Johnson MBENGUE
11 Février 2002
L'heure des pré-carrés est révolue. Finies aussi les rivalités entre francophones et anglophones en Afrique. C'est la conviction exprimée par Tony Blair, le Premier ministre britannique qui participait samedi dernier à une conférence sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique.
La guéguerre entre francophones et anglophones en matière de diplomatie en Afrique serait de l'histoire ancienne. En effet, selon le Tony Blair qui assistait samedi dernier à Dakar à une réunion sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) les décideurs ont l'opportunité, à travers le Nepad, de construire de nouvelles relations entre les pays anglophones et les pays francophones, entre la France et la Grande-Bretagne. «Je crois que le Nouveau partenariat entre les pays africains et le G8 peut être une possibilité pour construire un avenir pour l'Afrique de manière tout à fait différente. On m'a dit que c'est la première fois qu'un Premier ministre britannique visite le Sénégal. Je crois que je suis le premier Premier ministre qui a rendu visite à un pays francophone (d'Afrique). Cela est une chose vraiment étonnante. Il faut changer les méthodes de coopération, travailler pour l'avenir, travailler de concert, parce que nous avons maintenant les mêmes intérêts. L'histoire est derrière nous. Nous devons nous concentrer sur le futur. Tel est, à mon avis, l'importance du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad)», indique le Premier ministre britannique.
Pour Tony Blair, les pays occidentaux n'ont pas d'autre choix que d'aider l'Afrique à sortir du sous-développement s'ils veulent eux-mêmes vivre en sécurité. L'aide au développement au profit des pays africains doit être accru, estime-t-il. Le sommet du G8 prévu au Canada sera l'occasion pour définir à cet effet les mécanismes. «Je fais une fixation sur les mécanismes qui sont très importants puisqu'ils peuvent constituer une solution. D'autant plus qu'il y a beaucoup de discussions à faire avant de parvenir à des décisions idoines. Comme je l'ai dit tantôt, il y a nécessité d'avoir une nouvelle façon de faire la coopération».
Selon le Premier ministre britannique, le Nepad sera soutenu par le G8. Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique a désormais un avocat auprès du Groupe des 8 pays les plus industrialisés. «Je suis un défenseur farouche du Nepad, et je pense que ce qui est important est le niveau qui nous permet d'aller de l'avant. Nous pouvons dire que le Nepad va dominer l'agenda du G8. Et nous allons faire beaucoup d'efforts pour éponger de la dette», assure Tony Blair qui était, samedi dernier, face à la presse.
L'aide publique au développement ne serait qu'un élément du Nepad. «Le Nepad est un cadre et des principes qui engagent le Nord et l'Afrique pour définir les meilleures voies de financer le développement de l'Afrique pour l'amener au niveau des pays développés», indique Me Abdoulaye Wade. Sous ce rapport, le rôle du secteur privé est déterminant. Selon le président sénégalais, il faut à cet effet créer des conditions en rapport avec le G8 pour que le capital privé puisse s'investir en Afrique. «L'Europe, les Etats-Unis, le Japon se sont développés avec le capital privé. Il n'y a aucune raison qu'un continent aussi vaste que l'Afrique qui a les ressources matérielles et humaines n'arrive pas à cela», soutient Me Abdoulaye Wade. Un des initiateurs de la mise en place de ce programme régional, le chef de l'Etat sénégalais rappelle que le Nepad a été librement élaboré par les dirigeants africains eux-mêmes. «Ce qui fait la différence avec les projets anciens qui étaient faits par des experts et qui n'étaient jamais appliqués parce qu'ils n'avaient pas la caution des présidents. Alors que le Nepad est fait par les présidents, c'est-à-dire par les décideurs. Cela nous engage, et nous sommes en train de l'appliquer. La spécificité essentielle est l'approche régionale et non l'approche par Etat».
La mise en oeuvre du Nepad ne se basera pas seulement sur l'aide internationale mais sur tous les efforts «qui doivent être faits d'un côté comme de l'autre pour trouver la solution à ce gap qui sépare l'Afrique des pays développés.» Selon Me Abdoulaye Wade, le président français, Jaques Chirac, et le Premier ministre britannique sont deux avocats engagés et passionnés» pour défendre la cause de l'Afrique, et en même temps des partenaires.
La conférence de presse du Premier britannique qui a terminé, hier, sa visite au Sénégal, s'est déroulée en présence du Président ghanéen, John Kufor, du vice-président de l'Afrique du Sud, Jacob Juma, de Michel Camdessus, représentant le président français à la réunion «informelle» sur le Nepad tenu samedi dernier, du président de la Banque africaine de développement (Bad), Omar Kabbaj, du secrétaire exécutif de la Cedeao, Mohamed Ibn Chambas, du président de la commission de l'Uemoa, Moussa Touré, et du ministre de la Justice du Bénin.[ADF3]
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