Sidwaya (Ouagadougou)

17 Janvier 2002

Burkina Faso: Population et développement: l'etat des lieux au Burkina

Les connaissances sur la situation démographique de notre pays se sont nettement améliorées ces deux dernières décennies. Les données de mesures sont effectivement disponibles suite à un certain nombre de recensements et d'enquêtes menés au plan national ou dans des secteurs spécifiques. Les statistiques économiques et démographiques de l'INSD, les bulletins statistiques sur la santé, l'enseignement de base, les enseignements secondaire et supérieur, l'agriculture, l'emploi, le document-cadre de politique économique, la Lettre d'intention de politique de développement humain durable sont autant d'outils qui ont permis d'expliquer les phénomènes démographiques et d'améliorer les connaissances des interrelations population-développement.

La situation du Burkina Faso en matière de population et développement demeure marquée par un accroissement rapide de la population, lié à une forte fécondité et à une mortalité en baisse mais encore assez élevée ; les populations connaissent de difficiles conditions de vie, notamment en ce qui concerne la santé, l'alimentation, l'éducation, etc.

En effet, malgré les performances économiques enregistrées ces cinq dernières années, l'on a constaté que 45,5% de la population vit toujours en-dessous du seuil de pauvreté établi à 72 690 F CFA / adulte et par an.

La situation sanitaire, du reste précaire, est caractérisée par la persistance des endémies locales dues principalement à la qualité de l'eau (diarrhées, affections respiratoires, paludisme), des épidémies meurtrières (rougeole, méningite, choléra), l'infection au VIH/SIDA et aux IST. La mortalité maternelle due à des hémorragies et aux infections, est favorisée par les grossesses précoces, rapprochées ou tardives, les avortements provoqués et par les difficultés d'accès aux services de santé de qualité. Les jeunes et les adolescents sont exposés aux risques de grossesses non-désirées, des IST et de l'infection au VIH.

Sur le plan de l'éducation, le Burkina a hérité d'une situation peu favorable au lendemain de l'indépendance dans le domaine de la formation des ressources humaines. Malgré sa forte progression au cours des 20 dernières années, le taux de scolarisation demeure toujours inférieur à celui de nombreux pays africains. La faiblesse de ce taux est amplifiée par celui de la disparité entre garçons et filles. D'une façon générale, la faiblesse du taux de scolarisation primaire tient aussi bien à des problèmes d'offre que de demande.

L'enseignement secondaire recueille à peine 30% des enfants sortis du primaire. Au niveau de l'enseignement supérieur, le taux de scolarisation demeure faible avec 0,75% en 1998 -1999. La faiblesse de l'ensemble du système éducatif annihile les efforts de développement entrepris par le pays car l'éducation constitue un facteur déterminant du développement durable.

Un environnement physique fragile

L'emploi et la pauvreté sont étroitement liés. En raison des contraintes de développement du secteur agropastoral, l'emploi en milieu rural est peu productif et faiblement rémunéré. L'emploi salarié du secteur moderne ne concerne que 3,7% des actifs, occupés essentiellement dans les services (dont l'administration publique), les secteurs du BTP, les industries manufacturières et extractives. Le secteur informel urbain est en croissance rapide du fait de la faible capacité d'absorption en main d'oeuvre du secteur moderne de l'emploi ; de plus, l'emploi y est moins productif et les revenus bas.

Annuellement, on estime à près de 100 000 personnes, le flux additionnel des nouveaux arrivants sur le marché de l'emploi : les non-scolarisés, les déscolarisés en fin de cycle des différents ordres d'enseignement, les travailleurs déflatés et les migrants de retour.

Les Burkinabè vivent dans un environnement physique fragile, avec près de 2/3 des terres impropres à l'agriculture car peu fertiles et fragilisées par les actions néfastes de l'homme, des pluies irrégulières, insuffisantes et mal réparties sur le territoire. La gestion des eaux usées domestiques et des excreta, largement basée sur la latrinisation et les puisards laisse à désirer, ce qui se traduit par une prolifération d'insectes, de rongeurs et autres agents vecteurs de maladies diverses.

La population, estimée à 10 millions d'âmes en 1996, croît à un rythme de 2,4% par an. Elle est inégalement répartie sur le territoire national, allant d'une densité de 335 habitants/km2 dans la province du Kadiogo à moins de 15 habitants/km2 dans les provinces du Nord-Est et de l'Est. Les migrations agricoles à l'intérieur tendent à corriger ce paradoxe mais leurs coûts écologique et social, encore peu maîtrisés, demeurent préoccupants. En outre, elles posent de nombreux problèmes d'insertion économique, sociale et culturelle.

Une situation démographique préoccupante

Il ressort de ce tableau que la situation démographique est déjà préoccupante au Burkina et pose en même temps plusieurs défis à relever. Mieux, si la tendance actuelle se poursuit, dans une vingtaine d'années, la population aura doublé, ce qui pose des défis en terme d'accroissement de la production alimentaire et de satisfaction de la demande en services sociaux de base (éducation, santé, eau potable, habitat, etc.) et représente des enjeux en matière de gestion des ressources naturelles (bois de chauffe, eau, terres agricoles).

Conscient de l'impact des variables démographiques sur la réalisation des objectifs de développement humain durable, le gouvernement a créé en 1983, le Conseil National de Population (CONAPO) en lui assignant pour mission de réfléchir et de proposer une politique de population en conformité avec les réalités sociales, économiques et culturelles du pays. Les réflexions menées par le CONAPO ont abouti en 1991 à la formulation d'une Politique Nationale de Population ( PNP) avec pour objectif majeur de contribuer à la lutte contre la pauvreté par la recherche d'un équilibre entre population et ressources.

Cet objectif majeur qui s'inscrit dans la politique globale de développement de notre pays a été décliné en six objectifs généraux, à savoir contribuer à l'amélioration de la santé de la population, en particulier la santé de la reproduction ; améliorer les connaissances en population, genre et développement ; favoriser une répartition spatiale mieux équilibrée de la population dans le cadre de la politique d'aménagement du territoire, prenant en compte le phénomène migratoire ; promouvoir la prise en compte des questions de population, genre et développement durable dans les projets et programmes de développement aux niveaux national, régional et local ; valoriser les ressources humaines ; assurer une coordination efficace et un meilleur suivi-évaluation de la mise en oeuvre de la PNP et des programmes d'action prioritaire aux niveaux central et décentralisé.

Aussi, la mise en oeuvre de la PNP a donné lieu en 1991, à l'exécution d'un Programme d'Action Prioritaire (PAP1), couvrant la période 1991-1995.

Pour pallier les insuffisances constatées dans l'exécution du PAP1, le gouvernement a instruit le CONAPO qui a procédé, d'une part à l'actualisation de la PNP dont l'horizon est désormais fixé à 2015, est d'autre part à l'élaboration d'un PAP2, qui se veut un ensemble cohérent de mesures et de programmes visant à l'amélioration des conditions et de la qualité de vie des populations.

La population est et demeure donc l'élément fondamental dans les stratégies et programmes de développement. Et la recherche du développement durable formulée par la LIPDHD exige en effet que les rapports entre population, ressources, environnement et développement soient pleinement reconnus, correctement gérés et équilibrés de façon harmonieuse.

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