Mamadou B. TRAORE
12 Février 2002
En 600 minutes de jeu, les «Lions» n'ont réellement produit du jeu digne d'intérêt que pendant environ 200 minutes. Ils ont surtout servi une production loin des attentes, misant plus sur des individualités que sur un collectif encore tatillon. Le grand potentiel du Sénégal reste encore inexploité. C'est le chantier que Bruno Metsu doit investir dans les quatre mois à venir, afin de mettre sur les rails une machine parée pour la Coupe du monde.
BAMAKO - Six matches (4 remportés, 2 nuls) joués, six buts marqués, un encaissé, vingt-deux joueurs utilisés, avec à la clé un honorable titre de vice-champion d'Afrique. Le Sénégal peut être satisfait de sa participation à la 23e édition de la Coupe d'Afrique des nations (Can) qui vient de prendre fin au Mali. Plus que la promenade annoncée par le président de la République, cette compétition a été une véritable course d'obstacles pour les «Lions ». Pour un mondialiste, l'exercice était une belle opportunité d'étalonnage dans la perspective de la Coupe du monde prévue en mai-juin prochain. Elle a servi au Sénégal, puissance montante du ballon rond continental, de confirmer sa percée en disputant la première finale de Can de son histoire.
Pour un football abonné, jusqu'à une date récente, aux déboires, le chemin parcouru est immense. Comme l'est le chantier menant au Mondial. Au-delà du résultat final, les péripéties du rendez-vous de Bamako ont mis en évidence nombre de facteurs limitants sur lesquels il urge d'agir pour faire franchir à l'équipe nationale une nouvelle étape conforme au standing international. A commencer par le projet de jeu. Il a été laborieux durant une bonne partie de la Can. En fait, en 600 minutes de jeu, les «Lions» n'ont réellement produit du jeu digne d'intérêt que pendant environ 200 minutes, c'est-à-dire lors des quinze dernières minutes de jeu contre la Zambie en match de poule, de la première période face à la Rdc en quart de finale, en demi-finale devant le Nigeria et pendant la première demi-heure de la finale contre le Ca-meroun.
Sinon, pour le reste, bardés de leurs certitudes («seule la victoire est belle»), ils ont surtout servi une production loin des attentes, misant plus sur des individualités que sur un collectif tatillon. Pire, le Sénégal semble avoir régressé dans le jeu, malgré la montée en puissance notée dans la seconde partie de la compétition. Les craintes nourries à propos de la capacité de la charnière centrale sont justifiées. Le duo Aliou Cissé (pourtant auteur d'une Can fort courageuse) - Lamine Diatta (auteur d'une bonne entame, avec un but à la clé face à l'Egypte, avant de sombrer dans des erreurs de débutant) a fait montre d'une fébrilité inquiétante. Fadiga et Henri Camara, deux autres hommes de base de Metsu, n'ont pas été à la hauteur de leur rendement habituel, dans cette Can. Le gros de l'effectif a d'ailleurs fait dans la perf moyenne. Les rares individualités à s'être sorties du lot sont Tony Sylva, El Hadj Diouf, Salif Diao (les deux premiers figurent dans l'équipe dressée par la Caf à l'issue du tournoi, et le dernier y est remplaçant), Souleymane Camara (un précieux joker), Pape Bouba Diop (titularisé sur le tard), Omar Daff, Oumar Diallo, Pape Malick Diop et Habib Bèye. Ces trois derniers se sont illustrés sur un seul match, celui de Kayes, face à la Tunisie.
Cette performance d'ensemble assez poussive a contribué à écorcher la respectabilité qui l'avait précédé à Bamako. Le mauvais état des terrains et la pression découlant de leur statut de favori, évoqués dans les rangs des «Lions» comme motif du «déficit de jeu», n'expliquent pas tout. La gestion approximative du groupe, la difficile cohabitation des ego, le coaching pas toujours inspiré ont aussi, entre autres, été des facteurs limitants. A ce propos, le confort dans lequel l'entraîneur national a installé les éléments de son équipe de base, n'est pas propice à la compétition, facteur d'émulation d'un groupe. Les situations de position acquise n'ont jamais transcendé un groupe. L'immense potentiel du Sénégal reste encore inexploité. C'est le chantier que Bruno Metsu doit investir dans les quatre mois à venir, afin de mettre sur les rails une machine parée pour la Coupe du monde. Compétition dans laquelle il faudra montrer des arguments autrement plus convainquants pour se sortir d'affaire face à de gros calibres.[ACONS]
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