Amadou Fall
9 Février 2002
A mi-parcours entre le Sommet du G8 à Gênes et celui qui va se tenir en juin prochain à Kananaskis, au Canada, 13 chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique, dont les principaux concepteurs du NEPAD, les présidents Wade, Mbeki, Obasanjo et Boutéflika, étaient hier au Palais de l'Elysée, pour, avec le président Jacques Chirac, faire un point d'étape et reprofiler le nouveau partenariat à instaurer entre le continent noir et le reste de la communauté internationale. Kananaskis devrait en quelque sorte marquer le point de départ de cette nouvelle donne, "non point par des résolutions sympathiques sans lendemain, mais par des décisions et engagements concrets qui feront véritablement décoller le NEPAD", selon les termes mêmes de Jacques Chirac.
Le président Français, qui s'est pendant longtemps désolé du "déclin inacceptable" de l'aide au développement, alors que s'élargit le fossé entre les pauvres et les riches, "malgré ses appels répétés pour un appui financier conséquents aux efforts de l'Afrique pour la paix et le progrès sur le continent", commence à voir des signes encourageants, des changements positifs dans l'attitude des pays les plus industrialisés du monde. Il a vu dans la "présentation convaincante" que le président Wade avait fait du Nouveau Partenariat pour le Développement en Afrique, lors du Sommet du G8 en juillet 2001 à Gênes, le vecteur déterminant qui a amené les membres du G8 à vouloir s'engager dans des relations beaucoup plus porteuses de croissance et de développement avec l'Afrique. Ainsi, "ils ont décidé d'apporter des réponses concrètes, lors de leur réunion de juin prochain à Kananaskis", a révélé hier Jacques Chirac.
STRATEGIE GLOBALE
De hauts représentants, spécialement désignés à cet effet, travaillent depuis quelque temps sur les propositions à soumettre tout prochainement au G8. Il s'agit notamment de Michael Camdessus anciennement Directeur général du Fonds Monétaire International, de la Baronne Valerie Amos, Secrétaire d'Etat, représentant personnel du Premier ministre de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et de Robert Fowler, conseiller diplomatique et représentant personnel du Premier ministre de Canada. Et d'autres personnalités et personnes-ressources de qualité.
Ces représentants personnels de chefs d'Etat et de gouvernement du G8 se sont déjà retrouvés par deux fois, à Londres à la mi-octobre et à Addis-Abeba en décembre dernier, à huit d'abord puis avec les représentants africains. Ces réunions de travail ont permis d'assurer que l'Afrique voulait assumer son autorité sur son propre développement, en mettant l'accent sur la bonne gouvernance, à la fois économique et politique, dans le cadre d'une stratégie globale à même d'attirer les investissements publics et privés, vers des secteurs prioritaires préalablement définis par les Africains eux-mêmes.
SIGNAUX CLAIRS
C'est d'ailleurs sur cette base nouvelle et sur proposition de la France que le G8 avait adopté le "Plan de Gênes pour l'Afrique", qui spécifie son soutien au NEPAD et affirme sa volonté de faire progresser concrètement ce processus à l'occasion du Sommet de Kananaskis. C'est donc pour étoffer son plaidoyer pour le NEPAD, en restant sur la même longueur d'onde avec les chefs d'Etat africains, que le président Français a fait le point hier avec eux au Palais de l'Elysée, pour conforter ou, le cas échéant, infléchir des propositions qui seront soutenues à Kananaskis.
Leurs échanges d'hier ont, en bonne partie, tourné autour des questions de bonne gouvernance, de paix civile et de démocratisation. Ce sont des valeurs et principes mis en avant dans le NEPAD, car étant des facteurs de stabilité sans lesquels il ne saurait y avoir de développement durable. Donnant des signaux clairs et objectifs à leurs partenaires extérieurs, les Etats africains entendent les préserver et les renforcer. Comme ils cherchent dans la même logique, à désarmer les critiques qui leur sont faites sur l'inefficacité de l'aide publique ou sur sa mauvaise utilisation, lesquelles critiques ont jusque-là tendu à justifier son tarissement.
Au plan institutionnel, l'on s'est préoccupé, hier à l'Elysée, de savoir comment faire efficacement fonctionner le NEPAD et matérialiser le partenariat qu'il cible, en veillant à ce qu'il soit bien en phase avec les objectifs et programmes de l'Union Africaine et avec les autres dispositifs et organisations qui concourent au développement de l'Afrique. Ce qui est recherché, selon le président Chirac, est "une vision qui fasse ressortir la valeur ajoutée du NEPAD, pour donner plus de cohérence et d'efficacité aux actions déjà entreprises. Plus de moyens aussi". Tout cela, pour, en rendant opérationnel le NEPAD, permettre à l'Afrique de combler ses retards pour mieux s'intégrer dans l'économie mondiale, relever le niveau de vie de ses populations, dans l'optique du développement durable. Le Sommet de Kananaskis devra donc être "un point de départ et non point un point d'atterrissage pour cet avion qu'est le NEPAD", pour reprendre la formule imagée du président Chirac. Lors de la conférence de presse commune donnée à l'issue de sa rencontre avec les chefs d'Etat africains, il a convenu qu'"il n'est plus acceptable ni admissible qu'on laisse se développer un système dans lequel il y a de plus en plus de riches et de nombreux autres sur le bord du chemin. C'est une impérieuse obligation que de s'associer avec eux sur des bases modernes, dans le respect mutuel".
PARTENARIAT MODERNE
Et si cela se fait dans l'esprit et la lettre du NEPAD, ce partenariat moderne se réalisera autant au bénéfice de l'Afrique que des développés, selon le président Wade. "L'aide au développement continuera sans doute d'être indispensable pendant un certain temps, mais nous aurons beaucoup plus besoin d'investissements pour développer l'Afrique. Le secteur privé viendra en Afrique dans la mesure requise, si nous en créons les conditions", selon une conviction de Me Wade, partagée par ses pairs.
Des conditions ou des conditionnalités ? Il faudra accepter avec le président Chirac que les bailleurs de fonds se soucient de la manière dont l'argent qu'ils engagent en Afrique est utilisé, que les investisseurs privés demandent également des garanties et que les Africains aient la capacité de donner des garanties et de réaliser le modèle de développement sous-tendu par le NEPAD.
La réalisation de ce partenariat nouveau serait, pour l'Egyptien Hosni Moubarak, le meilleur rempart qui puisse être contre la violence et le terrorisme, dont la pauvreté serait la pire forme, selon le mot de Gandhi. Le président Moubarak a appelé les pays développés à encourager les investissements dans le développement, à prendre des initiatives plus hardies de réduction du fardeau de la dette, "sinon aucun pays au monde ne sera plus à l'abri du terrorisme".
Et l'OUA dans tout cela ? Par la voix de son président en exercice, le Zambien Levy Mwanawasava, l'organisation considère que le NEPAD est le seul moteur véritable pour le développement de l'Afrique. "Nous l'avons adopté comme un plan émanant de l'OUA et engageons tous les Etats membres à le soutenir", dira-t-il. C'est donc toute l'Afrique qui devrait se reconnaître en ce nouveau partenariat, avec le monde industrialisé, pour la pleine réalisation de ses objectifs de développement.
LISTE DES PARTICIPANTS A LA RENCONTRE
Jacques Chirac, président Français 1. Abdoulaye Wade, président Sénégalais
2. Abdelaziz Boutéflika, président Algérien
3. Blaise Compaoré, président Burkinabé
4. Joaquim Chissano, président Mozambicain
5. Paul Biya, président Camerounais
6. Hosni Moubarak, président Egyptien
7. Daniel Arap Moi, président Kenyan
8. Omar Bongo, président Gabonais
10. Levy Mwanawasa, président Zambien
11. Jacob Zuma, vice-président Sud-Africain
12. Meles Zenawi, Premier ministre Ethiopien
13. Anerood Jugnauth, Premier ministre Mauricien
14. Robert Fowler, conseiller diplomatique du Premier ministre Canadien
15. Valérie Amos, secrétaire d'Etat, représentant du Premier ministre britannique.[ADF3]
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