Le Soleil (Dakar)

Afrique: Les écrivains à l'heure du NEPAD: La Grande Afrique écrite à l'encre de la solidarité

HABIB DEMBA FALL

13 Février 2002


Fama Diagne Sène, lauréate il y a quelques années du Grand Prix du président de la République pour les Lettres, incarne peut-être le symbole de cette nouvelle orientation que les écrivains veulent donner à leur action. Au micro, il est revenu à l'auteur du "Chant des ténèbres" de lire une des résolutions du Symposium littéraire international.

Dans cet après-midi du samedi, la parole se veut aussi action. "Les écrivains témoignent leur compassion aux frères du Sénégal, du Congo, du Nigeria et d'Algérie, victimes de calamités. Ils exhortent les Organisations gouvernementales et Non-Gouvernementales à poursuivre leurs actions en faveur des populations", lit-elle. Un signe. Car réunis à Dakar toute la semaine dernière, la cinquantaine écrivains d'Afrique et du reste du monde en sont repartis au moins avec une certitude, et pas n'importe laquelle: "les écrivains ne sont pas seulement des faiseurs de rêves ; ils sont aussi des forgeurs de destins et de réalités".

La formule est d'Alioune Badara Bèye, président de l'Association des Ecrivains du Sénégal (AES), aux derniers instants du banquet des "bailleurs de conscience". Bailleurs de consciences ? Parce que les romanciers et versificateurs s'étaient lancé un défi articulé autour de leur rôle dans la construction de la Grande Afrique. Au final, ils en sont arrivés à la conclusion selon laquelle il n'existe pas un destin du continent distinct du destin de ses écrivains. Ces derniers doivent être les acteurs du développement du continent au même titre que les économistes et les politiques. "Les débats nous ont permis de comprendre que l'angoisse des écrivains face au destin de l'Afrique est une source de motivation complémentaire", certifie le président de l'AES.

Aussi, les écrivains font-ils part de leur "angoisse face aux conflits armés, à la mainmise des multinationales". C'est une question de "responsabilités" face auxquelles il ne faut guère se débiner. Sur ce terrain, affirme M. Bèye, l'AES et les associations soeurs se sont donné la main pour de meilleurs gages de réussite. Une convention signée entre les écrivains sénégalais et cap-verdiens entre dans ce cadre, de même que les démarches entreprises en faveur des écrivains emprisonnés pour leur opinion ou tout simplement interdits de sortie. Une solidarité saluée par Gaoussou Diawara, un des doyens, venu du Mali, comme devant "jouer un rôle primordial". Le bâillonnement est justement une forme de violence.

Et les écrivains ne veulent pas de ce phénomène. Dans une autre résolution lue par Silcarneyni Guèye, poète et ambassadeur du Sénégal au Cap-Vert, il est recommandé aux écrivains de "s'engager face à toutes formes de violence : mal gouvernance, pauvreté, exclusion, terrorisme, conflits, génocides", dans le cadre d'un "réarmement culturel nécessaire face aux visions de développement, notamment le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD)".

Chez les écrivains, ce "réarmement culturel" n'est pas une formule creuse. Loin de là, pense Atukue Okaï, le Secrétaire général de l'Association Panafricaine des Ecrivains (PAWA). "Le développement culturel recherché n'est pas abstrait. Des personnes responsables ne peuvent pas se réunir pour mettre au point un dessein destructeur", formule-t-il.

Cette année, une des innovations de ce symposium biennal est l'ouverture au PEN-International, cette "République des Lettres" forte de 90 nationalités. Son Secrétaire général, Terry Carlbom, présent à Dakar, a axé son propos sur les valeurs des uns et des autres face à la mondialisation. "Cette mondialisation a-t-elle créé un monde de lâches liés par des liens invisibles?", s'interroge-t-il. Et M. Carlbom de donner sa recette : "il faut s'engager dans des voies communes dans la préservation des valeurs de solidarité, de démocratie et d'humanisme". Pour lui : "le voyage le plus long est le voyage à l'intérieur de nous-mêmes". Par ailleurs, les écrivains ont présenté leurs condoléances au Sénégal à l'occasion du décès du poète-président Senghor, disparu le 20 décembre dernier. Ils ont aussi félicité l'Etat sénégalais, notamment son chef, Me Abdoulaye Wade, pour son appui à l'organisation de cette rencontre.

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