Momar Dieng
8 Février 2002
Après quelques semaines de flottement consécutives aux attentats de New York, les mouvements antimondialisation ont profité de leur rencontre de Porto Alegre pour appeler à la résistance face à l'unilatéralisme américain dans la gestion du monde. Et pour la justice social.
Porto Alegre II, c'est déjà le passé. Cette contrée « rouge » du Brésil vient d'abriter le Forum social mondial, sorte de coalition de toutes les instances de lutte contre la mondialisation néolibérale. Mais en quittant le territoire brésilien, les mouvements sociaux venus de tous les coins de la planète se sont fait une conviction. "Nous construisons des solutions alternatives (à la mondialisation néolibérale), et nous les mettons en oeuvre de façon créative» pour faire face à un «système qui privilégie systématiquement le capital et le patriarcat sur les besoins et les aspirations des peuples». Ces alternatives, lit-on dans la résolution finale, deviennent des impératifs, car «le modèle économique néolibéral détruit les droits et les moyens d'existence des peuples» et participe considérablement à augmenter «l'exploitation sexuelle et les trafics de femmes et d'enfants».
Caractérisant la dette externe des pays du Sud, les mouvements sociaux exigent son annulation sans condition, car elle a été «remboursée plusieurs fois". Illégitime, injuste et frauduleuse, la dette fonctionne comme un instrument de domination au seul service d'un système d'usure internationale. Au contraire, en droite ligne du sommet de Durban en septembre 2001, il est demandé aux pays occidentaux «la réparation pour les dettes historiques, sociales et écologiques».
Pour Porto Alegre II, si les événements du 11 septembre ont bien introduit une rupture dramatique dans l'ordre international, il demeure inacceptable que les Etats-Unis s'appuient sur des méthodes terroristes qui préfigurent d'une «guerre globale permanente» dont l'objectif est de «renforcer la domination du gouvernement des Usa et de ses alliés». C'est cette face cachée du néolibéralisme, note la résolution, «brutale et inacceptable», qui satanise l'islam et exacerbe le racisme et la xénophobie grâce aux «médias de masse ( ) qui divisent le monde entre 'bien et mal'».
Solidaires avec les peuples de Palestine et d'Irak, des luttes syndicales et des salariés des secteurs traditionnel et informel, les mouvements en lutte pour une mondialisation «à visage humain » inscrivent leurs «combats dans l'urgence». Stigmatisant la débacle économique et financière de l'Argentine «causée par la politique d'ajustement structurel du Fmi», ils mettent sur le compte de la «banqueroute de l'économie casino» l'effondrement brutal et prévisible de la société Enron. Cette multinationale américaine, numéro un mondial dans le courtage d'énergie et reconnue comme ayant financé les campagnes électorales de George W. Bush depuis plusieurs années, a fait faillite et son patron, Kenneth Lay, reste introuvable. Fort critique à l'endroit des Etats-Unis, la résolution de Porto Alegre II souligne que l'Administration américaine, «dans ses efforts pour protéger les intérêts des grandes entreprises, s'est refusée avec arrogance à respecter les accords de Kyoto sur le réchauffement de la planète, les traités antimissiles et antibalistiques, les conventions sur la biodiversité, la Conférence de l'Onu contre le racisme et l'intolérance, les discussions sur les livraisons d'armes légères». Dans cette même perspective, les mouvements sociaux réaffirment le caractère illégitime de l'Organisation mondiale du commerce (Omc) dont «l'agenda de développement» est au service d'une marchandisation globale ( ) de la nourriture, des services publics, de l'agriculture, de la santé et de l'éducation.
Face à un «système dramatique» où «chaque jour des femmes, des enfants, des personnes âgées meurent de faim, ou faute d'accès aux soins médicaux», où «l'unilatéralisme des Usa sape les tentatives pour trouver des solutions multilatérales aux problèmes globaux», les mouvements 'antimondialisation' refusent de se laisser criminaliser. Si l'opposition à la guerre est constitutive de notre mouvement», affirment-ils, il reste que le «combat pour la paix et la sécurité collective implique de s'attaquer à la pauvreté, aux discriminations, aux dominations et de s'engager dans la construction d'une société durable et alternative».
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