La Tribune (Algiers)

Mali: Le Mali out, la Diatiguiya non

Reda Naïm

9 Février 2002


Le Cameroun brise le rêve malien mais la Diatiguiya continue. Le onze de Henri Kasperczack est tombé sur un dur. Un vrai. Les coéquipiers de Song gagnent la deuxième demi-finale par un splendide 3-0, synonyme d'une domination territoriale et d'un réalisme sans faille. Ils joueront demain à Bamako leur deuxième finale consécutive de la CAN après leur brillant succès de l'an 2000 à Lagos contre les «Super Eagles». Les «Lions indomptables» auront l'occasion d'égaler la performance du Ghana qui est le seul pays africain à avoir gagné le titre continental deux fois consécutivement, en 1963 à Tunis et en 1965 chez lui à Accra. Mais pour cela, il leur faudra garder l'honneur sauf face à d'autres «lions», tout aussi voraces, ceux du Sénégal.Les hommes de Bruno Metsu ont fait honneur à leur réputation jeudi dernier dans le chaudron de Modibo Keita en prenant le meilleur sur les stars nigérianes au rythme d'une course poursuite achevée au bout par une grande qualification (2-1) après les prolongations. Le football africain garde ainsi intact le règne absolu de sa jungle. Les Lions sont rois, donc les meilleurs, la hiérarchie a été parfaitement respectée. Il s'agit surtout d'une rude explication entre mondialistes, entre deux grandes usines et surtout deux des meilleures pointures, sinon les deux meilleures de l'Afrique. Les autres ne peuvent alors que contempler.

A commencer par les sympathiques «Aiglons» qui, poussés par tout un peuple, ne pouvaient guère réaliser le crime parfait, le crime de lèse-majesté. Ils se contentent aujourd'hui de la «petite finale» pour faire durer la Diatiguiya jusqu'au bout. L'hospitalité à la malienne accepte aussi les défaites. Cela a été vérifié lors du dernier carré joué jeudi dernier. Les Maliens ne se lamentent pas aujourd'hui sur leur sort. Ils savent que pour déstabiliser un règne bien entretenu, ils doivent avoir des arguments beaucoup plus solides que l'apport de leur millier d'inconditionnels. Leur objectif aura été atteint. Une bonne organisation, un bon niveau, un public présent à tous les coups, de quoi être fier d'avoir oublié, l'espace d'une compétition, que le Mali fait partie du microcosme des pays les plus pauvres de la planète, du giron des pays frappés de plein fouet par le sida, le paludisme et toutes sortes de «malédiction africaine». Le Mali d'Alpha Omar Konaré n'obtiendra peut-être jamais la Coupe d'Afrique, mais il a eu au moins le mérite d'avoir osé, d'avoir tenu tête aux ténors, avec les moyens du bord, avec la bonté du coeur surtout. Et avec cette recette peut-être que ce petit pays enclavé deviendra un jour connu, reconnu et respecté. Seul le football, philosophie que les riches et les pauvres assimilent sans grande peine, peut en être le détonateur. C'est pour cette raison que le Mali a réussi son pari ![ACONS]

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