Serigne Mour DIOP
8 Février 2002
Le Sénégal vit assurément une année que l'on pourrait appeler celle des pages d'histoire. En effet, le football sénégalais, longtemps source des déceptions les plus amères, voit une jeune génération de footballeurs réécrire son histoire en effaçant toutes les désillusions de son passé. En effet, le Sénégal n'avait jamais connu une phase finale de Coupe du monde, El Hadj Diouf, Aliou Cissé, Salif Diao, Ferdinand Coly, Lamine Diatta et compagnie l'ont réalisé, un certain juillet 2001 à Windhoek
Une première mi-temps sénégalaise bien engagée avec plusieurs menaces devant la cage nigériane. Dès la 2ème minute, Diouf adresse une passe lumineuse à Henri Camara dont le tir, pourtant assez lointain heurte le montant droit de la cage de Ike Shorunmu. La pression sénégalaise allait crescendo, mais aucune des opportunités offertes par les ouvertures lumineuses de Khalilou Fadiga n'est mise à profit par les attaquants Henri Camara et El Hadj Diouf. Etonnamment, ce dernier se perdait d'ailleurs dans des chutes improvisées, qui n'avaient pour effet que de retarder le jeu sénégalais. Rien que dans les 15 premières minutes, l'avant-centre des "Lions" est allé 7 fois au sol, sur des actions qui étaient loin de lui valoir des coups-francs.
Dans l'entre-jeu, si Salif Diao a essayé tant bien que mal de jouer sa partition, Pape Bouba Diop avait, lui, complètement disparu, tandis que Pape Sarr freinait toutes les velléités offensives de l'équipe. Les Nigérians, pour leur part, se sont contentés de tenter d'endormir leurs adversaires afin de placer des contre. C'est d'ailleurs sur une de ces actions que Daff commet une faute sur Nkankwu Kanu. Au coup de pied de réparation, le tir puissant d'Okosha va heurter le montant des buts de Tony Sylva.
Durant toutes les 30 premières minutes, la balle navigue d'un camp à l'autre, mais les actions les plus dangereuses sont à l'actif du Sénégal mais, à la finition, personne ne semble être en mesure d'assurer la dernière action.
C'est à la 34ème minute que la partie prend une autre tournure. Sur une balle anodine, qu'il n'avait d'ailleurs pas perdue, Pape Sarr, un des joueurs les moins performants depuis le début de la Can, joue des coudes à la manière des karatékas sur un joueur nigérian. L'arbitre qui était tout prêt de l'action n'hésite pas à brandir le carton rouge, obligeant le Sénégal à terminer la partie à 10. Julius Aqghahowa a commis sur Lamine Diatta une faute similaire à celle qui avait conduit à l'expulsion du joueur congolais contre le Sénégal, mais le directeur de la partie s'est contenté de l'avertir. La pause est survenue sur ce score nul et vierge.
Bien qu'en situation d'infériorité numérique, les " Lions " n'ont point levé le pied en seconde mi-temps. Dès l'entame de cette phase décisive, les partenaires d'Aliou Cissé accentuent la pression dans le camp nigérian, donnant même l'impression d'être plus nombreux dans le terrain, grâce surtout à une bonne gestion du milieu de terrain avec un Pape Bouba Diop qui parvenait à museler complètement Augustine Okosha et Garba Lawal, libérant Salif Diao pour la tâche offensives.
Dès lors, l'absence de Pape Sarr ne se faisait plus sentir et, après huit minutes de jeu dans cette seconde mi-temps, Pape Bouba Diop, profite d'un corner tiré de la gauche vers la droite par le spécialiste maison, Khalilou Fadiga, pour ouvrir le score. Les rôles étaient ainsi renversés et les " Lions " se retrouvaient plusieurs fois avec la balle du second but dans les pieds. Une première fois, à la 71ème minute, El Hadj Diouf bien lancé par son milieu de terrain, attend le retour d'Henri Camara pour lui servir un caviar qui ne demandait qu'à aller au fond. Nul ne sait encore comment le buteur de Sedan a fait pour placer cette balle dans les pieds du portier nigérian, Ike Shorunmu.
Les Sénégalais reviendront trois minutes plus tard (74ème) avec une passe lumineuse d'Henri Camara pour Khaliou Fadiga dont la reprise en demi-volée passe légèrement à côté. Apparemment, les Sénégalais avaient les moyens de tuer définitivement cette demi-finale, mais le manque le concentration sur la dernière action a été leur principal adversaire, car les partenaires de Nwankwu Kanu avait perdu leur anglais dans ce football sénégalais que le stade Modibo Keita venait enfin de découvrir.
Mais à force de dominer sans marquer, on s'expose au retour de l'adversaire, et c'est ce qui est arrivé à la 83ème minute, quand l'inévitable Julius Aghahowa (encore lui) profitait d'une mésentente entre Lamine Diatta et son gardien de but, pour violer enfin la cage de Tony Sylva. Tout venait ainsi d'être remis en cause, et le syndrome de Lagos 2000 revenait dans l'esprit des témoins de l'aventure -de la mésaventure plutôt- sénégalaise au Nigeria. Dès lors, tout devenait possible, comme nous le titrions dans notre édition d'hier. Chacune des deux équipes avait un pied en finale et le Sénégal jouait à 10 depuis la 34ème minute de la première mi-temps. La fin de la partie, encore comme en 2000, est sifflée sur ce score de parité de 1 but partout, et il faut recourir à des prolongations de deux mi-temps de 15 minutes.
La première période des prolongations fut très pénible pour des Sénégalais visiblement épuisés par la très forte débauche d'énergie. Mais en face également, les " Super Eagles " qui avaient déjà opéré à deux changements laissaient apparaître des signes d'épuisement. En pareille situation -El Hadj Diouf n'avait pas tort de le dire-, l'équipe la plus prête physiquement allait gagner. Cette fraîcheur physique semblait avoir abandonné les Nigérians qui avaient épuisé tous les changements possibles, alors que Bruno Metsu n'avait encore fait sortir qu'un seul joueur, Henri Camara.
Sur une échappée personnelle, Salif Diao cherche le une-deux avec El Hadj Diouf, qui lui rend la balle au point idéal où il n'avait plus besoin que d'armer son tir pour battre l'infortuné Ike Shorunmu. A deux 2 à 1, les " Lions " avaient encore un pied en finale et il ne restait plus qu'à assurer jusqu'au bout, et ils l'ont fait de fort belle manière. Le penalty obtenu par les Nigérians en fin de partie, à la suite d'une faute de Diatta sur Kanu, n'y fit rien, car le tir de Wilson Oruma est allé heurter le montant droit des poteaux de Tony Sylva. Les "Super Eagles" qui avaient l'avantage du nombre ont fini la rencontre à 9 avec les expulsions d'Aghahowa et Ifeanyi Udese.
D'un de nos envoyés spéciaux
LES EQUIPES
Sénégal : Tony Mario Sylva, Omar Daff, Pape Sarr, Aliou Cissé (cap), Henri Camara, Khalilou Fadiga, El Hadj Ousseynou Diouf, Lamine Diatta, Salif Alassane Diao, Ferdinand Coly, Pape Bouba Diop. Remplaçants : Souleymane Camara (Henri Camara, 92ème).
Ent. Bruno Metsu
Nigeria : Ike Shorumu, Joseph Yobo, Nwankwu Kanu, Isaac Okoronkwo, Taribo West, Finidi George, Augustine Okosha, Garba Lawal, Ifeanyi Eduze, Sunday Oliseh, Julius Aghahowa. Remplaçants : Tijani Babanguida (George Finidi, 67ème), Wilson Oruma (Augustine Okosha, 73ème), Karibe Ojigwe (Garba Lawal, 112ème).
Ent. Amodu Shaibu
Arbitres : Coffi Codjia (Bénin), Ali Tomusange (Ouganda), Gamal Al Hawari (Libye).
[ACONS]
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