Jean Meïssa DIOP
12 Février 2002
La Rts n'est pas une "lionne" de l'audiovisuel. Loin s'en faut ! Décevante, notre télévision l'a été dans la retransmission de l'accueil délirant que tout le peuple sénégalais a réservé hier aux Lions - de vrais ceux-là - revenus de la Coupe d'Afrique des nations à Bamako avec un titre de vice-champion. Que ne nous a-t-on pas servi un direct, ne serait-ce que de la phase «aéroport» ? L'avion survolant le ciel dakarois, avant de se poser sur le tarmac, la descente des «Lions» par l'échelle de coupet, le bain de foule, l'embarquement à destination du palais tout cela serait de nature à conférer plus de grandeur aux déploiements. Mais la Rts manque de moyens. Et ça se voit. Ça se paye aussi. A défaut donc du live, la Rts s'est livrée à un tour de passe de passe qui a cassé toute la spontanéité qu'aurait dû avoir cet événement pour ceux qui le suivaient à la télévision qui, cette fois-ci, est encore, comme lors de la retransmission des rencontres de la Can, a été battue à la vitesse par les radios.
Au fait, en quoi a consisté le différé de la Rts ? Une équipe filmait et les rushes (éléments audiovisuels bruts) étaient envoyés au fur et à mesure à Triangle-Sud pour être diffusés aussitôt réceptionnés. C'est cela qu'on appelle un expédient. Et les dépités de ce jeu se sont tournés vers les radios qui nous faisaient écouter le coeur battant des foules. De ce côté, l'audiovisuel sénégalais a ses "lionnes".
La Rts - je veux dire la télé de l'expédient - croyait à une victoire des «Lions» et avait préparé les slogans pour saluer le triomphe. Elle avait d'ailleurs, vraisemblablement, décidé de ne croire qu'à cela et à rien d'autre qui ressemble à une défaite. Exactement comme quelqu'un qui attend le succès inexorable et met au givre une bouteille de champagne en attendant le grand moment pour sabler le nectar. Mais le sort en a été décidé autrement. Qu'importe, s'est-on dit, du côté de Triangle-Sud. Et on a quand même sorti les slogans de la victoire, barrant l'écran : «Le Sénégal qui gagne, nous y croyons.» Les supporters, gagnés par l'amertume en ce moment, ont dû avoir ressenti un malaise accru. Ça ne collait pas à l'événement. Parce que, cette fois-ci, le Sénégal n'a pas gagné. Peut-être qu'il aurait fallu trouver quelque chose du genre «Même quand il perd, ce Sénégal, nous y croyons». Ce ne serait pas rabat-joie, ce serait optimiste et ce serait consolant. Il faut savoir s'adapter aux occurrences. Sauf à considérer que la défaite de Bamako est une victoire sur le passé fait de contre-performances effarantes, de prestations moyennes et d'autres exploits néanmoins en deçà de celui de Bamako.
Il faudra s'attendre à des débats sur ce que Metsu aurait dû faire ; sur si El Hadj Diouf aurait dû tirer un penalty sur plein de détails de ce genre. Alors qu'on a tellement parlé durant la Can et dimanche dernier sur les radios, surtout Walf Fm. Ne nous remettez pas des débats de ce genre s'il vous plaît. Ça suffit, on en a trop entendu de la part d'un peuple d'entraîneurs et de stratèges, mais dont on n'est même pas sûr que les plans préconisés seraient porteurs de succès face à l'adversaire. On a sans doute, par le passé, exécuté des schémas similaires à ceux suggérés sans que jamais le succès ne vînt. Faites-nous écouter autre chose !
Les reporters sportifs de Radio France internationale sont out, sauf des sénégalophiles. Non contents de s'être attachés les services d'un consultant Joseph-Antoine Bell dont on comprend les laborieux efforts à étouffer sa fibre patriotique, mais aussi sa fine sénégalienne, voilà que ces journalistes - avec à leur tête le spécimen Gérard Dreyfus - se sont mis à clamer que «c'est dix Sénégalais qui ont battu neuf Nigérians». Ils oubliaient que le même nombre de Sénégalais a mené à la marque une équipe intacte nigériane, avant que celle-ci n'égalise et se fasse battre et de perdre deux joueurs expulsés.
C'est la même Rfi qui parlait d'un Sénégal qui a battu grâce à sa grande motivation. Il y a eu heureusement le capitaine Aliou Cissé pour lui rétorquer que c'était plutôt une qualité de jeu. En effet, la seule motivation ne suffit pour gagner, il faut aussi du talent. On ne devrait pas apprendre les nuances du français à des journalistes payés par une radio d'un pays qui a inventé la langue française, avant de nous la fourguer.[ACONS]
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