Le Marabout (Ouagadougou)

Mali: CAN 2002: Konaré marque à la culotte

Almahady M. Cissé

5 Février 2002


Le Mali abrite, du 19 Janvier au 10 février 2002, la 23e édition de la Coupe d'Afrique des nations (CAN). Cette folie est devenue réalité, car le président Konaré a serré les dents. Mais la dérive de la politisation en fait grincer d'autres. Des dents.

Après avoir inspiré pessimisme et incertitude, la CAN "Mali 2002" se déroule enfin. Le Mali a été désigné lors de la 21e édition, au Burkina, en 1998. Et c'est même l'une des raisons fondamentales qui a poussé Bamako à postuler pour l'organisation de la plus grand-messe du football continental : si le Burkina a pu, pourquoi pas "nous" ?

A l'époque, le Mali était en compétition avec deux grandes nations du football continental, l'Egypte et l'Algérie. Selon l'expression énigmatique du président Konaré : "Le Mali a été choisi par la CAF par solidarité...car il n'y avait pas match entre ces deux pays et nous."

Dès l'annonce, et après une euphorie éphémère, le doute s'installe. Le pays manque de tout, sur tous les plans, dans tous les domaines. Très vite, les bailleurs de fonds considèrent ce projet d'investissement "footeux" de plusieurs milliards de béton comme irréaliste, voire inopportun, alors qu'il y a d'autres secteurs sinistrés comme l'éducation ou la santé. Une partie de l'opinion publique, pourtant pas tendre avec les avis des argentiers internationaux, les suit dans ce raisonnement. La ménagère, qui a de la peine à tenir son panier, se "foot" du ballon rond comme du ballon ovale.

C'est dans ce contexte polémique qu'un comité de pilotage est mis en place et rattaché directement à la présidence. Alpha Konaré souhaite avoir son "feu d'artifice" avant de partir. Il place à la tête de ce comité un de ses corbeaux, Sory Ibrahim Makanguilé. Comme budget, la mirobolante somme de 200 milliards de francs cfa est avancée. A la même époque, la principale ressource du pays que constitue "l'or blanc" chute de 50%.

Comment, dans une situation aussi morose et avec une économie chancelante, le Mali pourrait-il faire face à un tel défi ? Voilà la question qui brûle les lèvres du plus optimiste (et du plus sportif) des Maliens. Mais, avant la fin de son mandat, Konaré doit redorer son image de démocrate souillée par la débâcle électorale de 1997. Place au forcing et à l'ingéniosité...

Mali - Mali : 1 - 0

Alors que la Confédération africaine de football (CAF) exige trois villes-sites pour abriter le tournoi, le maître de Koulouba, dans sa grande générosité, élargit la liste à cinq. Explication : la CAN ne sera pas un gouffre de festivités inutiles, mais un projet de développement décentralisateur. En plus du district de Bamako, les villes mythiques de Sikasso, Ségou, Kayes et Mopti sont retenues. Ce choix ne fait pas que des heureux : Tombouctou et Gao, les deux principales villes du Nord, crient à l'exclusion. Défavorisées par la nature, meurtries par les sécheresses des années 70 et la récente rébellion touareg, ces deux cités espéraient réduire un fossé de développement qui ne fait que s'accentuer.

Mais hélas ! En dépit d'une timide politique de solidarité envers ces villes, le Mali reste le pays d'un triste contraste. Au sud, où se situent les principales villes abritant la CAN : infrastructure flambant neuf, goudron et stade de compétition. Au nord désenclavé : électricité et téléphone qui demeurent des luxes, peut-être, avec un peu de chance, quelques téléviseurs fatigués pour regarder la CAN comme une manifestation du bout du monde.

Mais la priorité est donnée au faste, à l'image - même en carton-pâte - qu'emporteront les visiteurs. On parle de "diatiguiya", expression qui veut littéralement dire "être l'esclave de son hôte". Si le séjour est agréable pour l'hôte, on verra bien plus tard la situation du Malien "profond".

Pour mieux s'inscrire dans l'Histoire, l'historien-président a érigé dans la capitale malienne des monuments pour les seize pays qualifiés de la CAN. On a même débaptisé des avenues. Diatiguiya oblige, chacune des équipes qualifiées aura au Mali un quartier général, des guides maliens qui l'accompagneront de leur descente d'avion jusqu'à leur départ.

Juge de touche intouchable

Depuis trois ans, le président Konaré n'a pas cessé de haranguer, de sermonner, et de taper du point sur la table quand il l'a fallu. Une si forte implication frise la politisation à outrance et certains organisateurs - la jugeant à la limite de l'inacceptable - grincent des dents. Tout au long de la fastidieuse organisation, les meilleures expertises et les avis techniques les plus pertinents devaient attendre l'avis, ou plutôt la bénédiction du maître de Koulouba. Lequel se trouvait très souvent en dehors du pays.

Lors d'une rencontre avec la délégation de la CAF le 27 juillet 2001, le "roi", pour montrer sa bonne volonté, ouvre les portes de son palais au monde sportif, journalistes, supporters et autres joueurs. Une mise en scène spectaculaire qui émerveille les impressionnables. La cérémonie commence par un défilé des jeunes garçons porteurs de drapeau des seize équipes qualifiées, le tout bercé par un cacophonique cocktail d'hymnes de l'OUA, de la CAN ou du Mali. C'est dans cette ambiance fiévreuse que le président de la CAF, le Camerounais Issa Hayatou, déclare que jamais "depuis 1957 (date de le création de la CAF, NDLR) la CAF n'a reçu autant d'honneur". Il renchérit en clamant avec emphase que cette date restera gravée dans les annales de la CAF. Face à la presse, déclarations unanimes : le Mali a relevé le défi. Attendons pour voir... En tout cas, le poisson aura mordu à l'appât.

Pour la première fois au Mali, la politique a envahi un terrain qui n'était pas le sien, comme au Sénégal, à l'occasion de la qualification des Lions à la Coupe du monde 2002. Désormais adepte de la récupération, le président Konaré ne se fera pas prier pour revendiquer les succès et, espérons-le, les échecs de la CAN 2002. [ACONS]

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