilitariser la ville de Kisangani

- Des guerres sur le sol congolais entre troupes alliées étrangères qui la soutiennent (Rwanda contre Ouganda)

- Les attaques répétées et meurtrières des populations civiles sous prétexte de poursuivre les Mai-Mai

- Le désarmement des forces dites négatives en dehors du cadre tracé par l'Accord de Lusaka

- L'ombrage fait à l'établissement du quartier général de la Monuc à Kindu

- Le renforcement des troupes étrangères dans les zones qu'elle contrôle (cas des forces rwandaises pour le compte du RCD/Goma)

- L'entretien des rivalités entre les différentes composantes de l'opposition armée (RCD-Goma et RCD Kisangani; RCD-Kisangani et MLC) etc.

4. Recommandations expresses de l'UDPS-Maniema

- Face aux manoeuvres dilatoires des belligérants dont l'objectif est sans nul doute de sacrifier ce peuple congolais au profit des intérêts partisans, l'UDPS-Maniema joint sa voix à celle de 60 millions des Congolaises et Congolais et de tous les hommes épris de paix et de justice pour réclamer la tenue du Dialogue Intercongolais en janvier 2002 comme précédemment annoncé par la facilitation.

- A cet effet, l'UDPS-Maniema demande avec insistance à l'Union Européenne

* d'exercer des pressions sur les belligérants afin qu'ils s'impliquent pour la réussite du processus de paix de Lusaka maintenant que le langage des armes qu'ils ont choisi a montré ses limites;

* d'être l'interprète du peuple congolais auprès des bailleurs de fonds internationaux afin d'assister financièrement la facilitation pour assurer la tenue effective du Dialogue Intercongolais.

* de dissuader la Belgique et la France afin qu'elles abandonnent le schéma simpliste mais lourd de conséquences tendant à vider le dialogue intercongolais de sa substance en organisant ou en soutenant des rencontres parallèles qui, non seulement portent les germes de l'exclusion et de l'échec mais aussi, n'ont pas l'adhésion de toutes les parties en présence;

* d'exercer des pressions sur les seigneurs de guerre pour qu'ils décrispent la situation politique avant la tenue du Dialogue Intercongolais en s'interdisant de violer, comme ils continuent à le faire, l'Accord de Lusaka et le Pacte Républicain.

A cet effet, le gouvernement de Kinshasa doit impérativement :

Liens Pertinents

- libéraliser les activités politiques,

- favoriser l'accès des différents courants d'opinion aux médias publics,

- cesser le harcèlement des membres de l'opposition et plus particulièrement ceux de l'UDPS ciblés par lui,

- libérer les Cadres de l'UDPS arrêtés depuis le 5/12/2001, à savoir : Monsieur Sadiki Modeste, Secrétaire Général Adjoint, Messieurs Jean Baptiste Bomanza Mwanpanta et Roger Kakongo, membres du Comité national et Monsieur Augustin Kadima, membre du Comité Fédéral de l'UDPS Tshangu.

Fait à Kinshasa, le 10/01/2002

Le Président Fédéral,

Assani Mwami Kikumbi

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