Mamadou Biaye
13 Mars 2002
Son style est loin d'être du mbalax, bien qu'elle sache en faire. Ses textes sont bien pensés, normal pour quelqu'un dont le manager se trouve être Biram Ndeck Ndiaye. Le seul problème pour Ajah Sy aujourd'hui, c'est de réussir à faire son trou dans un terrain miné par le mbalax.
«Petit à petit, l'oiseau fait son nid». Cet adage, la chanteuse Ajah Sy se l'est approprié. Car sans tambour, ni trompette, elle est en train de faire son petit bonhomme de chemin. Sa deuxième cassette intitulée Seet bi constitue une parfaite continuité de la première Sargal. Et cela est valable aussi bien dans le style musical, dans la rythmique, que pour les textes et l'approche de production.
En effet, Ajah Sy a laissé sa première cassette assez de temps pour pouvoir s'en tirer sur le plan commercial. L'autre avantage est que sur le plan promotionnel, elle a eu des retombées positives. Et la plus visible est l'intérêt qu'elle a suscité auprès de Femmes Africa Solidarité, une organisation non gouvernementale (Ong) basée à Genève. A Durban, lors du Sommet mondial sur le racisme, Ajah Sy faisait partie des invités. Sa prestation a été grandement saluée et elle lui a permis de nouer des relations avec des personnalités comme Mme Mandela ou encore la rapporteuse de l'Onu. De là, les contacts ont été noués et aujourd'hui c'est avec une fierté non feinte que Ajah Sy fait remarquer que «c'est avec le soutien de l'Ong qu'une partie financière de cette deuxième cassette a pu être bouclée. Car une chanson leur est dédiée».
Ajah Sy féministe ? Elle nie de la manière la plus catégorique. Tout juste consent-elle à reconnaître qu'«elle est prête à tout instant pour défendre la cause des femmes».
Toutefois Ajah Sy a opté pour un style qui ne fait pas recette au Sénégal. Dès lors, son encadrement a dû prendre les devants pour lui tracer un plan de carrière. Son manager Biram Ndeck Ndiaye précise que l'option de Ajah est de «faire une musique d'ouverture et d'enracinement en même temps». Et dans la partie enracinement, l'utilisation d'instruments est citée. Quant à l'ouverture, elle concerne l'arrangement musical, le fait de chanter en français et en anglais et surtout l'écriture des textes. Pour qui connaît Biram Ndeck Ndiaye, cet aspect est loin de constituer une surprise.
Aujourd'hui, lorsque l'entourage de Ajah Sy évoque un pré-bilan de ces deux cassettes produites sur le marché sénégalais, c'est pour souligner que «sur le plan musical, on est très satisfait. Mais sur le plan commercial, il n'y a pas encore de succès». «C'est un travail à long terme, nous le savons», s'empresse-t-on d'ajouter. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles, même dans les titres où le rythme mbalax prédomine, on retrouve un fort contenant, un texte bien agencé avec des messages forts.
Avec une quinzaine de titres déjà produits, et d'autres au «frigo», Ajah Sy peut valablement s'attaquer au marché international. Certes, reconnaît son manager, «mais il faut y aller doucement et savoir faire la part des choses». Selon lui, le plus important, c'est de réussir à avoir une bonne distribution au plan international. Des contacts avaient déjà eu lieu avec des structures basées en Suisse et en Italie, mais les négociations n'ont pas été concluantes. N'empêche le travail d'approche pour investir le marché européen se poursuit, tout en faisant de même pour le marché africain. Quant à une éventuelle signature avec une maison de disques, Biram n'y pense pas pour l'instant car sachant pertinemment que «c'est un long cheminement pour y accéder».
La grande satisfaction est que Ajah Sy est connue sur le plan international. D'ailleurs, elle avoue que l'année dernière une productrice suisse est venue la voir pour un tube d'été. «Elle avait déjà le texte et la musique, il lui fallait seulement la voix et c'est moi qu'elle voulait. Malheureusement, cela n'a pas pu se concrétiser car elle voulait que pour les besoins de la promotion que j'adopte un port vestimentaire sexy et ce n'est pas dans mes habitudes, ni ma façon de voir les choses», confie Ajah Sy.
Avec une quinzaine de titres, Ajah Sy peut bien entamer une tournée ou se produire en concert et autre soirée. Mais elle ne dispose pas de groupe. La chanteuse soutient qu'un groupe demande beaucoup de moyens qu'elle n'a pas pour l'instant. Et son manager de rappeler le professionnalisme des musiciens sénégalais. «Un bon moment de répétition et ils pourront t'accompagner dans n'importe quelle prestation», fait remarquer Biram Ndeck Ndiaye. Pour l'heure, l'option est à la promotion de cette deuxième cassette de huit titres dont la vie commerciale ne fait que commencer.
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