Sud Quotidien (Dakar)

Afrique: Bilan de la Coupe d'afrique des nations de football 2002 l'Afrique sous influence

(sport 24)

13 Février 2002


analyse

Le tournoi terminé, l'heure est au bilan. Celui-ci est bien triste au regard du niveau de jeu pratiqué. Le faible nombre de buts est malheureusement bien représentatif d'intentions offensives limitées et de l'"européanisation" du football africain.

Une Can rigoureuse

La surprise ne fait plus partie du monde africain. Que ce soit en Coupe d'Afrique des Nations ou lors des apparitions de ses représentants en Coupe du monde, le Continent noir nous réservait toujours quelques révélations. Comment oublier l'Algérie en 1982 ou le Cameroun en 1990, voire le Nigeria en 1994 ? Des équipes qui cherchaient surtout à attaquer, de manière parfois désordonnée, mais avec les meilleures intentions du monde. Mais, depuis l'époque où les recruteurs allemands, belges ou français scrutent les perles africaines pour découvrir le nouveau George Weah, le sorcier blanc est de plus en plus présent sur les bords des terrains. On ne compte plus les sélectionneurs européens, recrutés et présentés tels des redresseurs de tort, venus imposer leur vision du jeu toujours plus rigoureuse, qui oblige les joueurs à évoluer contre nature. Venus pour abolir définitivement la "naïveté tactique" des Lions Indomptables, Winfried Schafer, qui ne communique que par gestes étant donné sa méconnaissance du Français, aura connu une réussite pleine, dans cet exercice tout du moins.

Le Cameroun a sa nouvelle arme

En 5 matches, les Camerounais n'ont encaissé aucun but, mais sont loin d'avoir effectué une campagne aussi magique que leur succès olympique de 2000, ou même leur dernier sacre continental. Comme pour le Cameroun, la défense aura finalement été la marque de fabrique de cette Can. En dépit d'un florilège de talents offensifs, le Sénégal et le Nigeria, qui complètent le podium de cette édition, ont plus brillé par leur solidité défensive que par leur ingéniosité offensive. Cette rigueur, les joueurs semblent certains de ne pouvoir l'obtenir qu'avec un entraîneur étranger. Double champion d'Afrique, Laurent Etame n'hésite pas à accentuer les clichés : "Nous savons tous comment fonctionnent les Allemands. Ils sont très disciplinés et cela nous aide. Le mélange de tout cela nous rend plus fort". Même son de cloche chez son coéquipier Geremi. "Nous avons un peu de touche allemande. Nous avons de la chance de l'avoir, il nous a permis de combler une certaine absence disciplinaire", concluait le joueur du Real Madrid.

Prudence !

Du point de vue du jeu, ce changement d'entraîneur s'est surtout traduit par une organisation où le physique prônait sur la technique, avec un abus de balles longues sans véritable soucis de construction. Malgré les qualités individuelles de ses joueurs, le Cameroun a peiné pour se défaire de ses premiers adversaires, ne s'imposant que sur coups de pied arrêtés ou exploits personnels devant la République Démocratique du Congo et la Côte d'Ivoire. Rares sont les équipes qui ont réussi à véritablement déstabiliser un adversaire. Ce constat se vérifie d'ailleurs jusque dans les chiffres, puisque la moyenne de buts est tombée à 1,5 buts par match. De même, en prenant les 24 rencontres du premier tour, on s'aperçoit que 10 ont accouché d'un résultat nul (dont 7 sur un score vierge) et que 10 autres ont débouché sur une victoire par un but d'écart. Une faible différence de niveau qui peut s'expliquer par le mauvais état des terrains, mais aussi, et surtout, par le soucis de ne pas encaisser de but, largement primordial à celui d'en marquer plus que l'adversaire. Regrettable.

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Attention à la chute

Si le Cameroun a toutes les chances de bien figurer lors de la prochaine Coupe du monde, on pourra toujours regretter ce manque de liberté donné aux joueurs. Du côté des pays africains, le jeu pourra toujours être plus pesé, plus mesuré qu'il ne l'était auparavant, mais il ne sera jamais aussi calculateur et aussi tactique que celui d'une formation européenne. A ce jeu de la patience et de la prudence, les formations africaines risquent de connaître plus de déceptions que de joies lors du prochain Mondial, avec les regrets en prime. Comment oublier la prometteuse Tunisie d'Henri Kasperczak lors de la dernière Coupe du monde, prudente au point de ne rien tenter avant d'être menée au score ?

[ACONS]

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