Serigne Mour DIOP (avec Pape Fall, Sud Fm)
9 Février 2002
Le ministre des Sports, Joseph Ndong affiche une sérénité mesurée, à la veille de la première finale de Coupe d'Afrique des nations de l'histoire du football sénégalais. Toutefois, à travers ses contacts avec les "Lions", ces derniers lui ont communiqué une certaine confiance qui lui permet de croire que "ces garçons ne doutent de rien". Malgré tout, le patron du sport sénégalais ne cache pas le respect qu'il voue à l'équipe des "Lions indomptables", dont il reconnaît le professionnalisme. Interview
La victoire d'hier (interview recueillie vendredi 8 février) a été une victoire tout à fait particulière, parce que les jeunes ont mené cela d'une manière très, très courageuse. Il est évident qu'au moment où nous avons eu l'expulsion de Pape Sarr, beaucoup de Sénégalais étaient presque désespérés. Personnellement, j'étais sûr de la victoire. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais certain que nous allions gagner. Chaque fois que cela se compliquait, je ne perdais pas l'espoir de gagner. Effectivement, à la fin du match, il y a eu des supporters qui m'ont porté en triomphe. Je considère qu'ils l'ont fait pour dire qu'ils sont contents de leur équipe, parce qu'en ce moment-là, je symbolise autant l'encadrement administratif, l'encadrement technique que les joueurs eux-mêmes. Je pense que c'est pour cela qu'ils m'ont porté en triomphe. Je prends cela comme des félicitations et ça nous amène simplement à considérer que nous devons aller plus loin, franchir la dernière étape et amener la Coupe au Sénégal.
Quand vous dites, même avec l'expulsion de Pape Sarr, je n'ai pas douté, sur quoi fondez-vous vos certitudes ?
C'est parfois difficile de dire pourquoi on a une certaine confiance. Mais disons que ces jeunes que j'ai senti au départ, en train de chercher leurs marques, chaque fois dans des difficultés, marquer le but qui donne la victoire et avoir un certain comportement, chaque jour aussi que je vais les saluer, quand je leur parle, quand eux me répondent, quand ils expriment leur volonté, leur décision de mettre toutes leurs forces dans la bataille, je me dis quelque part qu'à ce niveau-là, qu'ils étaient trop décidés pour perdre. Et cela, d'autant que dans la matinée même, j'étais allé pour leur délivrer leur message traditionnel que je leur adresse avant chaque match, j'avais parlé au président de la République au téléphone, j'avais aussi reçu le message du Premier ministre et les messages de plusieurs sénégalais, je leur ai fait part de toute cette marque d'affection des autorités et du peuple sénégalais.
Un peu, avant de leur parler, j'ai salué Souleymane Camara et je lui disait : " Souleymane, mais la passe lumineuse que tu a faites à El Hadj Diouf a été une délivrance pour nous, parce que nous ne voyions pas El Hadj et ça nous inquiétait un peu. Tu as permis que cela puisse se faire ". Vous savez ce qu'il m'a répondu ? Il m'a dit, " Monsieur le ministre, vous n'avez encore rien vu ". Ce qui signifie vraiment une volonté et je me suis dit que celui-là, s'il entre dans un terrain, il fera tout ce qu'il peut pour gagner et puisque ce match-là était une rencontre capitale, je me suis dis qu'ils ne pouvaient pas le perdre. C'est un peu comme ça que j'ai senti la victoire.
Vous êtes monté au créneau en tant que ministre des Sports avec la création du Comité Foot 2002. L'Etat avait pris un certain nombre d'engagement quant aux primes. Pouvez-vous nous faire le point à ce niveau ?
Nous avons effectivement créé le Comité Foot 2002 pour épauler la Fédération qui, je le rappelle, est en pôle position. Cela permet au Ministère et à la Fédération de former un bloc pour mieux aider les joueurs et les rendre plus efficaces, autant pour la Coupe d'Afrique que pour la Coupe du monde. Et cela nous permet, régulièrement, de nous réunir, d'examiner les problèmes et de leur trouver des solutions pour l'efficacité des problèmes. Et, jusqu'au présent, tout cela s'est bien passé et, effectivement, du côté de ce dont les joueurs peuvent avoir besoin, nous avons pu avoir avec l'agent de Marketing toutes les dispositions qui avaient été prises, notamment pour les équipements des joueurs.
Pour ce qui est des primes, nous avons, au niveau du budget de l'Etat, régulièrement pris des dispositions pour que rien ne manque. Et, à ce jour, tout ce que nous devons payer aux joueurs, nous l'avons payé. Nous avons payé par exemple, aujourd'hui, il y a seulement une heure, les primes par rapport à la demi-finale. A ce jour, nous pouvons dire que nous ne devons à aucun joueur et à aucun encadreur aucune prime qui ne soit payée. Et nous sommes prêts, par rapport à la finale, à faire ce qu'il faut pour tout liquider afin d'être à jour. Autant dans ce domaine-là d'ailleurs, que pour le paiement des hôtels, de la restauration et de tout ce qui a été utilisé ici à Bamako.
Et quel est le montant de cette facture, en ce qui concerne les primes ?
C'est difficile à dire. Disons que c'est assez important, des centaines de millions. Je ne peux pas vous dire, tout de suite, que c'est tant mais nous avons presque franchi le milliard actuellement.
Ceux qui traitaient les " Lions " de gourmands lorsqu'ils demandaient la revalorisation des primes de qualification au Mondial seraient certainement les premiers à demander que les primes de la Can soient revues à la hausse, tellement leur équipe leur a fait plaisir
Les joueurs sont des garçons pétris de talent, mais ayant aussi un sens de responsabilité très particulier. Parce que, ce que j'observe, c'est que non seulement c'est des jeunes très volontaires, mais qui savent ce qu'ils veulent, mais qui savent aussi se donner intégralement. Donc, quand ils réclament des primes, nous discutons avec eux, cartes sur table. Nous leur disons voilà les moyens de l'Etat, nous ne pouvons pas faire ceci, nous pouvons faire cela et on s'entend. Et je crois qu'aujourd'hui, tout le monde a la preuve que ces jeunes-là ne sont pas mus par l'argent. Tels que vous les voyez, ce sont de très grands patriotes et vous l'avez constaté. Ils perçoivent beaucoup plus que ça, de l'autre côté. Simplement, ils veulent que l'on reconnaisse leurs efforts et ce n'est pas plus compliqué que cela.
Et je pense qu'effectivement aujourd'hui, beaucoup de Sénégalais seraient prêts à leur donner beaucoup plus. Mais je crois que ce qu'on leur donne est vraiment raisonnable, par rapport aux efforts que les Sénégalais font parce que, encore une fois, il faut reconnaître qu'il s'agit là de ce que le contribuable sénégalais fait pour son équipe nationale. Donc là, il faut relativiser et bien relativiser les choses.
Vous avez dû voir l'autre demi-finale entre le Mali et le Cameroun et certains Sénégalais ont déjà la frousse avec cette victoire éclatante: 3 buts à 0. Cela ne fait-il pas peur?
Ce qui est plaisant dans le match d'hier (avant-hier : Ndlr), ce n'est pas seulement d'ailleurs le score, mais la qualité du jeu des Camerounais. Je crois que nous avons affaire là à des gens qui sont très, très professionnels, qui font les choses de manière très précises et qui s'entendent comme des larrons en foire. Et forcément, la tâche ne sera pas du tout facile. Dimanche, ça va être vraiment l'enfer. Il faudra vraiment se battre.
De l'enfer au paradis, il n'y a qu'un pas
Justement, c'est pour cela nous souhaitons, au coup de sifflet final, que ce soit la victoire du Sénégal et, dans ce sens là, nous sommes en train de parler à tout le monde, de prendre toutes les dispositions. Et les joueurs, eux-mêmes sont extrêmement motivés, très motivés. Déjà, ce qu'ils ont fait en demi-finale, ils l'ont oublié. Ils viennent de me dire, nous, nous préparons pour la finale.
Quand vous les avez rencontrés ce matin (hier), qu'est-ce que vous leur avez dit?
Je n'ai pas le temps de discuter à proprement parler avec eux. Je les ai salués tout juste. J'étais plutôt à la réunion de coordination quotidienne que nous tenons pour évaluer les matchs. Les lendemains de match, nous les faisons le matin à 11 h et les autres jours, c'est à 22 h. Nous avons donc fait l'évaluation du match d'hier et nous avons tracé les perspectives pour ce qui concerne le prochain match. Quand je leur ai dit " félicitations ", ils m'ont répondu : " Monsieur le ministre, nous nous préparons pour dimanche prochain et vous allez voir ". Cela signifie vraiment leur engagement.
Quel discours allez-vous leur tenir avant la finale?
Nous allons nous préparer à cela. En tout cas, avant la finale, nous aurons un entretien avec eux, soit le samedi soit, soit le dimanche matin. Toutefois, il y a quelque chose qui demeure, c'est qu'il faut qu'ils sentent que tout le Sénégal a mis ses espoirs sur eux. Que ce soit les autorités politiques, administratives et religieuses et tout le peuple sénégalais prient pour eux et je crois qu'ils sentiront tout cela. Nous allons le leur exprimer avant qu'ils n'aillent sur le terrain.
Pouvez-vous dire un mot sur l'organisation?
De ce point de vue, c'est une des plus grandes satisfactions les plus importantes que nous avons eus. Il faut avouer qu'au départ, nous avions quelques doutes. Quand nous sommes venus pour le tirage au sort des groupes, et que nous avons vu l'état de préparation, nous avons eu quelques doutes, parce qu'il y avait beaucoup de choses qui n'étaient pas prêtes et beaucoup de questions qui n'avaient pas encore trouvé de réponses. Mais au fil de jours, quand la Coupe d'Afrique s'est déroulée, je voudrais féliciter les autorités maliennes. D'abord pour les importants moyens qui ont été déployés, mais aussi pour l'abnégation et l'engagement quotidien dont les Maliens ont fait montre pour l'organisation de cette Coupe d'Afrique des nations. Il y a surtout une idée lumineuse du président Alpha Omar Konaré qui est le " Jatigiya ", qui a permis à chaque équipe de se retrouver chez elle, ici au Mali. Nous, nous avons été reçus à la Commune V, d'autres équipes dans d'autres communes. Vraiment, nous nous sommes sentis comme chez nous parce que ceux-là nous recevaient, s'occupaient de nos supporters et tout cela, à mon avis, est conforme à l'esprit de l'hospitalité africaine que nous appelons la " Téranga ", et ça s'est traduit dans l'organisation. C'est cela le défi relevé par le Mali.
Propos recueillis par un de nos envoyés spéciaux
ECHOS CAN
Danse: "Après la victoire, les jeunes de la chorale des assiko de Reubeuss sont venus à l'hôtel Rabelais pour me dire : Monsieur le ministre, nous sommes venus pour danser avec vous. Ils m'ont obligé à entrer dans la danse et, naturellement, je me suis laissé aller. Nous sommes restés là jusque tard ans la soirée. D'ailleurs, le président Souris (El Hadj Malick Sy) m'a dit: vous allez avoir besoin d'être massé après tout le temps que vous avez dansé. Mais je n'étais pas inquiet, puisque mon épouse, Michèle est là. C'était vraiment beau et nous avons fêté notre victoire ensemble ". Joseph Ndong dixit. No comment!
[ACONS]
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