Tiergou Pierre Dabire Envoyé Spécial à Paris
12 Février 2002
Le Palais de l'Elysée a réuni treize chefs d'Etat africains autour du président français, Jacques Chirac, le 8 février dernier. Le président Compaoré a représenté l'Afrique de l'Ouest à cette rencontre sur le "Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD en anglais, COPADA en français). La raison d'être de ce sommet est de faire le point sur l'état d'avancement de ce programme avalisé par le sommet de Lusaka en juillet 2001.
Une fine pluie froide et pénétrante a accompagné les chefs d'Etat africains (voir encadré) ce 8 février à l'Elysée. Le ballet des Safrane a commencé à 9 h 30 (heure de Paris) et a pris fin aux environs de 10 h. Tour à tour, le président français a accueilli ses convives qui, sur le perron de l'Elysée, qui au bas des escaliers.
Puis les quatorze chefs d'Etat et de gouvernement, auxquels se sont joints les représentants des autorités du Canada, de Grande Bretagne se sont enfermés pour un huis clos officiellement prévu pour durer deux heures.
"A mi-parcours, entre le Sommet du G8 à Gênes et celui du Canada en juin prochain, le moment paraît donc venu de recueillir les premières orientations, les premières réactions qu'elles appellent, de faire un point d'étape pour confronter, enrichir, ou le cas échéant, infléchir des propositions qui seront soutenues à Kananaskis (Canada) et qui donneront ... le point de départ de ce nouveau partenariat". M. Jacques Chirac a dans son mot de bienvenue, situé l'objet de la rencontre de Paris qu'il a qualifiée "d'informelle". Une rencontre informelle mais qui doit répondre à des préoccupations majeures.
Le président français en a recensé quelques unes. Les Africains doivent démontrer aux yeux de l'opinion internationale et principalement de leurs partenaires qu'ils ont la volonté politique d'aller à la bonne gouvernance, à la paix civile et à la démocratisation. Les alliés demandent des signaux clairs et objectifs. Ensuite à quoi devra être arrimé le NEPAD ? Est-ce une structure de l'Union africaine ? Est-ce une nouvelle organisation ? Prend-t-elle en compte la diversité des situations ? Une troisième interrogation est relative à l'articulation du NEPAD avec les autres dispositifs existants déjà. La plupart des Etats africains ont conclu des accords avec l'Union européenne dans le cadre de la Convention de Cotonou. Un dialogue Europe-Afrique est en train de se formaliser. Quelle place et quels moyens pour le NEPAD ? Un autre défi est de savoir quel contenu (2) pour le NEPAD. Jacques Chirac constate l'ampleur des besoins des populations, les attentes fortes des Africains pour des retombées rapides et visibles. Quelles priorités retenir ? Quelle participation du G8 et par où ?
L'implication du secteur privé est l'une des clefs de voûte de la démarche du NEPAD. Les chefs d'Etat africains ont à répondre à la question : quel environnement indispensable pour le développement des investissements privés ?
En route pour Kananaskis
Au bout de trois heures de réflexions, d'échanges et de propositions, les chefs d'Etat ont mis fin à leur concertation.
Le président Jacques Chirac entouré des principaux initiateurs du NEPAD, a livré les résultats à la presse.
Les porte-parole de la conférence ont affirmé qu'il existe une volonté réelle des Africains à prendre en charge leur développement. Ils ont pensé, conçu et entendent mettre le NEPAD en oeuvre par eux-mêmes. L'Afrique, argumentent-ils, représente un potentiel formidable tant du point des matières premières, de la consommation que de la culture. Développer l'Afrique équivaut à apporter un plus à l'économie mondialisée.
Le NEPAD est un partenaire de la globalisation. Un marché de 700 millions de consommateurs pourrait ainsi s'ouvrir. Il faut que nous sachions attirer les investisseurs, explique le président Wade du Sénégal qui ajoute que "les chefs d'Etat africains ne sont pas venus à Paris pour tendre la main".
La volonté d'assurer la sécurité et la prospérité commune est mise en relief dans le cadre du NEPAD. Depuis les événements du 11 septembre à New York et Washington, note le président Olusegun Obasanjo du Nigéria, il ne suffit plus d'être surarmé pour être en sécurité. La technologie de pointe n'apporte pas non plus la sécurité. L'abondance des matières premières ne constitue pas une source de prospérité et un facteur de réduction de la pauvreté. Pour y parvenir, les dirigeants du monde doivent prendre leurs responsabilités.
Le NEPAD, dit-il, est une part de la réponse des Africains. Le président égyptien ajoute que : "la pauvreté est la pire des formes du terrorisme". Il insiste pour un allègement de la dette dans les meilleurs délais.
Si un retard est accusé dans ce domaine, cela crée le terreau fertile au terrorisme et la guerre contre le terrorisme ne peut être qu'internationalisée.
Le sommet informel de Paris constitue une étape, selon le président français ; une étape qui donne des motifs d'aller de l'avant ... vers le Sommet du G8 au Canada en juin 2002. Mais beaucoup reste à faire. Les représentants des chefs d'Etat et de gouvernement se réunissent à Pretoria les 14 et 15 février 2002, à Dakar du 11 au 13 avril, à Maputo du 16 au 18 mai, M. Jacques Chirac a invité ses pairs africains à se mobiliser pour le Sommet de Monterrey (Suisse) en fin mars. Cette rencontre convoquée par les Nations unies vise à stimuler le financement du développement. Le locataire de l'Elysée souhaite une forte présence africaine à ce rendez-vous.
Kananaskis va donner une impulsion forte au NEPAD. La station de skis canadienne devra marquer le point de départ de l'initiative africaine, si l'on en croit le président Jacques Chirac.
La balle est dans le camp des Africains qui ont déjà répondu ou ont quelques mois pour peaufiner le plan d'action de partenariat.
Si certaines questions exigent des harmonisations de points de vue et de politiques entre dirigeants africains, d'autres attendent des réponses concrètes. La réunion de Paris semble avoir tranché quelques unes.
Le NEPAD est intégré à l'Union africaine comme bien d'autres programmes ou plans d'action. Selon les propos tenus par M. Levy Mwanawasa, président de la République de Zambie et président en exercice de l'OUA. D'autres sources autorisées estiment que la question est toujours en discussion.
Le NEPAD épouse les configurations régionales et non nationales, selon le président Wade. Et c'est l'une des originalités de la démarche, qui encourage l'intégration sous-régionale et régionale, comme l'une des meilleures voies pour le développement. Les prochaines rencontres au niveau africain affineront le contenu de cette ambitieuse initiative.
Quant au secteur privé, les responsables africains et français expliquent qu'il a fait ses preuves dans le développement de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Et ici, il doit jouer son rôle, estiment les participants. 64 milliards de dollars par an, tel sera l'investissement demandé aux privés, aux bailleurs publics. L'argent est disponible selon les exégètes.
De sources bien informées à l'Elysée, "l'Afrique devra mettre les bouchées doubles pour être prête d'ici à quatre mois". Si elle rate cette échéance, elle devra attendre la prochaine en 2003 en France. D'ici à là, beaucoup de choses peuvent avoir évolué.[ADF3]
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